« Cookou » les voilà

Jour 46

Virbac-Paprec 3 devant la Nouvelle-Zélande empruntera cette nuit le détroit de Cook
Possible regroupement des poursuivants MAPFRE, Estrella Damm et Groupe Bel
Derrière, on rêve de la terre et on pense aux réserves de nourriture
« Ça va plus vite que prévu. Passage dans 6 à 7 heures à Farewell Point soit 19 heures TU le 15 ensuite, reste 90 milles au louvoyage ce qui fait dans les 12 heures environ au total. On va passer à Wellington le 16 vers 7 heures TU c’est à dire vers 20 heures locales (on pourrait passer au journal de la Claire Chazal locale). Tout cela est approximatif et ne tient pas compte des molles, refus, ado, courant…. ». Voici le mail très télégraphique envoyé par Jean-Pierre Dick à son équipe ce midi. A 16h30, le monocoque bleu n’était plus qu’à 10 milles de la pointe de Farewell, au seuil du canal naturel qui sépare l’île du Nord de celle du Sud.

Ce canal de 120 milles de long se présente comme un grand entonnoir : 100 milles de large à l’entrée et 20 milles au niveau de Wellington. Le détroit de Cook à proprement parler est le tronçon étroit compris entre l’île Stephens et les Caps Campbell et Palliser. Pour retrouver les eaux ouvertes du Pacifique, Virbac-Paprec 3 devra tirer des bords au milieu de ce couloir, dans un fort vent de sud-est (20 à 30 nœuds, rafales à 35) et une mer cassante.

Terre !

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron n’ont plus vu la terre depuis leur pit stop à Recife (Brésil) le 15 janvier. Depuis, leur environnement s’est cantonné en un dégradé de bleus et de gris. Dans quelques heures, ils retrouveront les odeurs familières de la terre, les bruits insolites de la civilisation, les chaudes températures de l’été austral et un spectre chromatique aussi luxuriant que la nature environnante. Un choc pour les sens ! Le long des côtes septentrionales de l’île du Sud, ils longeront aussi de vrais petits coins de paradis : une succession de fjords, d’îles, de baies et de petites plages de sable bordant une eau cristalline où les autochtones passent actuellement leurs vacances d’été. A bord de leur plan VPLP-Verdier mis à l’eau il y a moins 9 mois à Auckland, les deux navigateurs ne feront que passer avec sûrement, une (grosse) pointe d’envie…

La tentation de Wellington

Groupe Bel, lui, a prévu de s’y arrêter. Pas pour faire du tourisme, mais pour réparer ses deux voiles d’avant, les fixations défaillantes de l’hydro-générateur et autres menues bricoles. Une partie de l’équipe technique du bateau rouge est déjà à Wellington et attend les skippers de pied ferme. Ces derniers devraient y amarrer leur 60 pieds dans la journée de samedi. D’ici là, Kito de Pavant et Sébastien Audigane qui se sont décalés légèrement au nord pour traverser l’anticyclone en mer de Tasmanie, espèrent refaire leur retard sur leurs prédécesseurs MAPFRE et Estrella Damm. Un scénario tout à fait plausible car au classement de 15 heures, Iker Martinez et Xabi Fernandez, pris dans les rets de l’anticyclone, avançaient à… 2,8 nœuds !

Jusqu’à présent, les deux compères de Groupe Bel sont les seuls à avoir annoncé un arrêt à Wellington, une escale qui leur coûtera 48 heures. Mais d’autres équipages ont probablement la tentation de les imiter. Au-delà des rêves de terre de Michèle Paret, histoire de quitter un temps l’horizon monochrome, il serait étonnant que d’autres bateaux n’aient pas quelque matériel à réparer. D’autres se questionnent très sérieusement sur leurs stocks en vivres. A bord d’Hugo Boss (8e derrière Neutrogena et Mirabaud), Wouter Verbraak et Andy Meiklejohn ont confié qu’ils rationnaient leurs réserves de gaz, n’hésitant pas à prendre leur café froid ! Sans parler des trois bateaux qui ferment la marche à 4000 milles des leaders. Pour eux, la course risque de traîner en longueur, peut-être au- delà des 110 ou 115 jours de nourriture embarquée. D’autant que les conditions anticycloniques qu’ils traversent actuellement ne sont pas favorables à leur progression vers le but. Au pointage de 15h00, We are Water affichait une vitesse dramatique de 1,2 nœuds !

Classement du 15 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC à 11568,6 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 541,6 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 662 milles

4 GROUPE BEL à 870,7 milles

5 RENAULT Z.E à 1318,3 milles

6 MIRABAUD à 1682,9 milles

7 NEUTROGENA à 1702 milles

8 HUGO BOSS à 1945,6 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2103,6 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 3905,2 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 4193,9 milles

12 WE ARE WATER à 4440,3 milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3, dans un message envoyé cet après-midi et intitulé « Les vaches de Farewell » : « Non, je ne rêve pas , ce sont bien des odeurs de vaches ! Et bien en chair et en os celles-là ! Après quelques semaines en pleine mer, ca fait bizarre mais c’est rudement agréable . Cette sensation de campagne, de terre provenant de Farewell Point m’imprègne alors que je la respire à pleines narines ! Terre , terre , c’est si bon , du lait bien liquide car au diable toutes ces poudres, ces Régilait, ces Nestlé. Voilà la vie terrestre, voilà le terroir ; demain matin au lever du jour, nous reverrons le monde du vert , nous l’avions presque oublié. C’est aussi le nôtre, même si nous nous plaisons en mer , la terre c’est nos racines …A demain. JP

Kito de Pavant, Groupe Bel : « L’équipe est arrivée aujourd’hui à Wellington. Ils ont pas mal de choses à préparer d’ici notre arrivée. Nous avons quelques petits soucis qui ne sont pas graves mais qui peuvent le devenir. Nous avons un hydro-générateur qui marche très très bien mais dont les fixations sur le tableau arrière du bateau doivent être revues. Deux charnières sur les quatre ont cassé. Si nous en cassons encore une, risquons de perdre les hydro générateurs et sans eux nous n’aurons plus d’énergie pour les ordinateurs, l’électronique et le desalinisateur. Les simulations de route nous annoncent samedi sur le détroit de Cook. Mais traverser l’anticyclone va être compliqué. Il y quand même encore quelques incertitudes. Cela dit, je préfère être là où nous sommes qu’à la place d’Estrella Damm »

Ludovic Aglaor, FMC : « Physiquement ça va car avec la pétole, nous ne nous sommes pas trop fatigués. Moralement ça a un peu baissé hier avec les conditions molles, et puis surtout avec le fait de voir les autres partir devant à plus de 2000 milles, ça fait un petit peu mal. Nous avons embarqué 16 semaines de nourriture. La question des réserves se pose un peu pour tout le monde, c’est très très long. Si ça continue à être mou, ça va être un peu tendu. Nous verrons dans le détroit de Cook ou au Cap Horn si on refait le plein. »

Dee Caffari, Gaes Centros Auditivos : « C’est incroyablement différent à bord, le bruit a diminué, on vit plus confortablement – c’est plus facile d’aller aux toilettes d’ailleurs – ce qui est important quand on est une fille ! Nous avons épongé tout le bateau. Il reste juste un peu d’humidité et de condensation à cause de la température de l’eau très basse. Mais dans l’ensemble, nous vivons dans un autre monde depuis quelques jours et nous apprécions ! C’est agréable d’avoir un bateau plus sec et mieux rangé. Nous avons fêté ça avec un gâteau, car Anna a passé hier son deuxième « cap majeur ». Cela a été notre petit moment de bonheur de la journée ! »