Au large du Cap-Vert

Ambiance humide pour toute la flotte de la Barcelona World Race, certes sous le soleil tropical et sur une mer qui a pris encore quelques degrés. Mais en naviguant à plus de 15 nœuds de moyenne voire plus, les ponts sont noyés sous les vagues, le pilotage est délicat pour négocier une mer courte qui s’amplifie et la chaleur devient torride à l’intérieur des coques tout en carbone. Mais côté progression, c’est un véritable changement de décor par rapport à la semaine dernière où il fallait sauter de risées en plaques de vent pour s’extraire de la Méditerranée ! Ainsi pour la première fois depuis le départ, trois duos (Virbac-Paprec 3, Mapfre, Neutrogena) ont couvert plus de 400 milles sur la route optimale en 24 heures, soit plus de 16,5 nœuds de VMG…

Dans l’Ouest du Cap-Vert

Ce lundi midi, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) et Michel Desjoyeaux et François Gabart (Foncia) ont dépassé la latitude méridionale de l’archipel du Cap-Vert, laissant au lever du jour l’île de San Vincente à plus de cinquante milles dans leur Est, et en début d’après-midi le pic volcanique de Fogo à près de cent milles sur leur bâbord. Car il était important de ne pas avoir à traverser ce chapelet d’îles et surtout à se positionner déjà sur le 27°W pour aborder le deuxième piège de ce tour du monde (après Gibraltar) : le Pot au Noir. De fait, les deux bateaux leaders s’attendent à ralentir dès ce lundi soir, et plus sensiblement mardi midi quand ils vont quitter l’anticyclone et observer la pression atmosphérique décroître autour de 1 012 hPa. La couverture nuageuse va s’épaissir, les vents vont devenir plus erratiques, mais cette Zone de Convergence Inter-Tropicale (ZCIT) semble plutôt étroite, du moins pour les premiers à l’aborder.

Compression avant l’équateur

Les deux voiliers suivants suivent le même rythme, confirmant qu’ils sont aussi dans des alizés de Nord-Est de 20-25 nœuds, voire plus : Alex Pella et Pepe Ribes (Estrella Damm) tout comme Dominique Wavre et Michèle Paret (Mirabaud) suivent la même voie à l’Ouest de l’archipel cap-verdien, mais ayant empanné plus tôt, ils seront dès la nuit prochaine plus proche des îles, ce qui pourrait les ralentir plus que les leaders… En revanche, le troisième groupe a réussi à se décaler plus au large et leur approche du Cap-Vert apparaît moins risquée à l’exception de Neutrogena, sur une route plus orientale : Mapfre, Groupe Bel et Président, à trois cents milles des premiers devraient récupérer une grande partie de leur retard dès demain mardi, et surtout mercredi. La compression qui va en résulter sera plus ou moins conséquente selon que le Pot au Noir sera actif (grains, calmes, rotations de vent) ou relativement organisé, mais grappiller une centaine de milles est tout à fait envisageable dès mercredi midi.

Plus d’incertitudes pour la queue de flotte

Malheureusement pour les retardataires, la situation météo va évoluer lorsque l’anticyclone va perdre de sa consistance ces prochains jours, générant des alizés moins soutenus et donc un Pot au Noir plus étendu et plus au Nord… Ils semblent que certains ont anticipé en privilégiant la route le long des côtes mauritaniennes à l’image de Central Lechera Asturiana, FMC et We are water : ils pourraient même passer dans l’Est de l’archipel cap-verdien mercredi, voire le traverser… Enfin, Hugo Boss sur une route plus ouest que ce groupe ferme la marche.

Classement du 10 janvier à 15 heures :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 22 472 milles de l’arrivée

2 FONCIA à 53 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 217 milles

4 MIRABAUD à 240 milles

5 MAPFRE à 291 milles

6 NEUTROGENA à 307 milles

7 GROUPE BEL à 318 milles

8 PRESIDENT à 337 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 464 milles

10 RENAULT Z.E à 549 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 589 milles

12 FORUM MARITIM CATALA à 612 milles

13 WE ARE WATER à 659 milles

14 HUGO BOSS à 687 milles

Ils ont dit :

Loïck Peyron, Virbac-Paprec 3 : « La mer des alizés n’a jamais été une jolie mer contrairement aux idées reçues. C’est le pire des endroits pour surfer joliment. C’est trop court, c’est haché. C’est une petite mer chaude qui se prend pour une mer du Sud. Mais elle n’en a pas le goût même si elle est agréable à traverser… Il y a beaucoup d’eau à l’intérieur du bateau. Si nous enfournons par l’avant une première fois, l’eau n’a pas eu le temps de s’évacuer dans le cockpit. Au second enfournement, le surplus d’eau rentre dans le bateau. Je vous laisse, je dois partir éponger. »

Michèle Paret, Mirabaud : « Nous sommes au rythme des quarts courts pour barrer sous spi. Le pilote ne tient pas. Nous n’avons pas beaucoup de temps de faire autre chose. Les quarts durent environ une heure, voire moins la nuit. Nous trouvons notre équilibre comme cela. Dès que nous nous posons sur la bannette, nous nous endormons tout de suite, sans même prendre le temps d’enlever le ciré. Un grand toilettage sera nécessaire à la fin des alizés. Mais ce n’est pas pour demain…Le bateau va bien mis à part un safran qui vibre énormément. Ça résonne énormément dans le poste des pilotes. Le bruit est identique à celui fait par une 125 cm3 qui s’élance sur un Grand Prix.»

Ludovic Aglaor, FMC: « Nous nous sommes décalés de l’Afrique cette nuit. Nous sommes les plus à l’Est mais nous n’allons pas à la côte. Il y a entre 22 et 26 nœuds au portant et nous portons le petit spi qui nous pousse entre 15 et 22 nœuds. C’est très agréable par rapport au petit temps ou au près. C’est bien, nous accumulons les milles. C’est agréable, mais les vitesses sont encore faibles par rapport aux multicoques que je connais bien. »

Bruno Garcia, Président : « Nous restons beaucoup à la barre dans ces conditions avec 25-30 nœuds de vent sous grand-voile haute et gennaker. La vitesse ne descend pas sous les 20 nœuds avec des pointes à 26. Le pilote ne tient pas la route et nous n’accélérons pas si nous ne sommes pas à la barre. »