Casses et autres tracasseries

– Première vraie tempête pour les trois derniers bateaux de la flotte

– Après les problèmes de Groupe Bel, MAPFRE a annoncé avoir cassé une dérive

– Les trois bateaux de tête ont passé la longitude du cap Leeuwin

Décidément, un tour du monde n’est jamais anodin. Même avec des conditions qualifiées de plutôt clémentes par l’ensemble des concurrents, les avaries n’ont pas épargné une partie d’entre eux. Après Groupe Bel, c’est au tour d’Iker Martinez et Xabi Fernandez (MAPFRE) d’annoncer qu’ils ont cassé leur dérive bâbord depuis plusieurs jours.

Il ne fait pas bon naviguer au contact d’Estrella Damm ces derniers temps. Après Groupe Bel, contraint de rompre le combat, c’est au tour de l’équipage de MAPFRE de devoir lever le pied. En cause, la rupture d’une dérive sur plus d’un mètre cinquante suite à un choc. Animal, containeur, débris plastique ? Les deux navigateurs basques ne connaissent pas la cause de leur avarie mais ont été obligés de constater les dégâts. Résultat, le plan Farr qui menait jusque-là brillamment la chasse derrière Virbac-Paprec 3 a dû changer de rythme. L’essentiel pour Iker et Xabi était d’estimer l’ampleur de la réparation, avec comme objectif premier de ne pas s’imposer une escale à Wellington. Pour ce faire, les deux navigateurs ont d’abord dû attendre des conditions favorables pour retirer la dérive de son puits, une opération toujours complexe en équipage réduit. Il fallait bénéficier d’un vent portant, d’une mer pas trop formée… Pendant plusieurs jours, les deux Basques ont rongé leur frein avant de pouvoir procéder à la réparation.

Une fois la dérive sortie, les deux navigateurs l’ont transportée pour partie dans la cabine, ont installé une tente réchauffée par l’échappement du moteur, de manière à bénéficier de la bonne température pour stratifier à nouveau la partie endommagée de l’appendice. Opération réussie pour l’équipage qui est parvenu à conserver sa deuxième place et qui peut à nouveau lâcher les chevaux. Conséquence secondaire de cette mésaventure, un gros déficit de sommeil pour l’équipage de MAPFRE.

Anticyclone tentaculaire

480 milles dans le sillage de Virbac-Paprec 3 dont le leadership n’est plus contesté depuis le 25 janvier, Iker Martinez et Xavi Fernandez ont passé aux aurores la longitude du cap Leeuwin (pointe sud-ouest de l’Australie), deuxième des trois grands caps de ce tour du monde en double. A 2h20 du matin, c’était au tour de leurs compatriotes et rivaux d’Estrella Damm. Ils sont désormais trois équipages en mer de Tasmanie, bientôt rejoints par Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel) qui se questionnent depuis hier sur une possible escale à Wellington. Tout ce petit monde navigue à belle allure à la lisière Sud d’un vaste anticyclone qui étend ses tentacules sur une bonne partie de l’océan Indien, de Madagascar à la Tasmanie. Neuf des onze tandems progressent sous l’influence de ces hautes pressions qui vont les accompagner pendant quelques jours sur la route de la Nouvelle-Zélande.

50 nœuds et plus

Très loin derrière, au niveau de la porte de sécurité glace Crozet, les trois derniers équipages ont expérimenté des conditions bien moins affriolantes, au passage d’une dépression. Ces dernières 24 heures, ils ont connu la première tempête de la course, avec des vents de 50 à 60 nœuds, ainsi que l’écrivait cette nuit Ludovic Aglaor, à bord de Fòrum Marítim Català. Enfermés dans leur habitacle, la voilure réduite à son maximum, les marins ont fait le dos rond en attendant que passe ce méchant coup de vent. Le plus dur est désormais derrière eux, mais il n’est pas exclu qu’à leur tour, ils nous dévoilent quelques casses et autres tracasseries.

Classement du 10 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 13350,8 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 481,8 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 526,4 milles

4 GROUPE BEL à 731 milles

5 RENAULT Z.E à 1140 milles

6 MIRABAUD à 1592,3 milles

7 NEUTROGENA à 1714,1 milles

8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2200,3 milles

9 HUGO BOSS à 2207,2 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 3306,3 milles

11 WE ARE WATER à 3499,6 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 3516,5 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

Ils ont dit :

Iker Martinez, MAPFREà propos de la réparation de la dérive : « Cela fait maintenant 24 heures que nous avons terminé l’opération et nous avons commencé à prendre un peu de temps pour dormir. Le bateau est maintenant plus propre et nous pouvons nous concentrer sur la course. Nous sommes à la châtaigne avec Alex et Pepe. L’écart est stable et même s’il nous faut encore quelques jours pour récupérer, manger correctement et dormir, nous devons être en forme avant que la tempête qui devrait nous toucher durement, dans 48 heures probablement. La dérive n’est pas aussi performante qu’auparavant, mais ce n’est pas si mal. Pour nous cette opération a été couronnée de succès. Avoir réussi à réparer à bord la dérive et retrouver notre vitesse est un exploit en lui-même. Pendant ce temps-là, Alex et Pepe ont tout donné pour essayer de nous dépasser ».

