Colin-maillard et boules de nerfs

Derniers bords pour une cinquième place qui, au delà de sa valeur symbolique, signifiera aussi pour l’équipage qui la décrochera, qu’il a réussi à prendre le meilleur sur un trio de poursuivants tous aussi motivés les uns que les autres. Pour l’heure, avec un fauteuil pour quatre concurrents entrés en mode furtif, c’est une grande partie de poker menteur qui se met en place. Tous navigueront en « aveugle », concernant les positions respectives des uns et des autres.

 

 

       Il y a un temps pour tout… Après les grandes chevauchées sur la route des alizés, les batailles sous spi à plus de quinze nœuds, les dernières heures de cette Transat Jacques Vabre risquent plutôt de mettre les nerfs à rude épreuve. La faute, d’une part à un alizé qui peine de plus en plus à s’établir et de l’autre, à un bluff engagé entre quatre équipages qui ont décidé simultanément de déclencher le mode furtif. Et ce, d’autant que dans les conditions de vent rencontrées, les temps de course restant jusqu’à la ligne d’arrivée varient de actuellement de 12 à 24 heures. Dans ces conditions, on imagine bien le nombre de rebondissements possibles. Ceci expliquant cela, les navigateurs sont aussi d’une discrétion exemplaire à la vacation. Hormis un Roland Jourdain, adepte de la dérision et du second degré, les autres navigateurs sont restés logiquement muets à la vacation de ce midi. Ce n’est pas la peine de trahir d’éventuels états d’âme, lors d’une conversation sur les ondes. On le sait : derrière les paroles, les voix ne trichent pas et nul n’est besoin de montrer aux autres que l’on a un petit coup de faiblesse ou bien à l’inverse, que l’on sent monter une une espérance folle dans son option… Résultat des courses, dans la journée de demain.

Multicoques de sport
      Chez les Multi50, les écarts entre les bateaux n’empêchent pas chacun de pousser les feux de sa machine. Victorien Erussard et Loïc Féquet (Guyader pour Urgence Climatique) ont choisi ainsi de longer la côte du Venezuela pour y chercher des vents plus soutenus, au risque de devoir composer avec les dangers de la terre et le trafic de pêche. Leur trimaran filait ainsi à près de vingt noeuds de moyenne. Objectif pour ces deux navigateurs : creuser un écart encore plus conséquent sur Région Aquitaine Port-Médoc (Lalou Roucayrol – Amaiur Alfarao). Les deux multicoques devraient en effet rencontrer demain, des vents forts et une mer plus formée, conditions dans lesquelles le trimaran aquitain excelle. Pour l’équipage de Prince de Bretagne, il s’agit avant tout d’en finir au plus vite afin de pouvoir se concentrer sur de nouvelles échéances : Hervé Cléris et Christophe Dietsch n’oublient pas que la saison 2010 se profile déjà et qu’il est temps de préparer au plus vite leur trimaran tout neuf, blessé lors d’une sortie d’entraînement. Pour Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou (Foncia), arrivés hier peu après 23 heures (heure française), les chemins vont se séparer après une Transat en complicité évidente. Jérémie risque d’être du prochain Trophée Jules Verne à bord du trimaran de Pascal Bidegorry, quand Michel va conduire une expérience inédite  de « coaching » d’un nouvel équipage espagnol issu de l’olympisme pour la prochaine Barcelona World Race. Cette Transat Jacques Vabre n’est pas terminée que beaucoup se projettent déjà vers les prochain rendez-vous d’envergure, dont la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 pour certains. A peine le pied posé à terre, qu’ils pensent déjà à repartir… Incorrigibles.

Ils ont dit :

Christophe Dietsch – Prince de Bretagne – 3ème au classement de 17h Multi50
 « Lors de notre escale à Lanzarote, aux Canaries, on a décidé de faire des réparations définitives : on a changé plus d’un mètre de rail, entre autres. Nous espérons contourner la Barbade en tout début de semaine prochaine et normalement, on arriverait à Puerto Limon la semaine suivante. On a prévu de remonter notre bateau avec un cargo partant de Pointe à Pitre et on restera donc au Costa Rica seulement deux ou trois jours. On passera au nord, à côté de Cuba et de la Jamaïque. J’aurais bien aimé m’arrêter dans ces endroits car je ne les connais pas, mais j’ai ma famille qui m’attend et j’ai trop envie de les voir. ».

Victorien Erussard – Guyader pour Urgence Climatique – 2ème au classement de 17h Multi50
 «On est en train de passer les Grenadines et la navigation est agréable : on est à 20 nœuds. On a vu des bateaux au mouillage dans des lagons et franchement, on aurait bien aimé nous arrêter. On a vu aussi des bateaux de pêcheurs. C’est un peu frustrant… Pour cela on a envie d’arriver au plus vite : la route a été longue : on a déjà dû parcourir entre 5000 et 6000 milles. À l’arrivée on aura parcouru 7000 milles en tout je pense. On n’arrête pas d’empanner ces derniers jours. Dans deux heures on franchira la barre des derniers 1000 milles de parcours. On est fatigué mais on est dans le rythme. On a commencé à bien sentir la chaleur : il doit avoir y 40 degrés dans le bateau et on reste dedans, juste le temps d’envoyer des mails. On passe notre temps à l’extérieur. A partir de ce soir, on va très probablement rentrer dans une zone de dépression, avec des vents de 25/30 nœuds. Les 48 prochaines heures vont être assez stressantes. »