Demi-tour

Virbac-Paprec 3 a passé la mi-parcours. ETA mercredi dans le détroit de Cook
Groupe Bel est entré dans le Pacifique
Remontée vers la Nouvelle-Zélande contrariée par un anticyclone
Quarante cinquième jour de course et déjà un demi tour du monde. Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, maîtres du jeu inflexibles depuis le coup d’envoi de la Barcelona World Race, n’ont plus que 11 864 milles (22 000 km) à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée en Catalogne. Ils ont passé la mi-parcours. Occasion de faire un bref bilan après ce mois et demi de course riche et intense.

«Nous sommes ravis que le compteur commence à s’inverser » lance Loïck Peyron, lampe frontale sur la tête, à la vacation de ce 14 février. Certes, la position de Virbac-Paprec 3, au large de l’île du Sud, n‘est pas celle de l’antipode absolu de Barcelone. Sur la surface du globe, le point diamétralement opposé à la ligne de départ catalane se situe 310 milles dans le sud-est de Wellington au nord des îles Chatham. Voilà pour le clin d’œil géographique. Cela dit, Virbac-Paprec 3 a quand même englouti 13144 des 25 082 milles (46 450 km) théoriques de ce tour du monde en double, soit plus de la moitié du trajet. A 13,97 nœuds de moyenne. En comparaison, la vitesse moyenne de We Are Water, en queue de peloton, est de 9,6 nœuds. A eux seuls, ces chiffres suffisent à décrire la physionomie de la flotte, scindée en trois grandes divisions. En première ligne, on trouve le 60 pieds Open le plus récent, piloté par la paire de marins la plus expérimentée sur ce type de compétition. A l’autre bout, le monocoque le plus âgé (l’ex Superbigou de Bernard Stamm) mené par deux navigateurs espagnols néophytes en matière de 60 pieds et de circumnavigation.

Le quasi sans faute de Virbac-Paprec 3

Pourtant, après 45 jours de course, chacun, dans sa catégorie, a déjà eu son lot d’aventures, de pépins, de joies, de leçons et de découvertes : premiers coups de vents, premiers albatros, premières casses, acclimatation à la vie à deux, apprentissage de la régate océanique et du niveau à atteindre pour être compétitif dans une telle épreuve.

A ce chapitre, l’équipage de Virbac-Paprec 3 frôle le zéro défaut. Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron sont aux avant-postes de la Barcelona World Race depuis son coup d’envoi. Ils ont pris la tête le 2 janvier et n’ont cessé de s’échanger le leadership avec les hommes de FONCIA avant que ces derniers ne démâtent au large de l’Afrique du Sud. Entre temps, ils ont vécu un arrêt technique de 15 heures à Recife (Brésil, le 15 janvier) et quelques jours plus tard, un record de vitesse sur 24 heures (516 milles le 22 janvier en cours d’homologation) ! Quelle course et quelle intensité !

Sont-ils pourtant à mi-distance ? En 2007, les vainqueurs Dick (déjà lui) et Foxall avaient bouclé leur périple en 92 jours, 9 heures, 49 minutes et 49 secondes. Il n’est donc pas sûr du tout que le temps de référence de l’épreuve soit battu cette année.

Mais revenons à l’actualité entre l’océan Indien et le Pacifique…

Quelle recette pour Cook ?

Un large anticyclone calé en mer de Tasmanie fait obstacle à la progression des bateaux de tête vers le détroit de Cook. Pour l’instant, Virbac-Paprec 3 poursuit sa remontée le long de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande (ETA mercredi à Cook) sans subir de ralentissement drastique puisqu‘il marchait encore à 13/14 nœuds au pointage de 15 heures. Mais ils pourraient bien être les seuls à passer comme des fleurs. Pour MAPFRE, Estrella Damm et Groupe Bel (4e concurrent à être entré en début d’après midi dans l’océan Pacifique), la voie est loin d’être dégagée. Les deux équipages espagnols ont opté pour un contournement des hautes pression par la rocade sud (Estrella flirte avec les 50e) quand Kito de Pavant et Sébastien Audigane tentent de couper le fromage, dans l’espoir de trouver du vent de nord de l’autre côté de la Tasmanie…Dans les jours qui viennent, le déroulé et le résultat de ces stratégies respectives seront passionnants à suivre.

