Convergence vers les Canaries

Après avoir retrouvé progressivement du vent depuis hier en fin de journée, les 25 tandems de la Transat AG2R LA MONDIALE déboulent à présent sous spi, et à grande vitesse, en direction des Canaries. Ce dimanche, Romain Attanasio et Samantha Davies – qui ont été les premiers à bénéficier de ce flux de Nord-est tant attendu – se sont emparés des commandes de la flotte. A bord de Savéol, ils pourraient bien passer en tête la marque de parcours obligatoire à la Palma dans la nuit de lundi à mardi. Mais derrière, la chasse est lancée…

 

Les sourires font leur retour, ce dimanche, sur les visages des skippers de cette 10e Transat AG2R LA MONDIALE. Et pour cause, après trois jours de pétole et de tout petits airs instables, les voilà à présent qui convergent à vitesse grand V vers l’archipel des Canaries. Les bateaux les plus au nord progressent sous un flux régulier de Nord Nord-est de 10 à 15 nœuds et les leaders galopent avec plus de 20 nœuds dans leurs voiles. Résultat, les speedos affichent des moyennes comprises entre 10 et 13 nœuds et les vitesses s’envolent dans les surfs. « C’est trop cool, on fait de belles glissades avec des pointes à 17-18 nœuds parfois ! » s’exclamait Sam Davies (Savéol), ce midi à la vacation officielle. La Britannique, désormais en tête de la flotte – depuis 8 heures ce matin –  avait donc doublement de quoi être satisfaite mais restait concentrée : « notre première place n’est pas une surprise. Avec Romain, nous avions prévu ce que c’est passé. Nous avions perdu du terrain dans un premier temps mais nous savions que nous allions le regagner ensuite. On ne reste pas bloqué sur notre première place car les gens derrière sont très forts. Et on a bien envie de rester devant un moment ! ». ??

 

A la Palma dans la nuit de lundi à mardi??

 

Derrière en effet, à une dizaine de milles au pointage de 15 heures, Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel), Jeanne Grégoire et Gérald Veniard (Banque Populaire), Armel Le Cleac’h et Fabien Delahaye (Brit Air) puis Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert) sont lancés à leurs trousses. « Il faut leur dire de bien regarder dans les rétroviseurs. On a sorti la cavalerie lourde pour les rattraper » a prévenu Jeanne Grégoire. Et ils ne sont pas les seuls. Nicolas Lunven et Jean Le Cam (Generali) mais aussi Nicolas Troussel et Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne), partis à l’Est il y a deux jours, reviennent comme des avions au classement. Désormais 10e et 12e, ils sont aujourd’hui les plus rapides en termes de rapprochement par rapport au but (VMG). «  Ca avance bien mais nous sommes un peu déçus que le paquet des « centristes » s’en sortent aussi bien. Au fond de nous, on espérait qu’ils allaient souffrir un peu plus et butter dans l’anticyclone. Cependant, ça va être un bon challenge pour nous de les rattraper » a indiqué le vainqueur en titre de la Solitaire du Figaro. Alors que l’ensemble de la flotte converge maintenant vers les îles Espagnoles, chacun est donc concentré sur la conduite et la trajectoire de son bateau, cherchant à exploiter chaque vague pour accélérer encore et encore ou l’instant le plus opportun pour déclencher un empannage. L’objectif pour les uns étant d’augmenter leur avance et pour les autres de minimiser les écarts avant d’arriver à la Palma, premier tiers du parcours, situé cet après-midi à 350 milles devant les étraves des leaders.??

 

Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE : ??

Le Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE est attribué à Generali. Nicolas Lunven et Jean Le Cam ont parcouru 177 milles en 24 heures.??

 

Ils ont dit :

??Jeanne Grégoire, skipper de Banque Populaire : « Il y a un grand soleil, on va vite : c’est le bonheur. On est bord à bord avec Brit Air. Chaque vague est donc importante pour garder la bonne vitesse. On se dit que si on traverse l’Atlantique avec eux, on va forcément progresser. Tout va bien, à part Ken et Barbie qui traversent tranquillement 30 milles devant nous.  Entre vendredi et samedi matin, ça a été très dur. Au fur et à mesure que ça a commencé à accélérer, on s’est parlé en VHF avec les autres pour se dire que ça y est, c’était bon. On a maintenant l’impression de faire une Transat en Figaro. Ca faisait longtemps que je n’avais pas barré dans ces conditions. C’est du grand bonheur. »? ?

