A quelques heures du dénouement à Fort-de-France

Le soleil se lève sur un grand jour à Fort-de-France. Dans une poignée d’heures maintenant, la Martinique sacrera un grand, un très grand champion, un marin complet et talentueux qui viendra inscrire son nom à la liste très fermée des vainqueurs d’une transatlantique en solitaire à armes égales. A désormais 46 milles de la ligne d’arrivée, il reste encore aux solistes à tenter de déjouer les pièges des dévents de l’île et des grains qui pourraient localement vernir jeter la discorde. Mais avant même de connaître l’ordre exact du quinté qui se livre une bataille sans merci, il faut d’ores et déjà saluer cette édition comme celle de tous les records de vitesse. En effet, jamais des Figaro Bénéteau 2 n’avaient avalé un océan Atlantique aussi rapidement. A 9 n�“uds de moyenne sur l’ensemble du parcours, les monotypes sont allés au delà des attentes et ont su tirer parti de la météo favorable de ce mois d’avril.

 

Jusqu’au bout les concurrents de la Transat Bénodet – Martinique vont donc entretenir un suspense de toute beauté. A moins de 50 milles du dénouement, Nicolas Lunven (Generai) affiche toujours une belle sérénité et la disponibilité qui le caractérise, s’accordant même le « luxe » de répondre à la vacation du jour. Dans un régime d’Alizés relativement classique et 25 nœuds environ sur les abords de l’île, le vainqueur de la Solitaire du Figaro 2009 garde le cap. Dans son sillage, Thomas Rouxel (Bretagne Crédit Mutuel Performance), Erwan Tabarly (Nacarat), Jeanne Grégoire (Banque Populaire) et Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) se tiennent en cinq milles et gardent toutes leurs chances pour coiffer au poteau l’actuel leader. L’atterrissage sur la Martinique avec le passage à l’îlet Cabri, à la pointe Sud de l’île, est à présent dans tous les esprits. Une fois ce cap passé, il restera 25 milles à parcourir avant la délivrance. Mais entre les deux, tout pourra encore arriver avec des passages de grains et des effets de sites qui pourront relancer le jeu à tout moment. Autant le dire, ces ultimes longueurs seront soumises à une réelle tension et forcément à une appréhension. Quoi qu’il en soit, le vainqueur, qu’il soit un homme ou une femme, sera beau et gagnera définitivement le respect de ses pairs. L’histoire et les amateurs de chiffres retiendront également le rythme effréné de ces seize jours de course et un record unique à l’échelle de l’Atlantique. A bord de leur monotypes de dix mètres, jamais ces marins n’étaient allés aussi vite entre la Bretagne et les Antilles. Ainsi, avec une moyenne de 9 nœuds entre Bénodet et Fort-de-France, les premiers améliorent-ils de deux nœuds le régime auquel ils nous avaient habitués. Avec leur douze mètres, même les solitaires de la Class 40 n’étaient pas parvenu à maintenir cette moyenne sur la dernière Route du Rhum – La Banque Postale.

A Fort-de-France, la Martinique s’apprête à fêter comme il se doit l’arrivée des premiers concurrents attendus à 14 heures (heure locale) soit six heures de plus à Paris. La liesse populaire s’emparera à n’en pas douter des quais et la fête durera longtemps pour célébrer les solitaires qui devraient, pour les premiers, se succéder en quelques minutes sur la ligne. Pour ne rien manquer de ce finish qui s’annonce inoubliable, la cartographie du site internet officiel de la course sera actualisée toutes les trois minutes, trente milles avant la ligne. L’arrivée des marins et la conférence de presse qui suivra sera également à vivre en direct sur le web. Rendez-vous dans quelques heures pour un grand moment de sport et d’émotion.

Ils ont dit…

Nico Lunven (Generali)

« Il y a pas mal d’air, c’est un peu chaud avec la mer. Il y a 30 nœuds établis mais tout va bien.

J’ai Thomas Rouxel qui est juste derrière moi et Erwan Tabarly un peu plus loin derrière mais vraiment pas très très loin effectivement. Je pense que c’est que c’est Jeanne qui est encore derrière Erwan. Tout ça est très groupé et comme il y a entre 25 et 32 nœuds à l’anémomètre, sous spi avec de la mer, c’est un peu chaud. Il ne faut pas faire de bêtises.

Il faut juste être un peu philosophe. Effectivement, pour le moment, je suis en tête. Il faut juste avoir à l’esprit que ça peut ne pas durer, il ne faudra pas être déçu dans ce cas là. Il va encore se passer des choses. Il y a beaucoup de vent, il va y avoir des manœuvres à faire le long de l’île. Il ne faut pas s’affoler, le meilleur moyen de faire des bêtises c’est justement de se mettre la pression et du coup de perdre des places. Il faut garder la tête froide, faire des choses simples comme je sais faire et puis on verra bien si ça paye ».