Croisière kitesurf aux îles Vierges britanniques : les ailes du désir

Embarquer à bord d’un catamaran de croisière, en pleine saison des alizés, avec notre matériel de kite, pour explorer les îles Vierges britanniques et ses spots réputés de grande qualité. Le programme, alléchant, a tenu toutes ses promesses dans ce magnifique archipel, archétype du paradis tropical.

« Îles Vierges ». À lui seul, ce nom évocateur renvoie à des images de lagons translucides, de sable fin, de nature, d’ambiance caribéenne, d’alizés, d’effluves de rhum et de belles navigations bien sûr… Une précision importante avant d’embarquer : l’archipel des îles Vierges est divisé en deux entités distinctes qui présentent notamment des statuts politiques différents. Les îles Vierges britanniques (British Virgin Islands ou BVI) sont composées de quatre îles principales : Tortola (la plus grande et la plus peuplée), Virgin Gorda, Anegada et Jost Van Dyke. Ce sont elles que nous avons arpentées durant notre croisière, non sans avoir pu admirer les îles Vierges américaines, globalement plus urbanisées, à l’exception notable de St-John, où nous aurons l’opportunité de faire une brève escale.

Les BVI, un paradis qui se mérite au départ de Saint-Martin

Kite-à-Sandy-SpitDeux options principales sont possibles pour profiter des îles Vierges britanniques avec un voilier de location. La première consiste à prendre possession de son embarcation à Tortola. Cette solution est la plus pratique, car elle permet d’être d’emblée au coeur de l’archipel, mais aussi la plus onéreuse puisque les vols pour rallier Tortola ne sont pas donnés… Nous optons pour la seconde possibilité, à savoir louer un catamaran de croisière (un Lagoon 450) à Saint-Martin et rallier les îles Vierges britanniques par la mer. Nous sommes en pleine saison des alizés (fin janvier-début février). Nous commençons notre voyage par une soirée à Grand-Case, sur la partie française de Saint-Martin, et constatons avec soulagement que la vie reprend son cours après Irma, le terrible cyclone qui a dévasté cette île, mais aussi les BVI lors de son passage en septembre 2017. Les stigmates sont encore présents et il reste beaucoup à faire pour normaliser la situation. Mais à Grand- Case, on observe que les touristes reviennent et que la population retrouve le sourire.

Pour gagner les îles Vierges britanniques depuis Saint-Martin (ou l’île voisine d’Anguilla), nous devons emprunter le passage d’Anegada, d’une longueur d’environ 75 milles. Avec un cata de croisière, il faut compter une grosse journée de traversée et bien préparer sa navigation car la mer peut être mauvaise dans cette zone. Dans l’alizé d’est, notre trajet aller vers les BVI est toutefois agréable puisque l’allure est portante. Plein face au vent, avec un bateau qui n’est pas réputé pour ses performances au près, on imagine bien que le retour sera plus compliqué. Mais chaque chose en son temps, nous avons d’abord un superbe archipel à découvrir. Une fois dans les BVI, les distances sont courtes, la navigation agréable. Les plans d’eau sont le plus souvent bien abrités, les traversées d’île en île se font à vue.

Quatre spots de kite… rien que pour nous !

Guana_9614-(2)Confortable et spacieux, notre catamaran est adapté pour stocker du matériel de kitesurf. Les deux pointes avant sont chargées de matériel, dont un kitefoil, et nous espérons bien faire de belles sessions sur les différentes îles. Le cadre de notre première escale est Virgin Gorda, et plus précisément Gorda Sound, au nord de l’île, une très grande baie bien abritée. Nous ne sommes pas là par hasard : ce plan d’eau quasi fermé, qui offre de nombreux mouillages, est le spot de kite principal de Virgin Gorda. Nous arrivons en fin d’après-midi, après notre longue traversée depuis Saint- Martin. Le vent est léger, plutôt irrégulier, et c’est le foil qu’il faut sortir pour tirer profit de ce spot tout plat, dans une jolie lumière tombante. Première sortie kite validée !

