Allo, maman bobo

Mirabaud, démâté, attend de subir le coup de vent avant d’établir un gréement de fortune
Groupe Bel est prêt à être embarqué sur un cargo pour un retour en France
Hugo Boss s’apprête à faire escale aux Malouines pour réparer son rail de grand-voile

 

Décidément, d’avoir passé le cap Horn ne garantit pas une fin de course paisible. Après Groupe Bel contraint à l’abandon suite à l’inspection de sa quille, c’est Mirabaud qui a été la victime hier au soir d’un démâtage. Dominique Wavre et Michèle Paret s’organisent pour parer une dépression très creuse avant de faire route vers l’Argentine sous gréement de fortune. Hugo Boss, quant à lui, va tenter de réparer son rail de mât défaillant depuis l’océan Indien.

 

On est encore aux derniers jours de l’été et pourtant, il neige sur Ushuaia. Kito de Pavant et Sébastien Audigane, engagés, avec l’aide des personnels du port argentin, dans les opérations de déquillage et de démâtage de Groupe Bel, ont pu constater à quel point les latitudes australes étaient propices aux brusques changements de temps. Mais le skipper de Port-Camargue, joint aujourd’hui à la vacation, n’avait que peu l’humeur à s’émerveiller des variations climatiques du canal de Beagle. Son premier souci étant d’organiser un convoyage retour des plus rapides afin de tenter d’être prêt pour le tour de l’Europe qui démarrera début juillet d’Istanbul. La course contre la montre est lancée et il y a fort à parier qu’elle risque d’être haletante.

L’équipage de Mirabaud est agité, quant à lui, par des préoccupations beaucoup plus immédiates, à savoir comment traverser sans encombre le méchant coup de chien qui s’annonce et faire route ensuite sur l’Argentine. Après s’être débarrassés du mât qui risquait d’endommager la structure de leur monocoque, Michèle Paret et Dominique Wavre ont conservé de quoi établir un gréement de fortune, qu’ils installeront une fois le mauvais temps derrière eux. Après une première Barcelona World Race qu’ils avaient terminée à la troisième place, Dominique et Michèle étaient venus sur cette édition avec des ambitions affirmées. Mais visiblement, entre distribution des cartes en Méditerranée, soucis de santé de Michèle dans le Pacifique et cette dernière avarie, cette édition 2011 avait décidé de se refuser à eux… Autre équipage à devoir négocier un arrêt technique, Hugo Boss s’apprête à mouiller dans Berkeley Sound, dans l’est de l’archipel des Malouines pour réparer son rail de mât de grand-voile. L’équipage ne compte pas demander d’assistance et n’ira pas à quai pour ne pas subir la pénalisation des 48 heures d’escale obligatoires.

La longue nuit des chasseurs

Pour les trois compagnons d’armes de Mirabaud, la nuit prochaine promet d’être diablement inconfortable. Si Renault Z.E. peut espérer échapper au plus gros de la dépression qui s’est formée sur le Rio de la Plata, Neutrogena et Estrella Damm s’attendent à subir des vents très forts et une mer démontée. Gageons que ces deux équipages vont guetter la journée de demain avec impatience.

Les deux filles de GAES Centros Auditivos ne devraient pas trop subir l’influence de cette dépression. Pour l’heure, elles s’occupent surtout de s’éloigner de la Terre de Feu sur laquelle une dorsale anticyclonique se reconstitue. Dans le Pacifique, à chaque jour suffit sa peine. Les deux équipages de Forum Maritim Catala et We Are Water poursuivent leur descente au portant vers le cap Horn, avec cette conscience aiguë qu’il serait bon d’en finir au plus vite avec les mers du Sud. En tête, Virbac-Paprec 3 poursuit sa marche impériale, avec un vent légèrement plus adonnant que MAPFRE, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron continuent leur bonhomme de chemin de manière linéaire. Dans un mail envoyé à son équipe à terre, l’équipage avouait même que cette navigation sur un bord commençait à avoir un caractère monotone… Il est certains équipages qui seraient ravis de diluer un peu le piment de leur navigation pour un peu d’ennui.