Samantha Davies, co-skipper de Savéol : « C’est cool on est en train de faire des bons surfs. J’ai fait ma top vitesse à 17 nœuds ce matin. On avait prévu de se retrouver un peu comme ça. On ne savait juste pas comment ça allait se passer pour le petit groupe qui a passé la dorsale mais finalement ils  croisent une vingtaine de milles dernière nous. C’est bon pour notre moral ! On ne reste pas bloqués sur notre première place. On se passe la barre et on file très vite dans la bannette ou regarder l’écran. Même si on n’est devant, on ne lâche rien parce que les gens derrière sont très forts et qu’on a envie de rester devant. Ca se présente bien aux Canaries mais rien n’est gagné jusqu’à St Barth. C’est vrai que ça serait top si on arrivait à glisser Savéol en tête à La Palma. Il reste 350 milles à faire et on va naviguer au mieux. » ? ?

Fabien Delahaye, co-skipper de Brit Air : « C’est très agréable de naviguer dans ces conditions. On est sous grand spi, il y a du soleil avec entre 22 et 28 nœuds. Autant dire qu’on fait de beaux surfs ! On a récupéré le vent hier après-midi et ça ne fait que monter. On a fait gaffe au Sud pour préparer un empannage. On est dans un groupe de quatre depuis plusieurs jours. C’est pas mal d’avoir un bateau à côté de soi mais c’est un peu à double tranchant parce que c’est beaucoup de conduite et de trajectoire. Il faut arriver à faire sa route sans forcément être influencé par les autres. C’est quand même un bon repère pour savoir.Ca permet de s’étalonner. Pour l’instant on recroise toute la flotte de l’Est qui fait route depuis un petit moment. On savait depuis quelques jours que Savéol serait un concurrent sérieux.  C’est le seul de l’Est à avoir réussi à faire du Sud. C’est lui qui a touché le flux de Nord-est en premier. Maintenant, on a le même vent que lui. On doit aller vite et se concentrer là- dessus ». ? ?

Nicolas Lunven, skipper de Generali : « Ca n’a jamais été mal à bord de Generali mais c’est vrai que là ça va particulièrement bien. On a touché du vent depuis hier ça fait du bien d’avancer vite vers le but. On est un peu déçu que le groupe Cercle Vert, Brit Air et Groupe Bel s’en sorte aussi bien que ça! On pensait que ce ne serait pas le cas. Ils sont loin devant nous et ça va être un bon challenge pour nous de les rattraper. Les routages nous faisaient aller encore un peu plus Sud, ce qu’a fait Generali Europe Assistance, mais on a fait un autre choix. On ne va pas faire plus de route pour aller chercher plus de vent, on a déjà ce qu’il faut!  Sur le papier normalement ils doivent nous reprendre un petit peu mais on est un peu joueur là-dessus. S’il  y a de l’écart aux Canaries, il ne devrait pas est trop importants. Pour fait avancer au mieux le bateau, je mets Jean Le Cam à la barre et moi à la bannette, ça marche très bien ! Sérieusement, il faut s’appliquer à la barre quand il y a 25 nœuds de vent et des vagues. Mais les conditions sont agréables, tout est parfait. Ca va durer jusqu’à St Barth on espère !« . ? ?

Christophe Bouvet, skipper de Save The Rich : « On essaie de se recaler devant les petits camarades qui étaient à l’Ouest par rapport à nous ! Pour certains, ça ne marchera pas, pour d’autres oui. On a 20 noeuds, ça varie entre 20 et 27 nœuds de vent. On est sous spi grand et on a sorti les shorts pour la première fois. Après la pétole, il y a une petite trace de déception parce que notre investissement n’a pas payé comme on aurait voulu. Il va y avoir deux ou trois écarts mais ce n’est pas pire parce qu’on va réussir à se recaler au passage de la porte. L’objectif pour nous? On a Skipper Macif 2009 à côté, Cheminées Poujoulat en dessous, et Luisina à côté.  Notre idée est donc de rester au contact avec ce groupe et de réduire l’écart sur ceux qui ont croisé en fin de nuit devant nous. Il reste encore deux semaines et les alizés ont l’air bien installés, ça va peut-être être un peu le train-train. On va peut-être tenter un coup. »??

Bernard Stamm, skipper de Cheminées Poujoulat : « C’était un peu dur le passage de la dorsale. Maintenant qu’on a touché du vent c’est top ! Ca glisse et il fait beau. C’est mieux que d’être englué dans la pétole comme lors des deux derniers jours. On a loupé un peu le coche juste après le Cap Finisterre. On a vu Savéol partir par devant et on n’a pas réussi à faire pareil. Après, on a subi un peu la dorsale et c’était trop tard pour aller vraiment à l’Est. On est donc resté au milieu et on a essayé de s’extirper le plus rapidement possible des calmes. On est en milieu de peloton. »?