Cata tout-terrain pour aller loin !

Pas si facile d’imaginer une unité de grand voyage capable d’affronter les conditions les plus difficiles, mais également confortable et performante… L’architecte Pierre Delion, familier de l’aluminium, propose un catamaran qui ne donne qu’une envie… celle de larguer les amarres ! 

Antoine, le chanteur devenu navigateur, nous a familiarisé avec le catamaran en aluminium. A la barre de son Banana Split – peinture à l’eau couleur mimosa – depuis 1989, il a largement validé le concept du voilier de voyage à deux coques plus solide que le corail. Le programme de notre baroudeur 25 ans plus tard ? Aller loin et partout, des lagons polynésiens au Groenland, assurer un parfait confort à bord et être en mesure d’accueillir un équipier en fauteuil roulant. Un cahier des charges qui se traduit par des innovations attrayantes, nous le verrons plus loin. L’exemplaire présenté au salon des multicoques, à La Grande Motte, est le numéro 2 de la série. Présenté brut de métal, il renoue avec la tradition des 4×4 des mers – on pense aux Ovni d’Alubat et bien sûr aux Allures. Avec ses superstructures volumineuses et ses généreux vitrages, il joue sans complexe dans la cour des bateaux de travail, loin des standards de design des grands chantiers. Reste qu’après une belle laque, le SC 48 peut retrouver des attributs plus civilisés, à vous d’en juger !

La principale objection, c’est le poids : un multicoque, ça marche quand c’est léger… alors en métal, ça donne quoi ? Le Prometa de 12,50 m d’Antoine, en aluminium épais, accuse plus de 12 lège tonnes au peson. Difficile de glisser entre deux trains de vagues, chargé à bloc pour une transat… Le SC 48, lui, adopte une construction sur lisses et membrures classiques. Les bouchains sont toujours là, mais les tôles, bien plus fines, permettent de tenir un devis de poids raisonnable. Les 16 tonnes (lège) du SC 48 sont à rapporter aux 17 d’un Leopard 48 ou au 15,5 d’un Lagoon 450. Sur l’eau, malgré la forte surcharge de notre modèle d’essai, en raison de sa pléthore d’options, le plan Delion nous a surpris. Si les performances sont modestes en dessous de 15 noeuds de vent avec solent autovireur, notre SC 48 lâche les chevaux sous gennaker, capable d’accrocher les 7 noeuds au largue serré par 14 noeuds de vent. Lors du convoyage de Cherbourg vers la Méditerranée, le SC 48 est parvenu à flirter avec les 20 noeuds à la faveur d’un surf généreux… ivresse de la longue houle atlantique ! A la barre, peu de sensations, mais la vue sur le plan d’eau est excellente depuis le poste de pilotage surélevé. La plupart des manoeuvres sont concentrées sur trois winches. Bosses d’enrouleurs et écoutes de gennaker sont reprises sur une paire de winches, un sur chaque hiloire. Soit cinq winches là où la plupart des catamarans concurrents se débrouillent avec deux ou trois ! Car sur ce catamaran de voyage, on n’a lésiné sur rien – surtout pas sur la robustesse. La structure du bateau est blindée, l’échantillonnage du mât est généreux, les cloisons étanches au rendez-vous, toute l’isolation, de qualité automobile, garantissent un excellent confort sous toutes les latitudes. Un seul regret ? L’imposante poutre avant, un peu trop verticale, peut taper dans la (mauvaise) mer. Le point fort du SC 48, en plus d’être un increvable baroudeur, c’est la circulation à bord. Pour satisfaire aux évolutions d’une personne handicapée en fauteuil, l’architecte a prévu deux portes de coupée à l’arrière pour un accès de plain-pied au cockpit depuis le quai, des passavants bien plats et dégagés, et surtout un cockpit avant comme sur les catamarans sud-africains Leopard. Du coup, une porte (elle est sacrément blindée, rassurez-vous) est découpée à l’avant de la nacelle. Ces deux ouvertures, une sur chaque cockpit, révolutionnent la circulation à bord et offre une ventilation naturelle inhabituelle. Même le cockpit arrière profite de cette aération étonnante : c’est tout de même rare que l’air frais vienne du carré ! La protection n’est en revanche assurée que pour partie ; le bimini est en effet assez court. La table extérieure est bien adaptée à un équipage réduit avec une simple banquette en L. Pour les invités, les tabourets seront de rigueur. Sur le pont, une foule de trouvailles facilitent la vie à bord : découpes dans le rouf pour y accéder, sièges de balcon avant sur charnières pour libérer le passage vers les étraves. En revanche, on peut être déçu par l’association des deux revêtements antidérapants – faux teck et liège –, les quatre supports du bimini (deux auraient sans doute suffi) et l’aspect de la sellerie extérieure. Tous ces produits sont d’excellente facture et parfaitement adaptés à un usage intensif marin, mais leur aspect et/ou leur association nuisent à la qualité perçue. Et c’est un peu le même sentiment à l’intérieur. La trame des aménagements est judicieuse, avec une grande cuisine en U, un coin navigation face à la marche et des cabines spacieuses… en revanche, on se cogne facilement la tête lors de la descente dans les coques et les couchages sont empiétés par certains éléments de structure, qui pourraient sans difficultés être légèrement modifiés pour améliorer le confort. Bref, la patte d’un designer spécialiste des aménagements de voiliers serait la bienvenue pour optimiser encore notre SC 48. Car ce catamaran est certainement l’un des meilleurs supports pour partir à l’aventure autour du globe sans date de retour…