Au sort des Açores ou au chant des Canaries ?

 25.10.09

Deux poids, deux mesures. Après une semaine de mer, les 17 bateaux encore en course de la Solidaire du Chocolat se sont très nettement scindés en deux groupes. D’un côté, aux portes de l’archipel des Açores, la bataille bat son plein au gré des fronts et des zones de transition entre deux coups de chien. Les plus sudistes de ces quartiers ouest de l’Atlantique tirent leur sillage du jeu : Tanguy de Lamotte et Adrien Hardy (Initiatives-Novedia), précis et inspirés, mènent aujourd’hui la danse. Au près et dans des conditions qui n’ont rien à envier aux transats par la face nord, ils creusent les écarts face aux grands animateurs de ce début de traversée à destination du Mexique, Bruno Jourdren et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). De l’autre côté du plan d’eau, les irréductibles des alizés plongent vers les Canaries. David Consorte et Arnaud Aubry (Adriatech) ouvrent la marche par la voie du sud, sur la Longue Route au petit goût de paradis malgré les milles et le terrain déjà concédés…

« L’option sud, suivie par cinq bateaux rallonge la route d’au moins 700 milles (1 296 km). Mais lors de deux dernières transats, elle a largement fait ses preuves sur un parcours identique. Depuis 24 heures, le long des côtes africaines, cela glisse bien sous spi, à 10-12 nœuds. Après six jours de course, il reste encore 2 500 milles (4 630 km) pour le passage de la porte à Saint Barth et 4 000 milles (7 408 km) pour l’arrivée à Progreso: autant dire que rien n’est joué ! » précise Bernard Duval, directeur de course.

Dans le camp de ces quelques dissidents, le bonheur est dans le portant malgré les milles perdus face aux durs à cuire de l’option ouest, qui progressent certes au près, mais surtout au plus près de la route directe. Adriatech, premier de cordée sur la voie du sud, affiche déjà 550 milles de retard sur les premiers… Le pari est risqué, mais force est de constater que ce club des cinq bateaux – exception faite de Crédit Maritime, skippé par Patrice Carpentier et Victor Maldonado, en escale depuis samedi 18h30 à Cascais (Portugal), pour réparer le pilote et la girouette – jouent sur du long terme. Devant leurs étraves, ils ont encore l’équivalent d’un océan pour se refaire une santé au soleil et au tempo des alizés : il leur reste la mer à voir !

 A l’ouest du nouveau !

Dans les rangs à l’ouest, la course redouble d’intensité à mesure que les douze Class 40 rapprochent leur étrave de l’archipel des Açores et de l’île de Flores, située au nord-ouest et à laisser à tribord. Le week-end reste marqué par les rebondissements qui animent les premières lignes du classement. En dépit des conditions exécrables qu’ils affrontent, les duos, qui font preuve d’un formidable sens marin, n’ont en rien jeté la stratégie par dessus bord. Bien que malmenés et éprouvés par la succession de fronts qu’ils essuient, tous les coups tactiques sont plus que jamais permis aux abords des dernières terres avant les Antilles. Pointés dans le sud de l’île de Sao Miguel, Tanguy de Lamotte et Adrien Hardy tirent leur sillage de ce jeu à haut risque. A bord d’Initiatives-Novedia, ils ont en effet pris, depuis plus de 24 heures déjà, les commandes de la flotte aux dépens du tandem Jourdren-Stamm, positionné plus au nord à l’instar du duo Soldini-D’Ali. Mieux – suivis d’ailleurs par les compères de Cargill-MTTM, Damien Seguin et Armel Tripon, pointés à la 3è place – ils creusent les écarts. Ils affichent désormais près de 60 milles d’avance sur Cheminées Poujoulat, 4ème et 80 milles sur Telecom Italia, 5ème. Ces deux redoutables équipages, qui ne sont pas nés de la dernière dépression, vont-ils profiter de l’heure où tous les Class 40 sont gris, dans les vents forts du nouveau coup de tabac annoncé cette nuit, pour effacer leur débours ? Suspense…