Apaisés

– Principaux extraits de la conférence de presse de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron
– MAPFREà 150 milles de l’arrivée est attendu demain dans la journée
– Central Lechera Asturiana victime du bris d’une varangue fait route sur Auckland

 
La fête fut belle. Des milliers de spectateurs attendaient le tandem de Virbac-Paprec 3 sur le ponton au pied de la place de Colomb. Les deux navigateurs, après quelques dernières heures particulièrement lentes, du fait d’une pétole persistante, ont finalement coupé la ligne à 12h 20’ 36’’. Après la remise de leur trophée par le Maire de Barcelone, Monsieur Jordi Hereu, Jean-Pierre et Loïck se sont prêtés au jeu des questions lors d’une traditionnelle conférence de presse.

Extraits de la conférence de presse
L’état de fatigue des coureurs :

Jean-Pierre Dick : « Notre niveau de fatigue, on va l’évaluer dans le jours qui viennent. Il y a de l’adrénaline en permanence. On ne s’est pas figé dans des quarts trop rigides. On a réussi à se préserver l’un et l’autre par respect mutuel. Au niveau sportif, le mois le plus intense a été la descente de l’Atlantique avec Foncia. Dans le fait de savoir se ménager, il y a aussi les vertus de l’expérience. »

Loïck Peyron : « En général, quand on a l’air trop fatigué à l’arrivée, c’est qu’on n’a pas gagné ! Bizarrement. Mais c’est vrai qu’en marathon, les derniers ont l’air plus fatigués que les vainqueurs. L’expérience sert à ça : éviter de dépenser de l’énergie inutile, de la gamberge inutile. C’est une question de gestion de la course. Mais ça n’empêche que c’est fatiguant. Étonnamment, jusqu’à la fin, on a été dessus en permanence. Ce sont des bateaux fatigants ».

Loïc Peyron à propos des qualités de Jean-Pierre :

« Il est peut-être le marin qui a le plus navigué ces dix dernières années. Il a fait des milliers de milles. Il est opiniâtre. C’est vrai que nous ne sommes pas vraiment jumeaux tous les deux, mais nous sommes très complémentaires.»

L’ambiance à bord :

Loïck Peyron : « Il n’y a pas eu d’engueulades. Parfois, on s’engueule soi-même, on se fait des reproches quand on n’a pas réussi un truc. La nuit dernière, par exemple, on a fait des bêtises tous les deux en même temps. Mais il y a eu une vraie connivence, une vraie cohésion. Il y a des moments inévitables. Quand on est comme nous deux, célibataires endurcis, qui vivent ensemble dans une chambre de bonne… Les petits défauts de l’autre se voient davantage. Mais on a bien géré ce paramètre-là. »

Un grand moment, un moment fort :

Jean-Pierre Dick : «C’est le passage du cap Horn, c’est la sortie. La vision de ce cap est magique. On est passé à moins d’un demi mille, je n’étais jamais passé aussi près. On s’est fait un peu déventer, mais j’étais vraiment heureux d’être là. Ça veut dire que c’est la fin d’un mois de conditions difficiles. »

Loïck Peyron : « On a battu le record des 24 heures, presque sans s’en apercevoir… Un record, il faut que ce soit facile, dans des conditions idéales. C’est quand le bateau souffre le moins qu’on y arrive. Et puis il y a le Horn, forcément, une symbolique.

Sur les tours du monde :

Jean-Pierre Dick : « Mon programme c’est la suite de l’aventure IMOCA. J’ai envie de gagner le Vendée Globe. Je vais essayer de réaliser une des courses de ma vie. Après, on verra. Plein de choses me font envie. J’aimerais juste continuer avec mes partenaires, parce que je les aime. »

