Conduite sportive à l’approche de La Palma

Depuis 24 heures maintenant les concurrents de la Transat AG2R LA MONDIALE ont entamé une belle chevauchée au large des côtes nord-africaines. Sous spi, dans une mer qui s’est à présent un peu calmée, tous ont pour l’heure la même chose en ligne de mire : la porte de La Palma aux Canaries, point de passage obligé dans cette dixième édition de la transatlantique en double à armes égales. En tête depuis hier matin 8 heures, Romain Attanasio et Samantha Davies (Savéol) devraient, selon toute vraisemblance, être les premiers à y toquer. Derrière, au sein d’un groupe qui ne se lâche pas d’un safran, le suspense entre Brit Air, Banque Populaire, Groupe Bel et Cercle Vert devrait se maintenir.

 A 180 milles du point de passage canarien, la « migration printanière » des figaristes continue donc en mode glissade. Engagés dans une descente sous spi, au largue serré dans 15 noeuds de vent, les marins ont le sourire et se savent sortis d’affaire, tout du moins en matière de vitesse, pour les prochaines heures. Les images du large envoyées par Ocean Alchemist, attestent d’un bonheur complet à bord des monotypes et prennent des allures de cartes postales idylliques tant les navigateurs trouvent en ces conditions les sensations qu’ils étaient venus chercher sur cette Transat AG2R LA MONDIALE. Reste que si la partie de plaisir est permanente, il ne faut pas pour autant remiser sa vigilance dans les sacs à matosser ! En effet, la navigation au portant et les surfs de vague en vague nécessitent une veille accrue et surtout une grande fraîcheur à la barre. La conduite devient sportive et la moindre faute d’inattention peut occasionner une sortie de route… incident fatal d’un point de vue stratégique si l’on s’en réfère à la régate à couteaux tirés qui se joue à plusieurs niveaux.  

 Du plaisir de l’échange

En attendant, les 50 marins engagés entre Concarneau et Saint-Barth ne boudent pas leur plaisir à l’image d’une Samantha Davies, co-skipper de Romain Attanasio, qui mène toujours le bal à moins de 200 milles des Canaries.  A bord de Savéol, on vise la porte avec une belle sérénité et on se projette forcément au delà de cette échéance. Derrière, la bagarre fait toujours rage entre trois bateaux au contact – Brit Air, Banque Populaire et Cercle Vert – et un quatrième, Groupe Bel, à présent légèrement décalé mais toujours à la lutte pour la deuxième marche à La Palma. D’un bord à l’autre, les discussions et échanges humoristiques vont bon train entre des marins – Armel Le Cléac’h, Fabien Delahaye, Jeanne Grégoire, Gérald Véniard, Gildas Morvan et Bertrand de Broc – qui se connaissent bien et éprouvent un plaisir manifeste à partager ces tranches de vie. Mais au-delà de cette bonne ambiance, chacun trouve en cette proximité un excellent mode de stimulation et le moyen idéal pour s’étalonner en vitesse. Nul ne sait encore s’il y aura dissension après la porte mais en attendant ceux là font cause commune.

Auteur d’une belle remontée, le groupe de l’Est (Generali, Crédit Mutuel de Bretagne et Generali Europ Assistance) affole les compteurs et cravache pour ne pas se laisser distancer. Avec des moyennes très élevées ces dernières heures, ces gros bras là n’entendent pas sortir du jeu et ne se contenteront pas d’une place d’honneur sur le podium.

C’est un lundi au soleil que les 50 marins de la Transat AG2R LA MONDIALE devraient donc connaître, saluant ainsi la fin du premier acte. Demain, un océan se présentera devant leurs étraves et gageons que l’inspiration ne leur manquera pas pour écrire un nouveau chapitre…

 

Au coeur de la course à bord d’Ocean Alchemist

A bord d’Ocean Alchemist, nous poursuivons notre traque, la mer et le vent sont tombés progressivement comme pour nous laisser une nuit de repos avant le passage des Canaries. Samantha et Romain sur Savéol nous précèdent un mille devant notre étrave. La lune, quasi pleine, nous trace une voie royale argentée vers le sud, la route de la porte de l’Atlantique qui se trouve à 180 milles de nous. Voilà maintenant trois heures que le vent décline peu à peu, il souffle désormais à 15 nœuds, la mer s’est tassée, Ocean Alchemist glisse à nouveau, nous ne luttons plus. Derrière nous, pour le groupe des quatre poursuivants, les conditions restent inchangées, le vent est monté hier soir jusqu’à 30 nœuds rendant la navigation difficile dans une mer formée. Au petit matin, Brit Air naviguait encore dans 25 nœuds de vent. Impressionnantes à regarder, les moyennes sur 24 heures du trio formé par Generali, Generali-Europ Assistance et surtout Crédit Mutuel de Bretagne qui navigue à plus de 11.5 nœuds en 24 heures, soit une distance parcourue de 276.8 milles.

 Ils ont dit…

 Savéol – Sam Davies (1er au classement de 5h)

« Nous avons de très bonnes conditions, un vent un peu plus à gauche que prévu. Nous naviguons au largue serré avec une bonne gîte, des grosses vagues, c’est assez physique mais le bateau va vite. On prend tous les deux énormément de plaisir à barrer dans ces conditions. Hier on était sous spi au portant, aujourd’hui on est plus serré et on fonce. Il faut être réactif sur les écoutes et aux réglages pour bien négocier les surfs et creuser l’écart. Il faut viser la porte de La Palma, c’est plus technique que le cap, mais on surveille la météo pour ne pas trop mollir.

Après la porte aux Canaries, il faut éviter les pièges, prendre les bonnes décisions pour rester dans des conditions optimales et surtout aller vite. »

 Brit Air – Armel Le Cléac’h (2ème au classement de 5h)

« On glisse rapidement vers les Canaries avec des rafales à 25 nœuds et une bonne gîte. Il faut éviter les sorties de route mais c’est sympa d’aller vite. On va essayer d’optimiser en cas de perte de terrain car on navigue à vue avec les deux autres (Banque Populaire et Cercle Vert). Le vent a soufflé jusqu’à 32 nœuds hier soir, c’était sportif, le bateau a fait des pointes à 18 nœuds. On est aussi content quand ça mollit derrière pour mieux contrôler le bateau et ne pas abîmer le matériel.

Hier, il y avait une vraie bagarre dans la course, du fait de naviguer à vue avec les deux autres et de faire une moyenne de 13-14 nœuds : c’est stimulant ! On regarde déjà la stratégie à adopter après le passage de la porte à La Palma, car la course n’est pas finie, il nous reste un océan à traverser ! Après les Canaries les choses vont changer car plus d’options s’offrent aux bateaux et je pense que les bateaux vont plus s’éparpiller.

Si nous gardons la même moyenne, nous serons à La Palma ce soir vers minuit. »