Classement du 13 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 3930,9 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 368 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 1512,1 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1823,6 milles

5 NEUTROGENA à 1842,8 milles

6 MIRABAUD à 2114,7 milles

7 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2512,1 milles

8 HUGO BOSS à 2600,2 milles

9 FORUM MARITIM CATALA à 4729,6 milles

11 WE ARE WATER à 6671,9 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 7619,4 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

Ils ont dit :

 

Boris Herrmann, Neutrogena : « Cela nous rend tristes pour Mirabaud. Nous avons passé l’Indien et la moitié du Pacifique avec eux. Nous étions bord à bord tout comme à Barcelone pendant les semaines de préparation. Ryan et Dominique se connaissent depuis longtemps. Nous avons souvent échangé des mails pendant la régate. Là nous venons de leur envoyer un petit mot d’encouragements. Ce fut vraiment un choc.

Nous avons des échanges régulièrement avec Roland Jourdain. Il nous envoie des encouragements assez souvent comme les autres membres de son équipe à Concarneau, Kairos. Bilou sait quoi dire en fonction de notre moral. Il sait ce que nous ressentons ici quand c’est gris et difficile. Nous avons pu échanger avec toute l’équipe sur une visioconférence quand nous avons passé le Horn. C’était chouette. »

Dominique Wavre, Mirabaud : « Nous avons passé la nuit au moteur pour nous éloigner du centre de la dépression. Nous attendons son passage et nous verrons ensuite si nous pouvons monter un gréement de fortune avec la bôme et mettre le tourmentin dessus. Nous sommes à plus de 700 milles des côtes et nous n’avons pas beaucoup de gasoil. Nous allons essayer de rallier un port, mais nous ne savons pas encore lequel . Nous sommes en contact avec Marcel Van Triest, le météorologue de la course et notre équipe à terre pour la suite et l’évolution des conditions météo.

Quand cela s’est passé, nous avions la mer de face, le bateau avançait à 10 nœuds et cognait très violemment, on a entendu un crac. Nous avons vu que la barre de flèche à bâbord du 3e étage s’était cassée. Tout est allé très vite, nous n’avons rien pu faire, la partie supérieure du mât est tombée, environ sept mètres de mât. La tête de mât a tapé dans la barre de flèche, le mât a commencé à bouger dans tous les sens, on a donc coupé les haubans. Puis nous nous sommes bagarrés pour que le pont soit net. Il n’est pas endommagé, le bateau est étanche et donc, a priori, nous devrions faire le bouchon dans les prochaines heures jusqu’au passage de la dépression.»

Kito de Pavant, Groupe Bel : « La logistique à Ushuaia n’est pas très simple. Nous avions une fenêtre météo pour travailler sur le bateau, enlever le mât et la quille. Il faisait très beau le matin, mais le ciel s’est couvert et la neige est arrivée. Nous avons continué sous la neige. Maintenant, Groupe Bel est en trois morceaux : la quille et le mât sont sur le quai, le bateau au mouillage. Cela permet d’avancer sur les solutions de rapatriement avec un cargo. Nous sommes bien heureux d’avoir pu finir ce travail, car ce n’est pas simple. La météo en Terre de Feu est très variable. Je voulais profiter des premières possibilités pour avancer. Nous avons donc fait une bonne opération hier. Nous étions un peu fatigués hier soir avec toute l’équipe. Mais c’est fait maintenant !

Nous avons été très bien accueillis. Tout le monde se met en quatre ici pour nous aider et trouver une solution pour rapatrier le bateau. L’objectif maintenant est le Tour de l’Europe. C’est dans peu de temps et le départ se fait à Istanbul. Évidemment, il y a une certaine distance et entre-temps il faut réparer le bateau, l’amener en Méditerranée et le préparer pour qu’il soit compétitif sur le Tour de l’Europe. Ce n’est pas gagné. Nous allons tout faire pour. C’est un nouveau challenge qui est devant nous. Ce n’est pas le premier. Ce ne sera pas le dernier. Nous allons réussir ce coup-là. Il n’y a pas de raison. »