Changement de décor pour une journée sous haute tension

Le Cap Finisterre, premier point de passage plus symbolique que stratégique, est à présent dans le sillage de la flotte de la Transat AG2R LA MONDIALE. Le Golfe de Gascogne et ses conditions quasi idylliques sont en passe de devenir un lointain souvenir dans l’esprit des 50 marins, tant le décor a changé en quelques heures. Les nuages sont de retour sur la course et la tempête domine sous les crânes des stratèges qui se préparent à négocier un minimum et l’arrivée d’un front pluvio-orageux. En attendant, le duo Jeanne Grégoire – Gérald Véniard (Banque Populaire) retrouve sa place de leader provisoire, devant Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel) et Armel Tripon et Franck Le Gal (Gédimat)

Si en matière de course au large, l’extrémité Ouest de la Péninsule Ibérique a souvent des allures de juge de paix ou du moins de premier passage à la caisse, elle n’aura cette année sacré ni condamné personne au sein de la flotte de la Transat AG2R LA MONDIALE. « Un coup pour rien » donc ou presque tant l’enthousiasme des marins invités à s’exprimer sur le sujet ce matin témoignait d’un bel avantage psychologique… bien relatif certes mais toujours bon pour le moral des troupes. Dans des conditions devenues instables et reléguant le grand ciel bleu des derniers jours à des allures de carte postale, chacun s’efforce de gagner dans le Sud sans se faire piéger trop longtemps. Nuages, pluie, rotations et caprices en tous genres ont fait leur apparition comme pour rappeler que la course lancée dimanche reste un morceau de bravoure qui mettra jusqu’au bout les nerfs et les organismes des marins à rude épreuve. Dans un vent avoisinant les 8 noeuds d’Est au petit matin, on évite donc de regarder derrière soi et on se plonge avec inquiétude parfois dans les perspectives météorologiques attendues dans un avenir proche. Ressassé en boucle depuis deux jours, le premier écueil se présente le long des côtes portugaises et bien malin qui peut aujourd’hui prédire quelle sera la trajectoire idéale. C’est du moins l’avis partagé par les leaders de ce mercredi matin. Pour s’y préparer au mieux, on s’arme de fichiers météo actualisés aussi souvent que possible, on se réjouit de la concordance tant attendue des modèles et on espère faire partie du meilleur courant de pensée.

 D’ouest en Est, début des divergences

Pour l’heure, trois tendances semblent se dessiner en Atlantique, le classement accordant ce matin ses faveurs au groupe de l’Ouest emmené par Jeanne Grégoire et Gérald Véniard. Au centre, Groupe Bel et Gédimat complètent un podium décidemment très disputé et parfois fugace. Enfin, à l’Est, Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert), cherchent eux aussi le meilleur parti. D’un extrême à l’autre, les deux représentants de Saint-Barth, île d’arrivée convoitée par tous, peinent à s’accorder, Miguel Danet et Damien Cloarec (Concarneau – Saint Barth) ouvrant la parenthèse à l’Ouest et Richard Lédée et Christophe Lebas (MemoireStBarth.com) la fermant toujours au plus près de la terre. Avec une distance latérale de 61 milles entre les deux jeunes occidentaux et les colosses de Cercle Vert et des écarts encore raisonnables en distance au but, les prochaines heures devraient avoir de quoi livrer leur lot de petits bouleversements et peut-être de grandes conséquences…

 Au coeur de la course sur Ocean Alchemist

 

Placé dans le paquet

Après un check-up complet du bateau au pied du Cap Finisterre hier soir et après un stand by peu fructueux par attendre le voilier emmené par Richard Lédée et Christophe Lebas  MémoireStBarth.com) le long de la Péninsule Ibérique, Ocean Alchemist a remis le cap sur la flotte des 25 Figaro Bénéteau. Par une nuit voilée où nous ne pûmes apercevoir la lune, nous avons traversé le rail situé à 20 milles de  la terre pour rejoindre le groupe emmené par Luisina,  Cheminées Poujoulat, Crédit Mutuel de Bretagne et Generali – Europ Assistance. La traversée a requis toute la vigilance des hommes de quart, car si Ocean Alchemist peut sembler immense par rapport aux monotypes en course, nous sommes minuscules et quasi invisibles au pied des porte containers et autres chimiquiers croisés dans la nuit.

C’est à 4h00 ce matin que nous nous retrouvons au milieu des  quatre Figaro Bénéteau. Nous recommençons à avoir de bonnes conditions. En effet, nous avons, pour la première fois de cette Transat AG2R LA MONDIALE, rencontré la pluie, une pluie forte et lourde qui nous a accompagnés une bonne partie de la nuit.

Désormais, les conditions sont plus agréables, nous évoluons dans 8 nœuds de vent de secteur Est et apercevons plusieurs feux autour de nous. Nous attendons le lever du jour pour aller les voir. L’objectif de la journée est de se laisser rattraper par les derniers concurrents et de remonter jusqu’aux leaders de cette 10e Transat AG2R La Mondiale.

 Ils ont dit…

 Jeanne Grégoire – Banque Populaire – Leader provisoire au classement de 5 heures

« On ne s’est pas beaucoup reposé sur les dernières 24h, on en profite maintenant car nos efforts ont payé en passant le Cap Finisterre. On est premier au classement de 5h mais il y a beaucoup de travail car les autres bateaux restent près et groupés dans l’ensemble. Chaque petit mille est toujours bon à prendre pour la suite.

Les conditions climatiques sont très changeantes et cela va influer sur notre stratégie des prochaines heures. On verra bien à quelle sauce on va être mangé, en attendant on se donne à fond pour continuer à grappiller quelques milles ».

  Kito de Pavant – Groupe Bel – 2ème au classement de 5 heures

« Les conditions n’ont pas été très simples. On a eu un ralentissement en début de nuit et maintenant ça avance doucement. Nous pensions qu’en passant le Cap Finisterre, il y aurait plus de bouleversements dans le classement, que les écarts se creuseraient, mais les bateaux sont toujours très proches les uns des autres. Tout ça pour rien, c’est très frustrant !

Au début, on a eu du mal à se caler, on était surexcité et on avait du mal dormir. On n’était pas en phase, mais petit à petit on se met dans le rythme.

Finalement les classements ça va, ça vient et cela va être compliqué dans les jours à venir, car la météo est changeante. Je pense qu’il vaut mieux être au large qu’à terre comme MémoireStBarth.com, car il y a plus de vent et il est plus régulier en mer… »

 

Franck Le Gal – Gédimat – 3ème au classement de 5 heures

« Ce n’est pas simple de rester collé au paquet, mais on fait de notre mieux. Nous avons pris la décision en fin d’après-midi de glisser sous le paquet au Cap Finisterre.

On a eu un petit souci, on a du changer de voile et en fait le bateau avance d’autant mieux, il est beaucoup plus stable ! Pour rester au contact des bateaux, il faut cravacher car ils vont vite, c’est comme une Solitaire du Figaro mais en double. On a utilisé nos réserves, on ne dort pas beaucoup. Les conditions demandent de la concentration, car on essaye d’aller au plus vite, donc on se relaye bien pour être en condition optimale ce qui n’enlève rien à la bonne ambiance qui règne à bord ».