Au bonheur des dames

GAES Centros Auditivos etHugo Boss ont passé le cap Horn de conserve
Anna Corbella devient la première compétitrice espagnole cap-hornière
En Atlantique, chacun surveille l’évolution de la dépression qui se forme au large du Rio de Plata.

 

Ce samedi pourra être marqué d’une pierre blanche pour l’équipage de GAES Centros Auditivos. En passant le Horn à 0h45 TU, Anna Corbella devenait la première navigatrice espagnole à franchir le cap en course. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, le seul tandem féminin de la course reprenait l’avantage sur Hugo Boss, leur compagnon de route, depuis l’entrée dans l’océan Indien. En Atlantique, une petite dépression particulièrement creuse occupe les esprits.

Elles ont failli ne pas le voir. En arrivant sur le cap Horn à la tombée de la nuit, les deux filles de GAES Centros Auditivos ont craint de passer le gros caillou dans une atmosphère chargée de grains épais bouchant la visibilité… Mais le rideau s’est déchiré d’un coup laissant apparaître la silhouette hiératique de l’île Horn. Quelques milles plus tard, la nuit étant tombée, c’est le pinceau du phare qui accompagnait les deux coéquipières pour leurs premiers bords atlantiques. C’est, en tout état de cause, une grande fierté pour Anna Corbella d’ouvrir la voie à ses consœurs ibériques. La navigatrice catalane, particulièrement émue, avait encore visiblement un peu de mal à réaliser le parcours accompli pour en arriver là. Il reste encore deux océans devant les étraves de GAES Centros Auditivos pour considérer l’histoire comme définitivement bouclée. Pour Dee Caffari, ce quatrième passage du cap Horn aura le mérite d’équilibrer les fléaux de la balance qui penchait singulièrement du côté des tours du monde à l’envers puisque sur ses trois passages, Dee en comptait deux d’est en ouest. D’une certaine manière, pour la navigatrice britannique, l’histoire se plait à bégayer puisque deux ans plus tôt, dans le dernier Vendée Globe, elle passait le Horn en compagnie de Brian Thompson qui naviguait sur Pindar, devenu depuis Hugo Boss.

La bande des quatre reconstituée

En Atlantique, l’attention des navigateurs est focalisée avant tout par la dépression très creuse qui s’est formée sur l’Argentine. Dans sa partie sud, les navigateurs peuvent bénéficier de régimes de vents de sud. La tentation est donc grande de venir chercher la dépression pour bénéficier au plus tôt de vents portants. En revanche, ce même système génère des vents extrêmement violents sur sa bordure occidentale, puisque les fichiers annoncent un vent d’ouest pouvant dépasser les 60 nœuds. Toute la finesse de navigation consiste donc à savoir négocier au mieux cette dépression pour gagner sur la route sans se faire piéger. À bord de Renault Z.E., Antonio Piris ne cachait pas que cette situation était plutôt inconfortable. En lutte pour le podium, Tonio Piris et Pachi Ribero voyaient avec inquiétude leurs poursuivants revenir sur leurs talons. Il y a fort à parier que derrière les deux leaders, un groupe de quatre bateaux relativement compact soit en marche pour le podium. C’est en tous les cas, l’espoir que doivent cultiver respectivement Neutrogena, Estrella Damm et Mirabaud.

Solitudes pacifiques

En plein Pacifique, la bagarre continue entre We Are Water et Forum Maritim Catala. Gerard Marin et Ludovic Aglaor semblent avoir adopté un mode de navigation très conservateur ces derniers jours et cèdent un peu de terrain à Jaume Mumbru et Cali Sanmarti. À Wellington, Juan Merediz et Fran Palacio affirment toujours leur volonté de vouloir boucler cette Barcelona World race malgré la somme des difficultés auxquelles ils doivent faire face. Mais le temps court et l’automne austral se fait de plus en plus présent. Entre volonté de repartir et la prudence qu’impose l’incertitude d’un Pacifique de plus en plus tourmenté, le dilemme devient chaque jour plus pesant. Entre gestion des émotions et analyse froide de la situation, les deux équipiers de Central Lechera Asturiana ont de quoi occuper leurs prochains jours d’attente.

Classement du 12 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 4185,6 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 390,2 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 74,7 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1822,6 milles

5 NEUTROGENA à 1826,2 milles

6 MIRABAUD à 1847,8 milles

7 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2537,4 milles

8 HUGO BOSS à 2557,7 milles

9 FORUM MARITIM CATALA à 4660,3 milles

11 WE ARE WATER à 6711,9 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 7364,7 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

Ils ont dit :

Anna Corbella, GAES Centros Auditivos :« je suis vraiment très heureuse et fière et j’espère que mon aventure va inciter d’autres femmes espagnoles à aller au bout de leurs rêves. C’est comme si l’on était arrivé au sommet d’une montagne. Mais je sais que la redescente peut aussi être parfois difficile. Mais ça faisait des années que j’en rêvais, alors merci à mes parents qui m’ont toujours soutenu et merci à Dee sans qui je ne serais pas là aujourd’hui. »

Juan Merediz, Central Lechera Asturiana : « On a deux objectifs : être capable de remettre en état le bateau et le ramener ensuite à Barcelone pour boucler cette histoire. On est en train de réparer les voiles et on attend pour un nouveau gréement. On veut vraiment rentrer à Barcelone. On sait que la traversée du Pacifique risque d’être tardive, mais d’autres bateaux ont déjà passé le cap Horn au mois d’avril. On risque d’avoir froid, mais on souhaite naviguer en toute sécurité. »

Antonio Priris, Renault Z.E.: «On se rend compte que l’écart que l’on avait pu creuser et qui nous paraissait assez important va peut-être se réduire à rien. Actuellement on marche à 11-12 nœuds contre le vent quand nos concurrents directs avancent à plus de 15. Donc on est un peu soucieux. On a dû procéder à une réparation sur le pont : ça nous a pris quatre heures environ, mais c’est réglé et la réparation devrait tenir jusqu’à l’arrivée.»