Ballottage atlantique

La phase actuelle au large des côtes brésiliennes n’est pas la plus facile de ce tour du monde : une masse de grains orageux rend difficile l’anticipation de la trajectoire. Le navigateur Stan Honey en collaboration avec le routeur à terre Sylvain Mondon, doit en permanence adapter la route de Groupama 3 pour s’extraire de cette zone afin de retrouver les alizés positionnés au Nord du 22° parallèle…

Le bulletin de vent annoncé n’est pas toujours en correspondance avec la réalité du terrain… Les sondages atmosphériques n’avaient pas prévu le coup de vent qui a balayé la zone de navigation au Sud-Est de Rio de Janeiro avec plus de 40 noeuds et une mer très hachée, la nuit dernière. La fatigue du tour du monde commence aussi à se faire sentir et l’équipage a perdu du poids depuis le départ de Ouessant. Cette transition d’environ 300 milles vers le Nord au gré des humeurs éoliennes sera peut-être la clé de ce Trophée Jules Verne…

« On ne s’attendait pas à ce que cette phase de vents forts soit si longue ! Le mauvais temps avec 35-37 noeuds ne devait durer que de 4h à 10h mardi. En fait, il a duré quatre heures de plus en montant jusqu’à 42 noeuds et une mer forte… On est resté à deux quarts sur le pont parce que de toute façon, on n’arrivait à dormir ni même à tenir debout à l’intérieur. On a réduit jusqu’à trois ris dans la grand-voile sans foc devant ! La plateforme tient bien le coup, mais l’accastillage commence à fatiguer. Ce midi, le vent est franchement tombé, à seulement 10-17 noeuds selon les grains, avec une brise très changeante. Cela fait trois heures qu’on est poursuivi par un gros cumulonimbus… La mer est plate, l’eau de mer à 25°C, la chaleur moite et l’atmosphère suffocante. » indiquait Loïc Le Mignon à la vacation radio de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama.

 Ni à droite, ni à gauche…

 Des bulles à gauche et des bulles à droite : les calmes encerclent Groupama 3 qui doit zigzaguer au gré des grains qui modifient profondément la force et la direction du vent, avec des bascules de plus de 60° et des brises qui oscillent entre 10 et 20 noeuds… Franck Cammas et ses hommes doivent donc être en « vigilance orange » pour s’adapter à ces changements incessants, enchaînant les virements de bord pour optimiser la route. Le trimaran géant est heureusement très à l’aise dans ces conditions et peut aligner dix-huit noeuds de vitesse avec seulement douze noeuds de vent au près. La nouvelle moins réjouissante pour l’équipage de Groupama 3 est que cette situation va perdurer jusqu’à la latitude de Vitoria, soit à 300 milles dans le Nord…

 « On espère toucher les alizés jeudi dans la nuit. Mais en ce moment, on est vraiment gêné dans notre progression vers le Nord. Quand on va à gauche vers les côtes brésiliennes, le vent refuse en passant au Nord-Ouest et on bute sur une ligne de grains. Et quand on part vers la droite, le vent tourne au Nord-Est en mollissant ! Nous sommes obligés de tirer des bords en permanence en restant au centre… On tricote avec la brise. Heureusement, comme Groupama 3 est un bateau très évolutif dans les vents faibles, on arrive à tirer notre épingle du jeu. Orange 2 n’aurait pas progressé comme nous dans ces vents-là ! »

Résultat incertain

 Il ne sera pas nécessaire d’attendre le week-end prochain pour connaître le résultat de cette « éjection brésilienne » : dans la région, le vent est soit orageux et inconstant en raison d’une dépression néo-tropicale, soit il est régulier et travers sur la bordure septentrionale de l’anticyclone de Sainte-Hélène ! Chahuté par les grains, l’équipage de Groupama 3 scrute le ciel et reste encore en ballottage favorable pour ce premier tour… du monde du trimaran géant. Mais il ne reste plus qu’une semaine et demie pour remporter la mise !

