«Nous voulons faire mieux»

«Dans le domaine de la promotion des jeunes, la Suisse alémanique est encore à l’âge de pierre comparée à d’autres régions», constate Alberto Casco, membre de la commission junior du Segelclub Cham en Suisse centrale. Sur ce point, il est catégorique. Concernant les structures pour promouvoir les jeunes navigateurs, il existe en effet de grandes disparités entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Depuis plusieurs années déjà, les clubs romands confient la promotion des juniors à des entraîneurs véliques professionnels, salariés du club. Une solution rendue possible grâce au nombre croissant des membres, l’augmentation de moyens et les écoles de voile souvent intégrées au club. Outre-Sarine, la promotion de la relève est une affaire de bénévoles. Des membres du club particulièrement engagés organisent les entraînements, s’occupent du matériel et accompagnent les juniors aux compétitions. Un rôle important incombe aux parents. Toujours sur place, ils jouent les chauffeurs, accompagnateurs et «hommes et femmes à tout faire». Mais un tel concept a ses limites, notamment concernant la performance, la continuité et le savoir-faire. Pour avoir du succès au niveau national, voire international, un entraîneur bénévole, aussi enthousiaste et impliqué soit-il, ne suffit plus. Les compétences et la disponibilité d’un coach salarié, disposant d’une formation solide, sont devenues incontournables comme en témoigne la différence de niveau observée entre les juniors des deux régions linguistiques suisses.

Des cadres régionaux comme solution au problème

Depuis quelques années, un changement de mentalité se dessine pourtant en Suisse alémanique. Des voix se sont élevées exigeant une professionnalisation de la formation des juniors, pas tant au niveau du club, mais plutôt sur le plan régional. L’idée consiste à former un cadre régional pour décharger les clubs et recoller avec l’élite nationale. Un premier projet est lancé en 2004 dans la région 4 de Swiss Sailing (Suisse centrale). Sous la houlette de Beat Ritzmann, responsable juniors nouvellement élu, un groupe d’entraînement sur Optimist voit le jour.

Réunissant les meilleurs juniors de la région, il est dirigé par un entraîneur dûment formé et engagé sur une base fixe pour environ 55 jours par année. Le succès ne se fait pas attendre. Aujourd’hui, «l’Opti Team Zentralschweiz» a gagné le respect des siens et permis à plusieurs espoirs d’entrer dans le groupe d’entraînement national de Swiss Sailing. Financé uniquement par les cotisations des parents, de l’Etat et des associations, l’avenir du projet n’est toutefois pas assuré. «On a toujours réussi à payer toutes les factures, mais nous ne disposons pas de la moindre réserve», explique Beat Ritzmann. En 2006, la région 6 leur emboîte le pas avec un concept légèrement différent. Pour son «Swiss Sailing Team Bodensee» (lac de Constance), elle a engagé un entraîneur à 100% pour une période de sept mois par année. Celui-ci est responsable de toutes les classes junior. Le financement est assuré par des mécènes, des sponsors et des donateurs, ainsi que par des cotisations de la part de l’Etat et diverses associations. Theo Näf, un des responsables du projet, qualifie le début comme réussi: «Il a fallu du temps aux associations pour accepter la nouvelle structure, mais aujourd’hui, elle est très appréciée par tout le monde». Visiblement, elle a du succès. La preuve: le Swiss Sailing Team région 5 (lac de Zurich) vient de lancer un projet quasi identique pour la saison 2008. Et comme pour le lac de Constance, le budget est déjà bouclé.

Pour le Segelclub Cham, ces efforts au niveau régional ne vont pourtant pas assez loin. «Il est inconcevable de mettre les navigateurs dans les cadres régionaux avant qu’ils n’aient atteint le niveau nécessaire, uniquement parce que les clubs n’ont pas les moyens de bien les former», explique Alberto Casco. Nous voulons faire mieux». Pour atteindre cet objectif, le club a engagé pour cette saison deux entraîneurs à 20%. Leur tâche: amener les navigateurs sur Optimist au meilleur niveau et faire de la voile un sport entier. «La voile ne doit pas être quelque chose qu’on pratique en parallèle du foot ou du tennis et qu’on abandonne à 15 ans parce qu’on n’a plus de temps». Si le projet remporte le succès escompté, les autres clubs pourraient bien se retrouver le dos au mur. On peut très bien s’imaginer qu’une telle évolution fait avancer la professionnalisation d’un grand pas.

Les entraîneurs: une denrée rare

Si la volonté d’engager des entraîneurs et de garantir le financement est une chose, la recherche de candidats qualifiés en est une autre. A l’heure actuelle, l’ensemble des postes a pu être repourvu, mais tous les responsables déplorent un manque d’entraîneurs qualifiés maîtrisant la lange de Goethe. «Le marché est complètement asséché», confirme Theo Näf. En Suisse, il n’existe aucune formation spécifique pour les entraîneurs de voile professionnels. Et pour compliquer le tout, les entraîneurs sont actuellement très recherchés dans le sud de l’Allemagne et en Autriche». Chez Swiss Sailing, on connaît le problème. C’est pourquoi Peter Griesbrecht, responsable du ressort formation, a été mandaté pour chercher des solutions. Reste à espérer qu’il en trouvera avant que la demande d’entraîneurs professionnels s’intensifie.