De l’art de l’anticipation

 

Alors que les marins de la Transat AG2R LA MONDIALE sortent peu à peu de leur deuxième nuit de course, la valse des leaders se poursuit dans le Golfe de Gascogne. A bord, les rythmes s’installent de manière irrégulière d’un équipage à l’autre, suivant que la proximité immédiate de la concurrence sur le plan d’eau rassure ou inquiète. Sur l’eau la bataille navale continue avec un leitmotiv commun à l’ensemble des concurrents ; le contournement attendu dans un avenir proche de la bulle sans vent au Cap Finisterre. Pour l’heure, le duo Joseph Brault – Antoine Koch sur Gaspé 7 tient la corde d’une flotte étalée en latéral et distante d’une dizaine de milles.

 Observation et anticipation, tels sont les deux règles observées par l’ensemble des duos de la dixième Transat AG2R LA MONDIALE après un peu plus de 36 heures de course. Toujours sous spi, navigant au largue serré dans douze à quinze noeuds de vent d’Est, les marins apprécient l’accueil et la clémence saisonnière du large qui permet aux moins expérimentés de s’acclimater en douceur et aux autres de se placer sur l’échiquier stratégique. Car l’objectif affiché pour les heures à venir est bel et bien histoire de positionnement sur le plan d’eau. En ligne de mire pour tous, le premier obstacle sur la route vers la marque de La Palma et une sortie de Golfe qui pourrait sonner la mise à mal de certains espoirs. Au large du Cap Finisterre, une bulle sans vent plane et menace. S’y faire piéger sonnerait le glas des ambitions les plus légitimes tant tous partagent la même inspiration, exception faite d’un MemoireStBarth.com, bien décidé à jouer la dissidence.  Alors on se projette, on affine les informations météorologiques et on échange. A ce stade du jeu, chacun a encore bien à l’esprit les consignes et plans de bataille échafaudés à Concarneau avec leurs routeurs respectifs. Tous ont quitté la ville close avec cette première difficulté en tête et tous connaissent la tendance dominante. Il ne faudra donc pas s’attendre à de grands mouvements ou à des tentatives dispersées de sécession. Il semble en effet, qu’un point de repère imaginaire place la négociation du col à environ 80 milles dans l’Ouest de la pointe de la Péninsule Ibérique. On imagine légitimement une procession vers ce point de rendez-vous et à bord des Figaro Bénéteau on ajuste sa route et ses choix en circonstance. Reste que si sur le papier les choses ont l’air tracées au cordeau… sur l’eau, les évolutions sont parfois plus aléatoires et tendent à accroître la vigilance. Celui qui se fera piéger par la bulle aura gros à perdre, les autres n’auront pas forcément gagné.  

En attendant la suite de la descente, chacun place ses repères spatio-temporels dans ces cellules de vie dont le confort reste limité. Sur une mer plate, la stabilité du bateau permet cette adaptation en douceur et le confort d’une navigation relativement sèche et sans la souffrance du froid est appréciée par tous. Ceux qui ont répondu présents à cette belle fête qu’est le dixième anniversaire de la Transat AG2R LA MONDIALE ne devraient donc pas avoir à le regretter…