Alex Pella, Estrella Damm: « La deuxième place est chère. Nous nous sommes bien rapprochés de MAPFRE. Nous avons un peu perdu ce matin et allons perdre encore un peu dans la journée. Nous sommes très contents d’être arrivés jusqu’ici. Pepe a une expérience énorme sur le parcours et sur ces bateaux qui se ressemblent beaucoup au final. C’est très enrichissant. Je suis très content d’être parti sur cette course avec Pepe. Au quotidien, il y a toujours des petits soucis, des aventures. Du coup j’apprends tout le temps. Je suis content de tout ce qu’il amène d’un point de vue technique sur le projet ».

Dominique Wavre, Mirabaud : « Il y a une sauvagerie une dureté ici que je ne retrouve pas ailleurs. Mais le jeu est moindre à cause des icebergs. La 6e place que l’on a pour l’instant ne me convient pas évidemment, mais l’anticyclone de Sainte-Hélène a distribué les cartes et on a joué de malchance. Nous sommes tous à la queue leu leu avec les autres depuis et c’est très difficile de changer le classement. Avoir Neutrogena à côté c’est stimulant. C’est réconfortant de les avoir tout près dans les mers du sud. D’autant qu’ils naviguent très bien. Ce sont de supers concurrents ».

Lors d’une visio conférence spéciale organisée à Brest pour le Télégramme et Tebeo TV, d’autres tourdumondistes ont pris la parole :

Jean Le Cam (dont le bateau, Président, a démâté au large du cap Vert et qui sera bientôt convoyé par cargo en Angleterre) : « Il y avait 2 leaders dans la course. Foncia et Virbac-Paprec 3. Ce sont des bateaux de nouvelle génération avec des équipes techniques en place depuis longtemps et des sponsors réguliers dans le temps. Cela donne forcément du résultat. Virbac-Paprec 3 a un gros potentiel de vitesse. MAPFREva très bien aussi, c’est d’ailleurs l’ancien Foncia ».

Vincent Riou: « La course ne sourie pas beaucoup aux Finistériens : nous avons eu la même avarie que Michel Desjoyeaux, au même endroit il y a 3 ans à cause d’une erreur de construction du mât et nous avions dû abandonner. Il ne faut pas oublier que nos 60 pieds Imoca sont extraordinaires et ce n’est pas le bateau de monsieur tout le monde (…) Les bateaux neufs sont des bateaux avec de grosses ambitions sportives et on arrive à refaire des courses autour du monde avec. C’est bien car ce sont des bateaux avec des carrières relativement longues, ce ne sont pas des bateaux jetables. »

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3: « Nous prenons beaucoup de plaisir avec le bateau, nous essayons d’aller vite et de le pousser assez modérément pour économiser car nous ne sommes même pas à la moitié du tour. En plus, nous avons vu que Kito a déchiré des voiles donc il est bon de s’économiser et les bonhommes aussi ! Il y a forcément des petites choses à réparer tout le temps mais sur les monocoques il y a trois choses où il ne faut pas qu’il y est de dégâts : la quille, le mât et l’étrave. Je ne pense pas que Jean et Vincent me contrediront là dessus. »

Jacques Caraes, détenteur du Trophée Jules Verne : « Une course en double c’est quelque chose d’extraordinaire. Même si on se croise plutôt que de naviguer ensemble. J’aime beaucoup les courses en équipage. J’aurais pu participer à la Barcelona World Race mais les années filent et nous n’avons pas le temps de tout faire ! »

Liste des 14 équipages engagés

Central Lechera Asturiana: Juan Merediz (ESP) – Fran Palacio (ESP)

Mapfre : Iker Martínez (ESP) – Xabi Fernández(ESP)

Estrella Damm Sailing Team: Alex Pella (ESP) – Pepe Ribes (ESP)

Foncia: Michel Desjoyeaux (FRA) – François Gabart (FRA)

Fòrum Marítim Català: Gerard Marín (ESP) – Ludovic Aglaor (FRA),

GAES Centros Auditivos: Dee Caffari (GBR) – Anna Corbella (ESP)

Groupe Bel: Kito De Pavant (FRA) – Sébastien Audigane (FRA)

Hugo Boss: Andrew Meiklejohn (NZL) – Wouter Verbraak (NED)

Mirabaud : Dominique Wavre* (SUI) – Michèle Paret* (FRA)

Neutrogena: Boris Herrmann (GER) – Ryan Breymaier (USA)

Président :Jean Le Cam (FRA) – Bruno García (ESP)

Renault :Pachi Rivero* (ESP) – Antonio Piris (ESP)

Virbac-Paprec 3: Jean-Pierre Dick* (FRA) – Loïck Peyron (FRA)

We Are Water :Jaume Mumbrú (ESP) – Cali Sanmartí (ESP)

* deuxième participation