Isolé en 5e position, Renault Z.E est en train d’anticiper le problème et descend lui aussi vers le sud en enchaînant les empannages. Pachi Rivero et Antonio Piris sont avec les filles de Gaes Centros Auditivos les plus rapides de la mi-journée (16,5 nœuds). Pour l’ensemble de ce groupe, où bataillent également Mirabaud, Neutrogena et Hugo Boss, les vents d’ouest sont encore soutenus. Rien de comparable avec les trois derniers du peloton qui peinent dans les hautes pressions au nord des Kerguelen. Cet après-midi, FMC était pointé à 5,8 nœuds. Pour eux, la route est encore très longue.

Classement du 14 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC à 11864,5 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 497,2 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 666,1 milles

4 GROUPE BEL à 870,4 milles

5 RENAULT Z.E à 1425,6 milles

6 MIRABAUD à 1754 milles

7 NEUTROGENA à 1768,4 milles

8 HUGO BOSS à 2002,2 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2114,7milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 3784,7 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 4080,6 milles

12 WE ARE WATER à 4217,4 milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Les plus belles vitesses moyenne sur une heure depuis le début de la course :

VIRBAC-PAPREC 3 le 30/01/2011, 18:00 à 28.60 nds

MAPFRE le 09/02/2011, 13:58 à 28.40 nds

ESTRELLA DAMM le 09/02/2011, 10:02 à 28.00 nds

ESTRELLA DAMM le 30/01/2011, 01:02 à 27.60 nds

ESTRELLA DAMM le 30/01/2011, 12:32 à 27.10 nds

HUGO BOSS le 10/02/2011, 07:32 à 26.70 nds

ESTRELLA DAMM le 09/02/2011, 13:02 à 26.50 nds

HUGO BOSS le 09/02/2011, 16:30 à 26.40 nds

ESTRELLA DAMM le 27/01/2011, 06:02 à 26.40 nds

Ils ont dit :

Loïck Peyron, Virbac-Paprec 3 : « C’était passionnant jusqu’ici. Dès le début nous avons mené une bagarre intéressante avec tout le monde puis plus particulièrement avec nos regrettés amis de Foncia. On se sent un peu tout seuls depuis qu’ils nous ont quitté au large de l’Afrique du Sud ! C’était une bagarre assez étonnante mais nous maîtrisions bien la situation depuis le début dans tous les sens du terme : en flotte, sur les possibilités de vitesse du bateau, en trajectoire et en vitesse avec au passage un petit record sur 24h. Donc c’est plutôt une bonne gestion de la machine et des bonhommes. Tout va bien à bord même si il n’y a pas mal de bricoles à faire. Mais c’est normal la voile est un sport mécanique. C’est assez physique, ce sont des bateaux de déménageurs, d’électricien, de plombier, de Mac Gyver en fait. En tout cas, nous sommes ravis qu’enfin le compteur s’inverse et commence à diminuer. »

Iker Martinez (MAPFRE) : « Ces 45 premiers jours de régate sont passés à une allure folle, on a beaucoup profité mais à vrai dire la route est encore très longue. Nous avons eu pas mal de problèmes mais on a réussi à les résoudre. Ca a été assez difficile au début avec tout le stress provoqué par le départ, et surtout la difficulté de sortir de la Méditerranée. Par contre, une fois en Atlantique nous avons trouvé notre rythme. Désormais on essaye d’être très prudents car nous avons déjà beaucoup poussé le bateau. »

Iker, à propos de la participation de Michel Desjoyeaux : « Quand Michel Desjoyeaux nous a dit qu’il allait faire la Barcelona World Race, nous étions très contents, et nous lui avons répondu qu’on allait arrêter les cours de météo pour la peine et le suivre tout simplement pendant la course. Là maintenant qu’il n’est plus là, on est perdu. Il nous a laissé seuls et on ne sait plus quoi faire ni où aller ! (rires)  »

Pepe Ribes (ESP), Estrella Damm : « Les derniers 45 jours de cette Barcelona World Race ont été plutôt bons pour Alex et moi, et pas seulement pour nous d’ailleurs, mais pour toute l’équipe que nous avons derrière nous. Pour moi, la course a été vraiment très exigeante, et le niveau vraiment très haut. Tous les bateaux ont poussé vraiment fort. C’est difficile de garder le rythme si l’on n’est pas à 100%, ce qui est nous est arrivé depuis les 48 dernières heures malheureusement quand on a eu quelques problèmes (petits soucis techniques). On n’a pas pu garder le même rythme que MAPFRE qui est vraiment à 100%. »