Ce soir à Gibraltar

La Méditerranéeest cruelle écrivait Kito de Pavant ce matin. Ses calmes ont emprisonné une bonne partie de la flotte de la Barcelona World Race. Seuls rescapés des affres de la pétole : les partisans de la côte africaine, emmenés par Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron. Le bateau bleu sera t-il le vainqueur du premier ‘trophée océanique’ de la Barcelona World Race ce soir en passant Gibraltar ? Réponse dans quelques heures.

Les manœuvres stratégiques de dimanche ont probablement été décisives dans ce prélude méditerranéen de la Barcelona World Race. Car il y a bien aujourd’hui les gagnants et les perdants de la mer d’Alboran.

Out of Africa

Dans le groupe des ‘gagnants’ : la poignée de bateaux ayant opté pour un passage le long des côtes marocaines. Ces six larrons tirent actuellement des bords vers le détroit dans un vent d’ouest mollissant, emmenés par Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron. Depuis plus de 24 heures, ces derniers croisent le fer avec Michel Desjoyeaux et François Gabart (Foncia). Mais au pointage de cet après-midi, les hommes de Virbac-Paprec 3 semblaient avoir pris l’ascendant. Seront-ils les premiers ce soir à franchir la longitude de Tarifa – frontière virtuelle entre Méditerranée et Atlantique- et les vainqueurs du premier trophée océanique de la course ? Dans leur tableau arrière, un autre duo a fait des merveilles grâce à cette option africaine : l’équipe germano-américaine de Neutrogena, embarquée sur l’ancien bateau de Roland Jourdain. Boris Hermann et Ryan Breymaier naviguent comme des chefs et ont gagné cinq places entre dimanche et lundi. Ils sont désormais 3e au classement, devant les Espagnols Alex Pela et Pepe Ribes (Estrella Damm).

Flamenco triste

A l’opposé, trois bateaux ont vu leurs efforts ruinés ces dernières 24 heures : Président et Mapfre en allant jouer près des plages espagnoles et Groupe Bel au milieu de la mer d’Alboran. Hier encore, ces trois équipages se bagarraient à vue pour la première place. Or, ils viennent de perdre 75 milles en l’espace d’une journée. « Rageant ! » déplorait Kito de Pavant à la vacation de ce lundi. Toute la nuit, lui et Sébastien Audigane se sont battus sur chaque mètre. Malheureusement, le supplice de la pétole n’est pas terminé pour les nordistes. Cet après-midi, leur vitesse de progression ne dépassait pas les 4 nœuds. Le beau spectacle de la Sierra Nevada enneigée à quelques milles des étraves ne suffisait pas à les consoler.

C’est aussi la double peine pour les retardataires dont certains sont littéralement tanqués dans les calmes à plus de 100 milles des leaders. Au classement de 15 heures, Renault Z.E et We are Water n’avançaient même pas à un nœud.

Le piège du détroit

Le détroit de Gibraltar, couloir de 15 km de large où se rencontrent les eaux froides de l’Atlantique et celles, chaudes et salines de la Grande Bleue, est le dernier piège méditerranéen tendu aux marins de la Barcelona World Race. Appelé colonne d’Hercule dans l’antiquité, ce passage symbolisait la frontière entre le monde civilisé et l’inconnu. Inconnu aussi le nombre d’heures que les skippers passeront cette nuit dans ce goulet étroit qu’il faudra partager avec les cargos. Les prévisions annoncent 2 nœuds de vent et un courant contraire de…2 nœuds.

