Aucun répit

Moins de 24 heures de course dans cette Transat Jacques Vabre 2009 et force est de constater que la météo n’a octroyé aucune douceur en matière de mise en jambes, bien au contraire. Passés les petits airs du départ havrais, le menu s’est corsé radicalement, venant réduire à néant certains espoirs pourtant fondés. Comme pour signifier à tous que la route qui mène au Costa Rica n’aura rien d’un long fleuve tranquille, la mer a rappelé à l’ordre le duo Le Blevec-Le Cam. Chaviré quelques heures après le coup de canon, le trimaran Actual est actuellement en remorque vers Cherbourg. En tête de la flotte, Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux tiennent leur rang chez les Multi50. Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou ont pris quant à eux le leadership chez les Imoca.

 Le plateau engagé sur la neuvième édition de la Transat Jacques Vabre laissait entrevoir une bataille rangée dès les premières heures de course et au petit matin du premier jour, il ne déçoit pas. Dans les petits airs normands, les duos avait hier largement trouvé de quoi croiser le fer sitôt le coup de canon tiré. Sur un mode assez différent, la nuit leur a elle aussi permis une première démonstration de force. Abandonnant pour un temps les conditions légères du départ, la parenthèse nocturne a fermement accueilli la flotte dans ses filets. Attendant que les derniers spectateurs s’en soient retournés vers le port pour agir, voire sévir, elle n’a pas laissé aux femmes et hommes du large le temps d’enfiler avec un certain confort leur ciré de marin et de remiser pour un temps leur statut de terrien. Sous un ciel teinté à l’encre de chine, dans une mer très formée et des vents soutenus, la Transat a bizuté ses protégés. La porte de sortie de la Manche s’est gagnée à la force du poignet, à coup de lance à incendie, cueillant à froid les duos prenant leurs marques dans une certaine forme d’urgence. Une fois les règles du jeu rappelées à tous, l’accalmie est revenue, laissant la possibilité de faire les comptes d’une bousculade nocturne et d’une entrée en matière qui laissera chez beaucoup un goût amer. Impossible en effet de ne pas penser ce matin à Yves Le Blévec et Jean Le Cam qui, récupérés dans la nuit par une vedette SNSM, tractent la plateforme d’Actual vers Cherbourg. Comment ne pas imaginer l’immense déception chez ceux qui faisaient définitivement figure de favoris dans la classe Multi50. Sain et sauf, ce duo détonnant, attachant et performant, vient donc de faire les frais de cet avant-propos un peu brusque et c’est sans eux que la course s’engage en ce lundi.

A bord des dix-neuf bateaux lancés sur l’Atlantique, la vie va peu à peu s’organiser et chacun va trouver ses marques. Les heures qui viennent promettent un générique riche et varié avec le retour des petits airs dans un premier temps et la négociation d’une dorsale anticyclonique. Derrière, la dépression annoncée depuis quelques jours semble au rendez-vous et ne se privera pas de solliciter les hommes et les machines. Autant dire qu’en cette première matinée, la priorité est donnée à la navigation et à une sortie de Manche soignée certes, mais aussi au ménagement, à la récupération et à la prise de marques pour chacun. La course est lancée et les concurrents ne sont désormais plus tout à fait terriens et bientôt complètement marins…

Ils ont dit…

François Gabart (François Gabart) – 3ème au classement Imoca de 5h

 « Nous avons eu des conditions assez molles pour partir, puis le vent est rentré progressivement en Baie de Seine, surtout en début de nuit quand on était au niveau du Cotentin. Puis la nuit a été noire et on a eu beaucoup de vagues, ce n’était pas simple, ça tapait un peu dans tous les sens. Mais les conditions sont beaucoup plus faciles depuis quelques heures car le ciel s’est dégagé, il y a des étoiles. La mer est plus plate et le bateau glisse tout seul. Ca fait plaisir d’être devant car on se dit que plus on fait de la route maintenant, plus on s’approche du Costa Rica ! Chaque mille a son importance. L’idée étant d’être le plus performant possible dès le départ. Et puis il ne faut pas laisser trop d’avance à Mich’ (ndrl Desjoyeaux) tout de suite sinon il va s’échapper ! C’est difficile de ne pas lui donner son statut de favori, il gagne tout et là il est déjà en tête ! Le vent devrait mollir dans les heures qui viennent, avec le passage de dorsale on aura un vent assez faible. Puis on va retoucher du vent de sud et les choses vont rentrer dans l’ordre avec l’arrivée d’une première dépression, ça va monter doucement et ça devrait être très fort demain. On essaie de se mettre tout de suite dans le rythme car ça s’annonce assez sportif. Il faut se reposer, on devrait pouvoir en profiter dans les heures qui viennent. »

 Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !) – 1er au classement Multi50 de 5h

A propose du chavirage d’Actual : « On a appris les petites nouvelles, ça nous a vraiment filé les boules. Je comprends, ça peut arriver, mais c’est moche pour tout…  pour la classe Multi50 et pour la course. Mais le principal, c’est que les deux bonhommes ont pu être récupérés. Nous, quand ils ont chaviré, ont était à un mille devant et effectivement il y a eu un grain avec 30 degrés de refus. Il fallait être à l’écoute de gennaker et moi j’ai choqué à temps. Puis on a calmé le jeu, on est reparti grand voile un ris et j’ai appris leur accident deux heures après… Quand tu entends ça, tu lèves évidemment un peu plus le pied…. J’y ai pensé toute la nuit, j’ai eu du mal à décrocher. On va continuer à naviguer mais il est évident que ce n’est plus pareil. Même si je me méfie tout de même des autres et notamment de Guyader pour Urgence Climatique. Avec le temps que l’on prévoit dans les jours à venir il va falloir être vigilant. La journée va être bien car on est dans une dorsale anticyclonique mais dans une trentaine d’heures ça va être plus violent, il va falloir trouver une solution pour ne pas aller se mettre dans la grosse mer. Moi j’ai dormi 1 heure ½ cette nuit donc aujourd’hui on va en profiter pour se reposer et bien s’alimenter tout en faisant avancer le bateau. On va bien contrôler et surveiller le matériel aussi. »