 « Groupama 3 est un bateau extraordinaire ! Ce trimaran peut être manoeuvré très facilement et nous pouvons virer de bord très rapidement. Les vitesses atteintes au débridé et au portant dans le Grand Sud sont incroyables ! Et après un presque tour du monde, il est en parfait état. Mais on fait attention à lui… Pour moi, c’est une expérience très enrichissante avec cet équipage français : on mange bien, l’ambiance est agréable, les moyennes sont étonnantes. Actuellement, ce n’est pas facile avec les grains, mais on espère retrouver les alizés au plus vite. Nous travaillons très bien avec Franck et Sylvain avec un échange très fructueux. Je reste confiant pour la suite de ce Trophée Jules Verne, car tout l’équipage est extrêmement motivé pour arriver dans les temps… » indiquait Stan Honey, le navigateur américain du bord.

Tableau de marche de Groupama 3
(départ le 31 janvier à 13h 55′ 53 » TU)

 (Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne)

Jour 1 (1er février 14h TU) : 500 milles (retard = 94 milles)
Jour 2 (2 février 14h TU) : 560 milles (avance = 3,5 milles)
Jour 3 (3 février 14h TU) : 535 milles (avance = 170 milles)
Jour 4 (4 février 14h TU) : 565 milles (avance = 245 milles)
Jour 5 (5 février 14h TU) : 656 milles (avance = 562 milles)
Jour 6 (6 février 14h TU) : 456 milles (avance = 620 milles)
Jour 7 (7 février 14h TU) : 430 milles (avance = 539 milles)
Jour 8 (8 février 14h TU) : 305 milles (avance = 456 milles)
Jour 9 (9 février 14h TU) : 436 milles (avance = 393 milles)
Jour 10 (10 février 14h TU) : 355 milles (avance = 272 milles)
Jour 11 (11 février 14h TU) : 267 milles (retard = 30 milles)
Jour 12 (12 février 14h TU) : 274 milles (retard = 385 milles)
Jour 13 (13 février 14h TU) : 719 milles (retard = 347 milles)
Jour 14 (14 février 14h TU) : 680 milles (retard = 288 milles)
Jour 15 (15 février 14h TU) : 651 milles (retard = 203 milles)
Jour 16 (16 février 14h TU) : 322 milles (retard = 375 milles)
Jour 17 (17 février 14h TU) : 425 milles (retard = 338 milles)
Jour 18 (18 février 14h TU) : 362 milles (retard = 433 milles)
Jour 19 (19 février 14h TU) : 726 milles (retard = 234 milles)
Jour 20 (20 février 14h TU) : 672 milles (retard = 211 milles)
Jour 21 (21 février 14h TU) : 584 milles (retard = 124 milles)
Jour 22 (22 février 14h TU) : 607 milles (retard = 137 milles)
Jour 23 (23 février 14h TU) : 702 milles (avance = 60 milles)
Jour 24 (24 février 14h TU) : 638 milles (avance = 208 milles)
Jour 25 (25 février 12h TU) : 712 milles (avance = 365 milles)
Jour 26 (26 février 14h TU) : 687 milles (avance = 430 milles)
Jour 27 (27 février 14h TU) : 797 milles (avance = 560 milles)
Jour 28 (28 février 14h TU) : 560 milles (avance = 517 milles)
Jour 29 (01 mars 14h TU) : 434 milles (avance = 268 milles)
Jour 30 (02 mars 14h TU) : 575 milles (avance = 184 milles)
Jour 31 (03 mars 14h TU) : 617 milles (avance = 291 milles)
Jour 32 (04 mars 14h TU) : 492 milles (avance = 248 milles)
Jour 33 (05 mars 14h TU) : 445 milles (avance = 150 milles)
Jour 34 (06 mars 14h TU) : 461 milles (avance = 58 milles)
Jour 35 (07 mars 14h TU) : 382 milles (retard = 100 milles)
Jour 36 (08 mars 14h TU) : 317 milles (retard = 326 milles)
Jour 37 (09 mars 14h TU) : 506 milles (retard = 331 milles)
Jour 38 (10 mars 14h TU) : 321 milles (retard = 384 milles)

Record WSSRC de l’équateur à l’équateur (par les 3 caps)

Orange 2 (2005) : 33j 16h 06′

L’équipage et l’organisation à bord de Groupama 3

 Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës

  • Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
  • Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
  • Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
  • Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total

• Chaque quart dure trois heures sauf entre 12 et 18 heures TU ou ils ne durent que 2 heures.

Le record à battre

Détenu depuis 2005 par Bruno Peyron sur Orange 2 en 50 jours 16 heures 20 minutes à 17,89 noeuds de moyenne. Étaient à bord : Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.