Le classement du 03 janvier à 15 h :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 24100,5 milles de l’arrivée

2 FONCIA à 14,1 milles des leaders

3 NEUTROGENA à 25,3 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 26,3 milles

5 MIRABAUD à 33,5 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 51,5 milles

7 GROUPE BEL à 77,5 milles

8 PRESIDENT à 77,6 milles

9 MAPFRE à 86 milles

10 RENAULT Z.E à 104,5 milles

11 WE ARE WATER à 105,7 milles

12 HUGO BOSS à 130,5 milles

13 FORUM MARITIM CATALA à 131,5 milles

14 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 137,6 milles

Tapis vert

La réclamation de Virbac-Paprec 3 contre Groupe Bel, Foncia et Hugo Boss a été rejetée, car jugée non valide par le Jury International. Virbac-Paprec 3 a posé réclamation contre ces trois bateaux pour avoir enfreint un avenant stipulant que la marque November, à l’entrée du port de Barcelone, était marque de parcours et qu’elle devait être laissée à tribord. Le Jury International a invalidé la réclamation en se basant sur le fait que les trois bateaux incriminés n’ont pas été prévenus par Virbac-Paprec 3 comme il est imposé dans les RRS 61.3 et SI 15.2 .1(a). La réclamation est donc jugée invalide.

Dernière minute : Mirabaud arraisonné en pleine mer

Mirabaud a été abordé cet après-midi par une vedette des douanes marocaines. Les douaniers sont montés à bord, ils ont effectué une fouille en règle du voilier de course, de fond en comble, endommageant des sachets de nourriture lyophilisée, mais aussi des sacs contenant du matériel électronique. La cabine du bateau a été mise sans dessus dessous. Les douaniers sont repartis une demi-heure plus tard après avoir reçu un appel radio. Contacté par téléphone satellite peu après l’incident, Dominique et Michèle se montrent philosophes. « On garde le moral, on est en train de ranger le bateau et de tout remettre en place. On va essayer de ne pas se laisser abattre par cet événement. »

Au delà de la petite heure passée à tergiverser et négocier avec les douaniers, les deux marins ont surement laissé un peu d’influx et de concentration pendant l’incident dû à des douaniers pour le moins zélés.

Ils ont dit :

Kito de Pavant (FRA), Groupe Bel : « Nous avons passé une mauvaise nuit quasiment arrêtés alors que nous étions à deux milles de Virbac-Paprec 3 un petit peu sous son vent. Il est maintenant en tête. Nous avons viré au même moment. Lui est parti. Nous, nous sommes restés. Donc ce matin nous n’avons pas trop le moral.Ça fait râler, car nous étions bien dans le match. Aucun fichier météo n’est fiable. Ce matin nous avions très très peu d’air, en plus au portant. Obligés de tirer des bords dans un clapot détestable. Avec Seb il n’y a pas de soucis. Nous nous sommes donnés toute la nuit. Nous n’avons pas beaucoup dormi. Tout cela pour matosser à chaque variation du vent. Une galère toute la nuit pour rien. Pas facile à encaisser, nous sommes fatigués. Tout n’est pas parfait dans ce monde ! Mais bon, la route est encore longue. »

Pepe Ribes (ESP), Estrella Damm: « Pour l’instant nous sommes à deux milles au vent de Foncia et je crois que nous avons Jean-Pierre (Virbac-Paprec 3) sous notre vent à environ 3 milles. Etre en contact visuel est une bonne motivation pour être toujours à 100%. Les conditions sont tellement changeantes que quand tu crois avoir bien fait… en fait c’est mauvais ! Je pense que ça va être très compliqué de traverser le détroit de Gibraltar. Visiblement il y aura très peu de vent, avec du courant contre ! »

Gerard Marin (ESP) FMC :« Nous sommes fatigués. Les conditions sont instables, il y a beaucoup de variations de vent, en force et en direction. Nous devons être attentifs aux changements de voile pour avoir toujours la combinaison la mieux adaptée. Nous travaillons dur pour ne pas perdre le train en marche et atteindre nos objectifs techniques. Les milles perdus en Méditerranée comptent double ou triple. C’est important que nous ne soyons pas trop en retard avant d’atteindre les alizés, car l’écart ne cessera d’augmenter et nous devons éviter cela. »