Nos sessions suivantes ont pour cadre la sauvage Anegada, tout au nord des BVI. Cette île est la plus excentrée de l’archipel, et pourtant elle n’est qu’à une douzaine de milles de Virgin Gorda. Toute plate, avec un point culminant de moins de 10 mètres, Anegada présente une physionomie bien différente des autres îles de l’archipel, dont les reliefs sont beaucoup plus accidentés. Cet atoll corallien doit s’aborder avec prudence, par bonne visibilité et les yeux rivés sur la carto. Deux mouillages sont accessibles et nous commençons par le moins fréquenté, Pomato Point. Nous sommes seuls, devant une très belle plage de sable fin. Le vent souffle de terre, mais l’île est si plate qu’il reste relativement régulier. Profitant de ce bel alizé, nous glissons sur une mer magnifique. Çà et là, des tortues plongent sous nos planches. Que demander de mieux ?

L’après-midi, nous nous rendons au mouillage principal d’Anegada, Setting Point, bien plus chargé que le précédent. Nous repérons une plage toute proche, accessible à pied, qui semble faire l’affaire pour sortir en kite. Nous sommes encore seuls et naviguons jusqu’au coucher du soleil dans des conditions quasi parfaites. Nous ne le savons pas encore, mais le meilleur est à venir… Notre prochain point de chute est Jost Van Dyke, à l’Ouest des BVI. C’est la plus petite des quatre îles principales de l’archipel, et également la moins peuplée, la moins urbanisée et probablement la plus authentique. Tout à l’est se trouve le banc de sable de Sandy Spit que nous approchons dans un alizé encore soutenu. Le mouillage devant le banc de sable est rouleur, on n’y passerait pas la nuit dans ces conditions. Mais nous ne sommes là que pour quelques heures. Le cadre est idyllique, tout ce dont rêve un amoureux de la mer et des activités nautiques. Une fois nos ailes et nos planches chargées sur la petite annexe, nous débarquons sur le banc de sable, désert et superbe, sur lequel nous préparons le matériel. À peine croyable ! Nous décollons les ailes et prenons un maximum de plaisir…

La belle vie, en mer comme à terre

The-BathsSi les kitesurfers du bord sont aux anges, les autres ne sont pas en reste. Il y a beaucoup à voir et à faire dans les îles Vierges britanniques. Chaque île apporte son lot de découvertes. Parmi les sites emblématiques à ne pas manquer, il y a The Baths, à l’extrême Sud de Virgin Gorda. Cet enchevêtrement d’imposants blocs de granit peut faire penser aux Seychelles. On conseille vivement de découvrir tunnels, grottes et criques en paddle (les loueurs de voiliers proposent souvent un paddle en option). Au bout du dédale, la plage de Devil’s Bay est splendide, bien que très fréquentée à certains moments de la journée. L’idéal est de découvrir The Baths tôt le matin ou en fin de journée. En voilier, il est également judicieux d’éviter le mouillage principal, très chargé à la haute saison. En se décalant légèrement, on peut s’arrêter devant une plage très belle et tranquille.

Si les BVI, on l’a vu, sont composées de quatre îles principales, il serait dommage de ne pas découvrir les autres perles de l’archipel, le chapelet de petites îles sauvages au sud de Tortola constitué par Norman, Peter, Salt, Cooper et Ginger Island. Chacune mériterait une belle escale, mais le timing de notre croisière s’accélère et nous nous arrêtons sur seulement deux d’entre elles. Nous commençons par Norman Island, une île célèbre pour ses grottes. Depuis le mouillage de The Bight, un sentier permet de découvrir une jolie vue panoramique. Nous enchaînons le lendemain avec Cooper Island et le mouillage de Manchioneel Bay. Très belle, la plage est bordée d’une cocoteraie et on y trouve plusieurs beach bars agréables.

Qu’on aime le rhum ou non, ces bars de plage constituent des passages obligés lors d’une croisière aux îles Vierges britanniques, pour s’imprégner de la vie à terre et de l’atmosphère locale. À nos yeux, certains sont plus authentiques que d’autres. Ainsi à Great Harbour, l’unique village de Jost Van Dyck, on trouve par exemple un beach bar réputé, le Foxy’s Bar. Très fréquenté par les touristes, moins par les locaux, nous le considérons comme victime de son succès… Les petits bars voisins nous semblent bien plus typiques et on y rencontre, dans une belle ambiance, des personnages hauts en couleurs. Il en est ainsi sur de nombreux mouillages des BVI. Profiter d’un concert reggae les pieds dans le sable, après une belle journée de navigations en tous genres ou de balades, est un must.

