Les AC World Series découvrent les Bermudes

L’archipel des Bermudes s’est dévoilé aux cinq challengers de la Coupe de l’America à l’occasion des ACWS du 16 au 18 octobre. Seul le defender américain Oracle Team USA, ayant élu l’île comme base d’entraînement depuis un an, connaissait déjà ce lieu paradisiaque. Sous quelles couleurs Arnaud Psarofaghis y retournera-t-il ?

La stupéfaction arrive avant même l’atterrissage de l’avion, sur les cartes de renseignements des visas des visiteurs où l’onglet « America’s Cup » côtoie les plus habituels « loisirs » ou « business ». Pouvait-on imaginer pareil engagement à San Francisco ou San Diego ? Impossible : aux Etats-Unis personne ne savait ce qu’il se passait à deux rues de l’emplacement de la manifestation. Être accueilli avec chaleur et enthousiasme n’est pas commun dans un aéroport, qui plus est, par des officiels en bermuda et chaussettes longues ! Le folklore se poursuit partout dans l’île où les habitants se préparent à 2017 en vivant l’événement d’octobre comme une répétition générale. Des commerçants aux chauffeurs de taxi en passant par les restaurateurs et les professeurs, l’archipel d’une cinquantaine de kilomètres boit, mange, dort et vit America’s Cup. Le long du port, interdit à la circulation pour l’événement, une cinquantaine de stands de jeu, de restauration et des magasins éphémères cohabitaient dans un esprit festif et très bon enfant. Le rose clinquant « bermudien » habillait toutes les tenues, du classique bermuda aux chaussettes en laine remontées jusqu’en bas des genoux.

Chez les marins, le sourire et l’accueil des Bermudiens soulèvent des louanges générales. « Cette coupe va permettre au monde entier de placer les Bermudes sur la carte du monde », se réjouissait Jimmy Spithill, tenant du titre et double vainqueur de la Coupe de l’America, ajoutant « qu’elle devrait aussi contribuer à la croissance du territoire ». Un même air d’envoûtement charme le skipper de Groupama Team France, Franck Cammas : « Les conditions de vie et de navigation sont exceptionnelles, le plan d’eau est idéal pour ce genre de bateau où l’on recherche une mer plate ». Sur le plan sportif ce sont les Suédois d’Artemis qui ont sorti le grand numéro grâce à une maîtrise impressionnante des départs. A l’intérieur du lagon aux eaux bleu turquoise et entouré de plus de 2000 bateaux, le spectacle donné par les six AC45 à foils fut étincelant.

L’annulation de la journée du samedi avait décuplé l’attente des Bermudiens qui ont prouvé qu’ils étaient bien à la hauteur de l’événement. La police des mers a dû s’employer pour maintenir les spectateurs hors des limites tant la ferveur et le nombre de bateaux étaient ahurissant. Comme dans un siège de cinéma mais dans l’eau, affalés sur une bouée gonflable, certains sirotaient des bières locales aux premières loges à seulement quelques

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ARTEMIS ET SON SKIPPER-TACTICIEN IAIN PERCY ONT REMPORTÉ L’ÉPREUVE DES BERMUDES GRÂCE À D’EXCELLENTS DÉPARTS. © DR

Un Suisse dans la Coupe de l’America

Seul Helvète parmi le gotha de la voile internationale, Arnaud Psarofaghis a passé presque trois semaines sur l’archipel aux centaines d’îlots. « C’est très inhabituel de sentir une telle ferveur autour d’un événement nautique. Pour un régatier, ça tient même de l’exception comparé à d’autres sports ». Du public à la presse locale – The Royal Gazette dédiait la moitié de son quotidien à la Coupe – l’engouement fut total. Seul le résultat final ternit un brin la bonhomie éternelle du récent vainqueur du championnat de D35. « L’équipe est forcement déçue mais on savait qu’on était un ton en dessous des autres équipes qui ont pu s’entraîner beaucoup plus que nous », analysait Arnaud avec une pointe d’amertume, précisant que « l’objectif final de Groupama Team France est fixé sur 2017 ».

Autodidacte de nature, le marin de l’année 2014 poursuit son histoire avec la Coupe qu’il a d’abord approchée avec Alain Gautier et Aleph en 2011 puis prolongé avec Loïck Peyron et Energy Team. Sérieux et méticuleux, le Suisse de 27 ans fait l’unanimité. « Intelligent » fut instantanément le mot choisi par Loïck Peyron pour qualifier Arnaud lorsqu’il fit appel à ses habilités. « Il percute vite, analyse vite », ajouta Franck Cammas aux caractéristiques du Genevois, propulsé tacticien sur l’AC45 volant du défi français cette saison. Des défis, Arnaud Psarofaghis rêve d’en relever de toujours plus grands. « La Coupe est un rêve, pouvoir l’approcher est exceptionnel. La découverte du plan d’eau de la prochaine Coupe de l’America fut riche d’enseignements », confesse-t-il encore sous le charme d’une île dévouée à 100 % à l’organisation de l’événement international.

« La machine » comme certains le qualifient, n’a pas pris la grosse tête malgré les sollicitations et les titres qui s’amoncèlent. Arnaud met à profit son savoir et diffuse son énergie au sein d’un collectif. A l’aube de la saison 2016, difficile d’obtenir des certitudes sur son futur mais on peut parier qu’il sera radieux, tant pour lui que les équipes avec lesquelles il partagera sa générosité et son talent. Avec la multiplication des supports volants, le Genevois sera davantage sollicité tant son expérience du pilotage et du réglage sur les foilers est recherchée. « Plus les bateaux iront vite et plus la stabilité et le contrôle du vol vont devenir des conditions sine qua non de la performance » anticipe Arnaud avec son oeil de spécialiste dans lequel on devine déjà de l’impatience et de l’excitation en vue de sa saison 2016.