Loïck Peyron : « Non. Je n’ai jamais dit stop. Si je pouvais le faire en famille et en croisière, ce serait super. Bien sûr que j’aimerai en refaire. C’est toujours étonnant. Cette petite angoisse du départ, la même envie d’arriver et une fois qu’on y est, on se demande quand on va y retourner. C’est assez marrant parce que pendant, il y a des longueurs. Pendant trois mois, on se demande parfois ce qu’on fout là. Mais il y a tellement pire ailleurs, sur terre. Des moments difficiles de par le monde. Sur l’eau, tout cela nous échappe. On n’est pas connecté en permanence sur Google actualité. On s’intéresse juste aux vols des albatros et à la prochaine déferlante. C’est un peu égoïste comme fonctionnement. Mais on essaye de le faire partager et de faire rêver un peu. Les conquérants de l’inutile que nous sommes, nous essayons aussi de servir à quelque chose, de temps en temps. »

Sur l’ampleur qu’a pris la course :

Jean-Pierre Dick : « L’épreuve a pris de l’ampleur à tous les niveaux. Au niveau sportif, le plateau est nettement plus relevé, très international. L’équipe espagnole était remarquable. L’épreuve a pris un véritable essor au niveau médiatique. La Barcelona World Race va entrer dans l’histoire maritime. Le fait d’avoir au départ des sportifs français majeurs comme Kito (de Pavant), Michel (Desjoyeaux) ou Jean (Le Cam) a donné de l’ampleur à la course. Sans oublier que les espagnols ont appris très vite. Notamment Iker et Xabi qui sont d’excellentes recrues. Leur vitesse d’apprentissage est impressionnante. »

Pendant ce temps, la course continue

Les paroles des vainqueurs ne doivent pas faire oublier que leurs poursuivants n’en ont pas tout à fait terminé avec ce tour du monde. Iker Martinez et Xabi Fernandez, à bord de MAPFRE, devraient en finir demain aux alentours de midi alors qu’à bord de Renault Z.E. Antonio Piris et Pachi Rivero s’apprête à franchir le détroit de Gibraltar. Les deux navigateurs basques sont privés de gazole et ne disposent plus d’énergie. Leur fin de course risque de s’apparenter à un long calvaire sans pouvoir s’alimenter, ni s’hydrater correctement. Pendant ce temps aux antipodes, Central Lechera Asturiana, victime d’un bris de varangue, fait route sur le port d’Auckland. Juan Merediz et Fran Palacio n’ont pas annoncé leur abandon à la direction de course, mais on peut raisonnablement estimer que lorsque le sort s’acharne ainsi, il faut parfois savoir renoncer.

Classement du 3 avril à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 en 93j 22h 20mn 36s

2 MAPFRE à 152,8 de l’arrivée

3 RENAULT Z.E à 407,1 milles du leader

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 624,1 milles

5 NEUTROGENA à 1034,8 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1714,8 milles

7 HUGO BOSS à 2781,7 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 3649,5 milles

9 WE ARE WATER à 6069,5 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10344,3 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Jean Le Cam, présent à l’arrivée :

« En général, j’essaie toujours d’être là pour accueillir les concurrents. C’est une course qui me plait bien, c’est un beau parcours, il y a pas mal de bateaux à l’arrivée, c’est réconfortant pour cette épreuve. Elle a été très bien suivie en Espagne et en France et par les medias internet tout au moins. C’est une course qui a un bel avenir. Le fait qu’elle soit organisée à Barcelone, ça nous change un peu de nos courses franco-françaises. Je retiens aussi qu’il y a trois équipages espagnols dans les quatre premiers. Ça va développer la classe IMOCA en Espagne. Il y a déjà des bateaux en préparation. Tout cela donne de la puissance à l’ensemble du circuit IMOCA et à cette épreuve-là en particulier. »

Kito de Pavant, présent à l’arrivée :

« C’est sympa de venir ici à Barcelone et sympa pour moi que la course se termine. Que les premiers concurrents arrivent. Cela fait quelques semaines que nous nous sommes arrêtés (abandon à Wellington, sur avarie de quille le 11 mars). Je garde de cette course inachevée un peu de frustration, mais on a quand même réussi à traverser les trois océans. Il ne manquait plus que le dernier, mais celui-là, on l’avait déjà fait à l’aller ! Et puis je suis devenu cap-hornier donc, finalement, c’était une façon un peu sympa de boucler la boucle malgré tout. »