Circuits pro en mer, bilans et perspectives

L’Audi MedCup, l’iShares Cup et le RC 44 Championship Tour ont conclu la saison 2009 avec un succès plus ou moins remarquable selon le regard que l’on porte sur chacun de ces championnats. Représentants principaux de la voile professionnelle, hors America’s Cup et Volvo Ocean Race, ces trois circuits fonctionnent tous avec des concepts très différents qui se remettent en question chaque année pour essayer de survivre dans un monde où les sponsors se font toujours plus diffi ciles à trouver et plus exigeants sur les retombées attendues. Même si, à priori, aucune des organisations ne se fait une concurrence directe, les ressources, que ce soit en matière d’équipages, de compétences, de villes hôtes et probablement de fi nances, restent limitées. Chaque série doit donc jouer des coudes pour gagner sa place et se positionner comme étant « Le » circuit de référence.

Coûts trop élevés
Dans une hiérarchie qui prend en compte les coûts fi nanciers, l’Audi MedCup, qui accueillait cette année les GP42 en plus des TP52, ressort en tête du classement. La « Champions league » de la voile est en effet excessivement chère et un budget de deux à trois millions est nécessaire pour s’aligner. La jauge qui impose aux meilleurs de changer de monture chaque année, l’équipage nombreux composé de 14 personnes ainsi que les convoyages par la mer sont les principaux postes de dépenses. La classe réunit par contre un plateau très enviable. Grant Dalton, Dean Barker, Terry Hutchinson, Thierry Peponnet, Francesco Bruni ou encore Russell Coutts sont de la partie et le niveau des courses s’en ressent. Et ce, même si Emirates Team New Zealand a largement dominé les débats. Quantum, Artemis et Matador ont livré une lutte acharnée à la hauteur des attentes de chacun. L’Audi MedCup s’est déroulée sur cinq évènements en Europe et a réuni une quinzaine de concurrents en incluant les GP42.

Le seul circuit de multicoques
Côté multicoque, l’iShares Cup qui se coure en Extreme 40 a prouvé qu’elle pouvait prendre une place intéressante dans ce monde. Les barreurs spécialisés sur ce type de support, majoritairement des Français, sont évidemment présents. Franck Cammas, Loïck Peyron et Yann Guichard ont participé aux six manches que compte le championnat. Le circuit est relativement bon marché, puisqu’il faut envisager 500 000 francs par an, amortissement du bateau compris. Basée avant tout sur le principe du spectacle, l’iShares Cup se déroule toujours sous les yeux du public, parfois au détriment de l’intérêt sportif. Les skippers s’y sont toutefois habitués, considérant que si le formalisme d’un parcours de régate conventionnel peut manquer, tout le monde est confronté aux mêmes difficultés et les résultats fi naux ne sont que rarement aléatoires. « Ce circuit est fait pour le public, alors que les autres n’ont jamais réfléchi à cet aspect », confi rme Loïck Peyron. Et d’ajouter : « Ça impose des concessions, mais elles sont fi nalement acceptables, on y trouve notre compte. » Yann Guichard y voit un bon moyen de faire tourner une équipe comme le Gitana Team. « L’iShares Cup est actuellement le seul moyen de faire des régates de multicoques en mer. Mais parfois on est à la limite du show. » Et de compléter : « Nerveusement, ce sont les courses les plus diffi ciles que je connaisse. Il y a beaucoup de contacts et il faut sans cesse se remettre en cause. » Du côté des organisateurs, Gilles Chiorri, qui dirige le projet chez OC Events, est quant à lui parfaitement au clair avec le concept. « Nous sommes dans le domaine du sport business avec des obligations de ce point de vue et les attentes sont importantes. Il faut sans cesse trouver un équilibre entre les médias, le public et l’aspect sportif. »

Owner-driver, une solution ?
Le RC44 Championship Tour qui vivait cette année sa troisième saison a, de son côté, démontré son excellente santé. Les meilleurs marins du monde s’y côtoient, quelque douze concurrents en moyenne sont présents, la plu-part étant d’ailleurs actifs parallèlement en TP52. La monotypie est attractive et les voiliers sont réputés pour leurs qualités. Qualifi és de « machines à remonter le vent », les RC44 possèdent tous les atouts des Class America sans en avoir les défauts. Le tour se déroule sur six évènements répartis entre lac et mer, en Europe et au Moyen-Orient. Les bateaux sont conçus pour être transportables facilement et la logistique a été optimisée au maximum pour limiter les coûts. La seule ombre au tableau, s’il fallait en voir une, est celle du propriétaire barreur (owner-driver), qui peut porter un léger préjudice à la crédibilité sportive. Ce concept n’est toutefois imposé que pour les régates en flotte. Une épreuve de match-race ouvre en effet toujours les joutes en début de semaine. Le budget annoncé pour une saison tournerait autour d’un bon demi-million de francs, hors achat et amortissement du bateau.

L’Asie en ligne de mire
Les trois circuits ont confirmé leur saison 2010 et semblent tous avoir trouvé les fonds même si iShares, le sponsor titre de la course éponyme, a récemment annoncé son retrait. Les Extreme 40 ont ainsi officialisé en octobre leur nouveau circuit asiatique qui se déroulera pendant l’hiver dans les principales villes de cette partie du monde. Une partie de la fl otte a d’ailleurs pris le chemin de l’Orient à l’issue de la dernière manche qui s’est déroulée à Almeria en octobre dernier. D’autres changements se profilent pour l’Audi MedCup qui promet des mesures drastiques pour limiter les coûts, comme la réduction du nombre d’équipiers et l’amélioration de la jauge pour rendre les bateaux compétitifs sur plusieurs années. Le RC44 Championship Tour envisage quant à lui une manche outre-Atlantique, aux Caraïbes.
A suivre sur www.skippers.tv : l’Audi MedCup et l’iShares Cup y ont leur rubrique propre dans la catégorie Régate.