Escapade américaine

L’une des originalités d’une croisière aux îles Vierges est de pouvoir naviguer en voyant à la fois la Grande-Bretagne et les États-Unis, par exemple lorsqu’on aborde l’étroit passage entre Tortola (BVI) et St-John (îles Vierges américaines). Cela n’était pas prévu, mais en admirant depuis la mer la magnifique végétation tropicale de St-John, nous ne résistons pas à l’envie d’y faire une rapide escale. Au mouillage de Waterlemon Bay, nous ne voyons pas la moindre construction. Le spot est excellent pour le snorkelling et la vie sous-marine est abondante. Rapidement, nous tombons nez à nez avec un petit requin, heureusement inoffensif. Nous serions bien restés davantage, mais il faut reprendre notre route. Nous repartons de St-John avec la ferme intention d’y revenir plus tranquillement lors d’une prochaine croisière.

Bonus à Dog Island

Comme nous l’imaginions, le passage d’Anegada pour rentrer vers Saint-Martin n’est pas une partie de plaisir. La mer est croisée et l’alizé plein nez. Nous choisissons une journée un peu moins ventée et houleuse pour faire cette traversée, que nous bouclons après dix bonnes heures au moteur. Nous passons la soirée et la nuit à Road Bay, sur l’île d’Anguilla, où nous assistons à un concert de reggae au Elvis Beach Bar, lieux que nous recommandons vivement. Il nous reste une dernière journée avant de rendre le bateau à Saint-Martin. Nous décidons de la passer à Dog Island, une petite île déserte située à une dizaine de milles au large de Road Bay, uniquement colonisée par de très nombreux oiseaux marins qui y trouvent un refuge pour nidifier. Aucun voilier en vue lorsqu’on nous approchons du seul mouillage de l’île (Great Bay). La plage est splendide et, surprise, nous avons une ultime possibilité de kiter sur une « piscine ». C’est le cinquième spot que nous découvrons durant la croisière, et pas le moins attrayant… À terre, la balade est magnifique. Dog Island constitue un bonus pour le moins inattendu venant ponctuer une croisière magique aux îles Vierges britanniques, ce genre d’endroit qu’on quitte en sachant qu’on y reviendra.


À savoir

Météo

Nous sommes partis aux BVI fin janvier/ début février, en pleine saison des alizés. À ce moment de l’année, les vents sont réguliers, les conditions agréables et les surprises météo rares même s’il faut prendre garde aux grains, ces pluies tropicales soudaines et soutenues souvent accompagnées de violentes rafales. L’accumulation de la masse nuageuse les précédant permet d’anticiper. Par précaution, on peut rouler (ou affaler) la voile d’avant, prendre un ris dans la GV et, si besoin, tout affaler d’urgence.

Navigation

Aux îles Vierges britanniques, la navigation se révèle aisée, à condition de prendre les précautions d’usage, notamment dans la gestion de ces grains et des récifs coralliens. Les mouillages sont multiples, proches les uns des autres, et reliés par des plans d’eau souvent protégés. On déconseille toutefois la navigation de nuit, car le balisage lumineux laisse à désirer. Rappelons que pour le balisage, les Antilles font partie de la zone B (continent américain). On doit donc tout faire « à l’envers » par rapport à la zone A (Europe) : en entrant dans un port ou une passe balisée, on laisse la bouée rouge à tribord et la verte à bâbord. Enfin, notez que les mouillages se font souvent sur bouée, ce qui est très bien pour la préservation des fonds marins, mais un peu moins pour celle du porte-monnaie : une nuit sur corps-mort vaut souvent 30 dollars (US) la nuit !

Formalités

Une fois dans les BVI, il faut effectuer au plus vite la « clearance », une démarche primordiale à ne surtout pas prendre à la légère, sous peine de s’exposer à de lourdes pénalités financières. Les autorités des BVI sont très pointilleuses sur le respect des formalités d’entrée et de sortie de leur territoire.

Pour organiser votre voyage et/ou navigation sur-mesure : My Charter, info@mycharter.ch, www.mycharter.ch. Ou Voile Évasion, fabienne@voile-evasion.ch, voile-evasion.ch.