Dans l’expectative

Le cap Horn a beau se profiler maintenant dans le tableau arrière de plus de la moitié de la flotte, plusieurs concurrents n’en ont pas fini de manger leur pain noir. Entre caprices de l’anticyclone au large des côtes argentines, soucis techniques de plus ou moins grande envergure et fatigue des équipages, l’Atlantique vient rappeler opportunément que le dernier tiers d’un tour du monde n’est pas forcément le plus facile.

Il est parfois des retards qui peuvent se révéler bénéfiques. Les deux complices de Neutrogena, Ryan Breymaier et Boris Hermann vont peut-être avoir la divine surprise de voir s’ouvrir devant eux une voie royale, le long des côtes d’Amérique du Sud. L’anticyclone qui, jusque-là, barrait la route du Nord à la flotte de la Barcelona World Race se décale petit à petit dans l’Est et libère dans son Ouest un étroit passage alimenté par une dépression sur l’Argentine. C’est cette route à raser les côtes que devrait tenter le groupe des trois, Neutrogena, Mirabaud et Estrella Damm.

La mémoire du matériel

Mais pour toute la flotte, cette remontée de l’Atlantique va aussi s’apparenter à une gestion intelligente des fatigues mécaniques des bateaux encore en course. Chacun a subi, peu ou prou, des avaries techniques que les équipages n’ont parfois révélées que par bribes, guerre psychologique oblige. On a ainsi pu découvrir au fil de la traversée des mers du Sud, que Renault Z.E. a dû composer avec une avarie de safran, que Neutrogena est intervenu sur son vérin de quille qu’Hugo Boss avait des soucis de rails de grand-voile… sans omettre les arrêts forcés de MAPFRE et Neutrogena à l’abri de la Terre de Feu, l’escale dans le port d’Ushuaïa de Groupe Bel aux prises avec une quille aux mouvements inquiétants. Et il y a fort à parier, qu’une fois les équipages arrivés à bon port à Barcelone, certaines langues se délieront. Certaines contrariétés ne méritent pas d’être dévoilées à la concurrence. Et ce d’autant plus que la bataille tactique qui s’amorce en Atlantique Sud risque d’être féroce. Il reste encore près de vingt jours de course et nul ne peut prétendre aujourd’hui que les positions sont définitivement acquises. Il est pourtant un équipage pour qui la guerre psychologique n’est pas de mise. À bord de Mirabaud, Dominique Wavre espère toujours que sa compagne va recouvrer une grande part de ses moyens et pourra poursuivre l’aventure jusqu’au bout. Naviguer en solitaire est un exercice délicat, mais doubler l’exercice de l’attention que l’on doit porter à son équipière affaiblie, témoigne d’une abnégation qu’il faut saluer.

Automne austral ou été indien ?

Pour l’heure, les équipages qui ont, jusque-là, franchi le Horn ont pu goûter, pour la plupart, un passage presque idyllique, prélude à une sorte de prolongement de l’été alors qu’ils entament leur remontée vers l’hémisphère nord. Hugo Boss et GAES Centros Auditivos ont maintenant laissé le pire derrière eux et devraient franchir le Horn sans encombre, dans la journée de demain. Forum Maritim Catala continue sa progression au beau milieu du Pacifique et doit mesurer d’autant plus la solitude à laquelle cet océan condamne les marins, qu’il ne dispose d’aucun compagnon de voyage à proximité. Ce n’est pas l’équipage de We Are Water, qui vient de repartir de Wellington et pointe à 2300 milles de Ludovic Aglaor et Gerard Marin, qui pourra prétendre le contraire. L’automne austral commencera le 21 mars ; il commence à être temps de prendre le large avec ces latitudes hostiles.

Classement du 9 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 4859,5 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 347,3 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 1205,3 milles

4 NEUTROGENA à 1531,1 milles

5 MIRABAUD à 1657 milles

6 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1660 milles

7 GROUPE BEL à 1997,74 milles

8 HUGO BOSS à 2380,3 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2451,2 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 4402,4 milles

11 WE ARE WATER à 6558,3 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 6690,8 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

Ils ont dit :

Ryan Breymaier, Neutrogena : « Pour la météo, c’est pas mal pour l’instant. Nous sommes au près dans 20 nœuds de vent. Nous cherchons à être le plus à l’ouest possible car une petite dépression arrive au nord-ouest et nous voulons être à l’ouest pour être au portant après le passage de la dépression. Nous allons avoir six à sept jours rapides, qui devraient nous mener vite au large de la côte nord du Brésil assez tôt. Nous avons toujours des petits soucis avec le bateau, mais pas de gros problèmes. Nous allons pour l’instant à 85 % des possibilités du bateau. »

Loïck Peyron, Virbac-Paprec 3 : « En fait, c’est une nouveauté pour moi, ce tour du monde en double. C’est la troisième fois que j’ai l’occasion de boucler le tour de la planète. La première fois, c’était il ya vingt ans, en solitaire. La deuxième, il y a dix ans, en équipage au départ de Barcelone pour The Race. La troisième maintenant. Les manières de naviguer sont totalement différentes suivant la configuration d’équipage. L’autre grande différence, c’est que je ne suis pas le skipper du bateau. Je suis juste l’équipier de Jean-Pierre, je n’ai pas la responsabilité du projet. J’ai juste à faire mon boulot du mieux possible…»

Jaime Mumbru, We Are Water : «On est content d’être à nouveau en mer, de faire route à l’est. On a bon moral, car le bateau est vraiment en bon état. L’accueil des Kiwis était incroyable… Ils ont senti tout de suite à quel point on avait besoin de leur aide et ils ont toujours été présents quand il le fallait. Cela nous redonné encore plus de motivation pour mener notre projet jusqu’au bout et ramener le bateau à Barcelone. Nous n’avons pas embarqué beaucoup de vivres, car nous étions bien achalandés, de même que l’on n’a pas refait de gazoil car nous avons largement de quoi finir notre tour du monde. Nous avons juste embarqué du frais et du chocolat. Les repas sont des moments importants à bord et on essaye toujours de partager ces instants-là tous les deux.»