A la recherche du temps perdu

– La flotte n’a toujours pas trouvé totalement son rythme de croisière

– Derrière le quintet de tête, Mirabaud et Neutrogena cherchent à échapper aux hautes pressions

– Chacun attend les glissades aux allures portantes

Décidément les tandems de la Barcelona World Race ne sont pas à la noce dans cette première partie de l’océan Indien. Mer hachée, vents contraires, progression chaotique semblent au programme pour la majeure partie de la flotte. Pour l’heure, seul Virbac-Paprec 3 semble avoir trouvé des conditions propices à une navigation efficace et plutôt paisible.

A l’exception des leaders de la course, le reste de la flotte est victime du syndrome de la bouteille à moitié vide ou pleine c’est selon. Le quatuor lancé à la poursuite de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron affiche des moyennes plus qu’honorables, mais à quel prix ! De Renault ZE à MAPFRE, tous avouent des conditions particulièrement éprouvantes : mer cassante, vents fortement instables obligeant à des manœuvres incessantes, vagues submergeant régulièrement le pont des monocoques… Mais derrière, ce n’est guère mieux. Pour Mirabaud comme pour Neutrogena, l’enjeu, c’est de ne pas se faire croquer par l’anticyclone au sud de l’Afrique qui semble vouloir prendre ses aises par l’ouest. Les filles de GAES Centros Auditivos sont, quant à elles, contraintes de rallonger sensiblement leur route vers le sud, de même qu’Hugo Boss va tenter de rallier la prochaine porte des glaces sur un seul bord.

Spleen

Ces conditions difficiles commencent à peser sur le moral des navigateurs. Même si tous s’efforcent de faire bonne figure, la lassitude transparaît tant au travers des vacations, qu’à l’occasion des petits messages envoyés à terre. On y trouve pêle-mêle des envies de piquer un sprint dans un pré, histoire de se dégourdir les jambes, la tentation de piquer plein sud accrocher le train des dépressions qui courent par 50°S au mépris des risques des glaces ou bien encore les légitimes prudences dès lors qu’il s’agit d’aller manœuvrer sur le pont. Dans ces conditions le harnais est d’autant plus de rigueur que la fatigue aidant, les gestes deviennent parfois un peu moins sûrs, les actions maintes et maintes fois répétées souffrent par moment d’imperfections. Or, dans les mers du sud, quand le bateau est malmené par plus de trente nœuds de vent, que les vagues déferlent et courent sur le pont du bateau, le plus petit détail compte. Savoir lutter contre le pessimisme est non seulement une force mentale, mais aussi un gage de performance.

Travailleurs de la mer

Après un peu plus d’un mois de compétition, il y a maintenant trois courses dans la course. En tête, Virbac-Paprec 3 tient la dragée haute à un petit quatuor franco-espagnol composé de MAPFRE, Estrella Damm, Groupe Bel et Renault ZE. Un deuxième groupe emmené par Mirabaud et Neutrogena tente de semer tout autant l’anticyclone qui leur file le train que de creuser un écart définitif sur GAES Centros Auditivos et Hugo Boss. Enfin, plus à l’arrière encore, We Are Water, Central Lechera Asturiana et Forum Maritim Catala mènent une course à la mesure du potentiel de leurs montures. La pression du résultat ne pèse évidemment pas de la même manière sur ces trois équipages qui doivent prendre leur mal en patience. L’humour est par essence, un excellent antidote contre les crises de foi, comme en témoignaient à la vacation d’aujourd’hui Ludovic Aglaor, tout en second degré, ou bien encore Gerard Marin et Cali Sanmarti dont l’enthousiasme communicatif avait les honneurs d’un duplex entre les deux bateaux. Entre le fantôme franco-espagnol (FMC est entré en mode furtif depuis hier au soir) et son homologue espagnol les piques volaient par dessus les vagues… Et si la bonne humeur pouvait générer des vents nouveaux ?

Classement du 3 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 15 944,8 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 424,8 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 549,2 milles

4 GROUPE BEL à 561,3 milles

5 RENAULT Z.E à 764,9 milles

6 MIRABAUD à 1314 milles

7 NEUTROGENA à 1344,9 milles

8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1936,7 milles

9 HUGO BOSS à 2182 milles

10 WE ARE WATER à 2249,2 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 2561 milles

FUR FORUM MARITIM CATALA en mode furtif

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

Ils ont dit :

Dominique Wavre, Mirabaud : « Le vent est très instable. On doit tout adapter, les ballasts les réglages de voiles pour garder de la vitesse. Pour nous c’est la course d’un anticyclone à l’autre, ce n’est pas très amusant. D’habitude, on est plus au sud, on peut adapter les trajectoires, là c’est un peu la galère météo. A part quand on manœuvre sur le pont, où on a froid aux mains, dans l’ensemble les températures restent correctes. On est dans un temps où il y a beaucoup de grains. Je ne sais pas à quel moment on va rencontrer des conditions de glisse, mais j’ai l’impression que pour l’océan Indien, c’est un peu raté. »

Ludovic Aglaor, Forum Maritim Catala : «On est en mode fantôme. On trouvait que c’était opportun de le faire juste derrière « We Are Water » en sortant de l’Atlantique. Le mode furtif ça met un peu de jeu, c’est rigolo. Je ne vous dirai donc pas sous quelle allure on est et à quelle vitesse on va. C’est le jeu. En tout cas on a un beau soleil et un bateau bien gité bâbord amure. Je peux même vous montrer comment c’est dehors, de toutes les façons, il n’y a pas de panneau indicateur pour donner notre position, ni de rond-point…

Sur notre blog on a lancé un jeu interactif pour proposer de deviner quand on déclencherait le mode furtif, amener un peu de vie sur le blog. C’est l’occasion de converser avec les copains et amis à terre et de partager un petit peu le tour du monde avec eux. Tous mes copains naviguent et régatent dans le Golfe du Morbihan. Ça les intéresse vraiment. Avec les moyens qu’on a aujourd’hui on peut le faire facilement, c’est vraiment bien. Le mode de vie n’a pas changé, c’est calé. On a un rythme de quart sur 3 heures depuis un bon moment. On va accentuer les efforts sur la sécurité pendant les manœuvres, avec harnais et équipement de sécu dans la veste. »

Antonio Piris, Renault ZE : « Ce sont les conditions les plus dures que j’ai jamais rencontrées. Même sur la Volvo Ocean Race, je n’ai pas de souvenir d’une mer aussi formée. Si je pouvais, je sortirais du bateau juste histoire de m’offrir une petite course à pied dans un champ. On essaye de garder un petit espace du bateau bien au sec. Sinon, on change sans arrêt de voile. Trinquette, solent, prendre un ris, larguer un ris, ça n’arrête pas. Pachi est sur le pont avec son harnais. Si le vent continue de mollir, on va larguer un ris et il devra monter sur la bôme. Mieux vaut être harnaché pour ce type de manœuvre… On s’est fait un petit plaisir hier. Notre chargée de communication avait déposé dans le bateau un cadeau dont elle nous a révélé la cachette. On a pu partager une canette de bière en remerciement de notre disponibilité aux sollicitations des médias… »