Chaud, chaud, chaud !

Rentrés hier soir sous l’influence d’une dépression venant du nord et de son front froid associé, les dix-sept solitaires de la Transat Bénodet-Martinique rencontrent actuellement des conditions particulièrement musclées – entre 35 et 40 n�“uds. Les concurrents décalés les plus au nord ont été les premiers à toucher ce vent fort et ont été, par conséquent, les premiers à réduire la toile. Résultat, au pointage de 5 heures ce lundi matin, les écarts restent infimes.

 

Hier soir, à l’approche de la dépression, le vent a progressivement pris de la gauche en direction du nord. Comme on s’y attendait, il s’est aussi renforcé. Reste que l’ensemble de la flotte n’a pas été servi de la même façon. « Près du centre de la dépression, les vents seront assez différents », avait prévenu Pascal Scaviner de Météo Consult. Ainsi, Francisco Lobato (Roff), Eric Péron (Macif 2009) et l’actuel leader, Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), se sont fait surprendre par 40 nœuds rentrés assez soudainement dès le début de nuit. Très vite, ils ont donc été contraints de réduire la toile et de naviguer avec un ris dans la grand voile et sous solent.

Pendant ce temps, décalés un peu plus au sud, leurs adversaires ont continué de progresser sous spi dans un vent soufflant entre 20 et 25 nœuds. Au final, les uns et les autres ont donc tenu des vitesses quasiment identiques cette nuit. Au classement, alors que la barre des moins de 2000 milles restant à parcourir va être franchie dans la matinée, les sept premiers se tiennent en moins de 9 milles. Néanmoins, depuis deux heures, tous évoluent à nouveau dans des conditions identiques : 30-35 nœuds de vent très instable en direction. « C’est la guerre » déclarait Delahaye lors de la vacation. « C’est vraiment très fort, ça envoie » ajoutait Erwan Tabarly (Nacarat) de son côté. L’un comme l’autre – au nord comme au sud – avouaient préférer rester à l’intérieur du bateau dans ces conditions musclées et sortir sur le pont uniquement pour régler les voiles au grès des petites bascules. « Dehors, il y a d’immenses gerbes d’eau. Impossible de sortir sans le ciré. Je profite d’être sous solent pour me reposer un peu. Bientôt, ce sera plus maniable, il faudra renvoyer le spi et être d’attaque à la barre » expliquait le dauphin de Gildas Morvan lors de la dernière édition de cette transat en solitaire à armes égales. Reste que, d’après les fichiers météo, le plus gros du front n’est pas encore passé – le plus fort étant, logiquement, prévu pour la mi-journée ce lundi – et que la nuit prochaine, un rail de vents forts (force 6 à 8 d’ouest en est) va se généraliser à l’ensemble de la flotte. Pas sûr, dans ces conditions, que les spis refleurissent si vite…

Ils ont dit :

 

Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) : « C’est un peu la guerre, tout vole. Le vent a pris beaucoup de gauche. Les premiers rails sont arrivés hier soir. C’est rentré à 40 nœuds directement. Ca m’a un peu surpris. Ensuite, ça a molli autour de 25 noeuds mais là, ça vient de rentrer fort à nouveau, entre 30-35 noeuds. Je vais aller réduire. Je suis un ris dans la grand voile et solent mais je vais aller prendre un ris dans le solent. Ca pulse bien, on est à 55° du vent. Il y a de la mer mais ça va encore. En fait, depuis hier soir, je suis à l’intérieur du bateau qui marche sous pilote. Dehors ce n’est pas gérable. En gros, je suis sorti une dizaine de fois dehors régler mais je suis dans ma bannette au vent depuis le début. Dehors, ce serait trop humide. Sur les fichiers, le plus fort n’est pas encore passé donc c’est un peu inquiétant. On verra. Normalement, ce soir ça devrait commencer à mollir. On a une journée un peu compliquée à passer. Ensuite, ça devrait adonner de nouveau. On sera au portant, on sera mieux. Là, il y a le dur à passer. De toutes les façons, on ne va pas re-spier tout de suite. Pas avant 24 heures, un truc comme ça. »

Erwan Tabarly – Nacarat : « Je viens de me réveiller il y a une minute. J’avais bien besoin de me reposer. J’étais sous spi depuis hier soir mais le vent est monté très rapidement deux fois. Maintenant, depuis deux heures, je suis sous solent. Il y a 36 nœuds de vent. C’est énorme par rapport à ce qu’annoncaient les fichiers de vent. Ils prévoyaient 22 nœuds. C’est vraiment fort. Ca envoie. Du coup, je suis à l’intérieur. Il faut sortir régler le bateau comme il y a pas mal de vent et qu’il varie pas mal en direction. C’est impossible de sortir sans la veste, sinon tu es trempé. Il y a du sport. Le plus gros n’est pas passé. Je suis content d’être là où je suis. Si jamais ceux au nord ont vraiment fort, je serai bien content d’être dessous. Peut-être que je pourrai mettre le spi avant eux. Mais ça, ce sont des suppositions. Je pense que ça peut être copieux. Il faut regarder la suite et essayer de voir le mieux possible ce qui va se passer. »