Cheminée Poujoulat doit couper la poire en deux

Cette nuit, les deux skippers de Cheminées Poujoulat ont pris la décision de ne pas continuer sur la trajectoire nordiste qu’ils suivaient jusque-là.

Bernard et Bruno  ont mis le clignotant à gauche et ont dirigé leur voilier au cœur de l’archipel des Açores et ainsi laissé l’île Ponta Delgada à leur gauche et les îles Terceira, Sao Jorge et Pico à leur droite. Un choix qui leur fait certes, perdre des milles sur leurs adversaires, ils sont à 79 milles du premier, Initiatives Novédia, mais qui évite à Cheminées Poujoulat d’affronter un nouveau coup de tabac. Leur calcul est simple : «ça ne sert à rien de sortir en tête de ce passage si le bateau n’est plus à 100% de son potentiel, la route est encore très longue ».

Une route médiane

Cheminées Poujoulat a plongé au sud ce matin, Bernard Stamm et Bruno Jourdren ont pris cette décision la nuit dernière pour éviter un nouveau coup de vent annoncé au nord, qui risquait de faire souffrir davantage le matériel. Du coup, les deux skippers profitent enfin d’un rayon de soleil après 8 jours de pluie et de froid.

Un passage laborieux

Voilà 8 jours et 8 nuits qu’ils naviguent au près, ce qui signifie à bord d’un bateau constamment penché, dans le froid, une mer difficile et la plupart du temps, sous la pluie. Des conditions pénibles qui ne permettent aucun répit, pas même celui d’un petit repas chaud, puisque Bruno Jourdren avouait à la vacation d’aujourd’hui, qu’à bord de Cheminées Poujoulat, ils n’avaient pris qu’un seul vrai repas depuis le départ. «Ce n’est pas le bonheur intégral» reconnaissait le marin finistérien, qui poursuivait, toujours caustique, «ça ne peut que s’améliorer ». Effectivement, la porte de sortie est peut-être pour bientôt et, en tout état de cause, le duo a déjà choisi de faire une route plus médiane pour ménager le bateau et les bonshommes. Le premier rayon de soleil depuis le départ de Saint-Nazaire est au rendez-vous, «ça réchauffe les os et le moral» confiait Nono, quelque peu soulagé.

La route est encore longue

C’est finalement toujours le même choix cornélien qui s’impose aux marins en course au large. Aller vite, aller bien, aller au bon endroit, ménager sa monture, tirer sur le matériel et les organismes ? ça mouline dans les têtes et la complexité météorologique de ce début de la Solidaire du Chocolat n’aide pas les skippers à choisir leur tactique. Ils sont encore 17 en course et totalement dispersés du nord au sud des Açores. «Il n’y a pas de schéma arrêté et personne ne peut dire où ça va payer» explique Bruno Jourdren, «on en a la preuve en voyant les multiples trajectoires qui illustrent bien que les analyses dans ces mauvaises conditions sont compliquées » ; Quoi qu’il en soit, le tandem de Cheminées Poujoulat a choisi son camp cette nuit. Ils ont mis le clignotant à gauche pour éviter un nouveau coup de vent et traversent l’archipel des Açores du nord au sud, en laissant l’île Ponta Delgada à leur gauche et les îles Terceira, Sao Jorge et Pico à leur droite. Un choix qui leur a fait perdre de précieux milles sur leurs adversaires, ils sont à 79 milles du premier, Initiatives Novédia, mais qui répond à leur préoccupation majeure : préserver le matériel, le bateau, les voiles et les bonshommes. «A quoi ça nous servirait de sortir les premiers sur la route des Antilles avec un bateau à 70% de son potentiel, alors que la route sera encore très longue ?» expliquait Bruno Jourdren. « C’est inutile de prendre des risques et d’aller se coltiner avec 40 nœuds de vent au nord. On cherche tous le meilleur chemin vers le Mexique, on veut tous prendre les bonnes décisions, nous, nous avons choisi une route médiane et comme on dit : C’est à la fin de la foire…

Véronique Guillou-Le Bivic (RIVACOM