Bernard Stamm, Dominique Wavre et Alain Gautier

Quelle est votre analyse de ce Vendée Globe 2008-2009 ?

Bernard Stamm, Skipper de Cheminée Poujoulat
Pour ce qui concerne mon avarie, il semble qu’il y ait eu un problème de matériaux. Ce qui veut dire que je n’aurais de toute façon pas terminé la course. Il y a des aspects à perfectionner dans les méthodes de travail avec les sous-traitants, mais c’est toujours facile à voir après. À un niveau plus global de la course, je dirais que cette édition était normale du point de vue des conditions, et que les deux précédentes étaient plutôt calmes. La régate était en revanche très intense, c’est ce niveau qui a donné l’impression que le rythme était élevé.

Dominique Wavre, skipper de Temenos II
À titre personnel, disons qu’en dehors de mes déboires du départ, j’ai constaté que j’avais un bon potentiel ainsi que de bonnes solutions de vitesse en main. Je me rapprochais du peloton de tête avant mon abandon. Après, c’est une autre histoire. Je considère qu’une avarie de quille comme la mienne ne doit pas arriver, il y a des enjeux vitaux derrière. Mais nous tirerons les conclusions qu’il faut le moment venu. Au niveau de la course, c’était une édition difficile, durant laquelle une grande proportion d’avaries a généré des abandons. Les différents événements de cette édition nous imposeront de prendre des décisions sur la jauge et la sécurité. Quant au résultat, Michel a réalisé une course exemplaire. Sa position d’ancien vainqueur lui a peut-être permis d’exploiter encore mieux son potentiel exceptionnel.

Alain Gautier, consultant auprès de la direction du Vendée Globe pour la sécurité
Si on le compare aux deux précédentes éditions, je pense que les conditions de ce Vendée Globe étaient normales, contrairement aux deux autres qui étaient peut-être plutôt calmes. Une tempête dans le golfe de Gascogne au départ, ainsi qu’un sud bien appuyé correspondent à ce qu’on doit rencontrer sur une course comme celle-là. La particularité de cette année était surtout le plateau de skippers, qui a forcément apporté un niveau exceptionnel.

Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

B.S. – Nous attendons encore des expertises concernant mon bateau qui est à la Réunion, je ne sais donc pas grand-chose sur les décisions qui seront prises à ce stade. Ce que je peux dire, c’est que je ne veux pas rester sur un truc à moitié terminé, et que si j’ai la possibilité d’être au départ en 2012, avec un bon projet, et le temps nécessaire à le préparer, je serais là. Contrairement à ce que certains disent, je crois que cette course me correspond bien et j’aimerais vraiment y revenir.

D.W. – À l’heure actuelle, je n’en ai pas. Je gère une situation de crise. Je ne peux rien dire, je dois prendre le temps et la distance nécessaires avant d’envisager quoi que ce soit.
A.G. – Quand Foncia m’a proposé une participation au Vendée Globe en 2006, j’ai décidé en 10 minutes de ne pas repartir. L’investissement est énorme, et j’ai maintenant d’autres envies. Ma décision était la bonne puisque c’est Michel qui a pris ce volant et il a gagné. Je n’aurais peut-être pas fait ce résultat. J’ai dit que j’arrêtais la course au large, et à part l’incursion que j’ai faite sur la route du Rhum, je m’y tiens. Il n’est en revanche pas exclu que je participe une fois ou l’autre à un Figaro.

Les D35 vont naviguer à 12 cette année, comment voyez-vous cette évolution de la classe?

B.S. – Je ne suis pas ça de très près, mais je constate que le projet a montré son potentiel. Il y a aujourd’hui douze bateaux sur un circuit qui ne comptait plus que quatre ou cinq unités, dont seulement une ou deux dominaient la flotte. Ça doit être la preuve de la réussite du concept.

D.W. – La saison s’annonce passionnante. Les D35 ont un côté super pro, et un peu people. « Bling Bling » comme on dit en France. Mais cet aspect est indispensable à la popularité et à la visibilité de notre sport. À côté d’eux, il y a les M2, qui sont un peu à l’image de ce qu’étaient les Toucan à une époque. Ils sont moins élitistes, mais permettent à plus de navigateurs d’évoluer en multicoques. Je trouve qu’il y a une saine et nécessaire cohabitation des deux classes.

A.G. – Je me réjouis de cette saison, Stève Ravussin et Pascal Bidégorry amèneront encore plus d’intensité au circuit, ça s’annonce passionnant. Alinghi reste un des bateaux à battre, mais personne ne vient faire de la figuration. Il faudra compter avec tout le monde, car il est évident qu’après deux secondes places au championnat nous partons pour l’emporter.

Les bateaux qui volent semblent devenir à la mode sur le Léman, qu’en pensez-vous ?

B.S. – Le lac a toujours été propice à des développements un peu hors du commun. Je pense que c’est parce que les conditions s’y prêtent bien. Ça serait beaucoup plus difficile de réaliser ce genre de projets en mer. Je vois des choses exceptionnelles se développer sur le Léman depuis tout petit, alors je ne suis pas surpris de voir ce qui s’y passe aujourd’hui.

D.W. – Il faut absolument que j’aille tirer un bord sur le Mirabaud LX avec Thomas Jundt et son équipe. Les autres projets paraissent passionnants, même si je ne les suis pas de près. La voile lémanique est reconnue et appréciée à l’étranger grâce à ceux qui s’investissent dans ces aventures.

A.G. – La technologie du foil est intéressante et je suis ça avec intérêt. Le microcosme lémanique est unique et favorise ce genre de développements. Il existe en plus sur le lac un historique fort pour les démarches pointues avec notamment ce qu’a fait Philippe Durr à une époque. Les records, quels qu’ils soient ne sont toutefois pas ma tasse de thé, ce que j’aime avant tout, c’est la régate et la monotypie. Je reste donc observateur de ces projets.