Depuis 10 ans, le Prix Bolle honore des restaurations exemplaires

En 2009, la Fondation Bolle de Morges attribuait son premier Prix du patrimoine naval sur le Léman (PPNL) à Calliope, un 2 tonneaux de 1909. Six éditions plus tard (le prix est biennal), ce sont un canot-yole et une péniche (plus que centenaire) qui se partagent le prix 2019.

Texte: Pierre Meyer

Depuis sa création, le Prix du patrimoine naval a récompensé de somp- tueux voiliers. Le prix, d’un montant global de 20’000 francs, poursuit un seul but : encourager la restauration, voire l’entretien au long cours, dans les règles de l’art, de bateaux naviguant sur le lac, en mettant l’accent sur la transmission du savoir-faire des chantiers lémaniques. Babyole et Petite Amie sont les grands lauréats du prix 2019. Visibles aux Eaux-Vives et au Creux-de-Genthod, il s’agit de deux embarcations légères propulsées à la rame. Deux petits bijoux, restaurés avec passion et respect dans deux chantiers navals lémaniques, à savoir chez Philippe Kolly à Tannay et chez Jean-Philippe Mayerat à Rolle où la restauration a été menée de bout en bout par Sébastien Godard, un représentant de la nouvelle génération, apprenti de 4e année. Cinq autres bateaux ont reçu des distinctions et des mentions, saluant notamment l’engage- ment financier et/ou personnel sans faille de leurs propriétaires.

La remise du Prix et des accessits, en présence de quelques-uns des bateaux primés, a eu lieu le samedi 17 août dernier à Rolle, à l’occasion de la Fête des Canots. La cérémonie proprement dite s’est déroulée sur l’île de la Harpe.

En 2019, le jury du PPNL a fait son choix parmi neuf candidatures: un très bon cru. Depuis dix ans, c’est ainsi près d’une quarantaine de dos- siers qui sont parvenus au jury, composé de cinq membres. Ces derniers, suivant la volonté de feu Jean-Jacques Bolle, initiateur avec sa sœur Blanche de la Fondation Bolle et créateur du PPNL, se sont donné trois objectifs: saluer l’authenticité de la restauration menée à bien, à savoir le respect aussi méticuleux que possible des techniques de construc- tion navale mises en œuvre à la construction du bateau ; encourager la capacité à documenter l’histoire du bateau présenté (entretien et res- taurations antérieures, notamment); soutenir, enfin, les propriétaires tout en offrant une visibilité aux chantiers navals lémaniques qui tra- vaillent le bois de façon traditionnelle et ont le souci de transmettre ce savoir aux générations futures.

Diversité patrimoniale

L’aventure PPNL fête donc ses dix ans. Une histoire jalonnée de coups de cœur, de visites glaciales aux bateaux candidats au mitan de l’hiver, de belles rencontres et de séances mé- morables. Entre passionnés, le courant passe ; car comment ne pas être sensible à l’enga- gement de certains candidats qui ont parfois consacré 12 ans de leur vie et de leurs loisirs à restaurer et à bichonner leur embarcation. Cette décennie fait également la part belle à la diversité: les bateaux primés sont, en effet, particulièrement représentatifs du riche patri- moine naval présent sur le Léman, des voiliers de régate les plus prestigieux aux croiseurs plus ventrus, en passant par des canots de loi- sirs ou de travail (pêche ou sauvetage).

Calliope_IMG_1289Les dates de construction des bateaux primés reflètent également le rôle joué par le lac, comme lieu d’accueil de navires venus d’ailleurs ou d’unités conçues et construites sur ses rives. Si l’on se réfère aux neuf Prix attribués depuis 2009, on trouve, par ordre chronologique: Calliope, un 2 tonneaux construit en 1909 sur plan Costaguta au chan- tier naval Costaguta à Voltri, près de Gênes, et destiné à régater sur le lac; Janoa, un 15mSNS, construit en 1946 chez Vidoli à Crans sur plan du Genevois Henri Copponex; Don Ranudo II, un croiseur construit en 1933 au chantier Faul à Horgen (Zurich) sur plan du Français Dervin; Taifun, un 8mJI construit en 1911 au chantier naval Anker&Jensen en Suède, sur plan du Norvégien Anker, médaille d’or aux Jeux olympiques 1912 ; Les Belles de Beaulieu et Capitaine Laura, deux canots de pêche, tous deux réalisés chez Ramseier à Versoix, l’un en 1926, l’autre en 1927, et Juste Lagier, un canot de sauvetage construit en 1918 chez Oester à Rolle. Sans compter, le Prix ex aequo 2019: Babyole (1937) et Petite Amie (fin 19e siècle).

Des chantiers à l’honneur

Durant toute cette décennie, le PPNL a également agi afin d’encoura- ger les chantiers navals lémaniques qui ont contribué, soit par leurs conseils, soit par leur travail, à la restauration et à l’entretien des ba- teaux primés, distingués ou mentionnés. Pêle-mêle, citons: les chantiers Birbaum&fils à Denges, Corsier-Port à Corsier, Philippe Durr à Versoix, Philippe Kolly à Tannay, Jean-Paul Sartorio à Mies, Jean-Phi- lippe Mayerat à Rolle, Kurt Kirsch à St-Livres, Marc Anthonnet à Aubonne et Daniel Voruz à Cully. Deux de ces chantiers – Durr et Sar- torio – ont malheureusement mis fin à leurs activités en 2019.

Belles de BeaulieuLe maintien du patrimoine naval sur le Léman tient aujourd’hui à un équilibre fragile entre des propriétaires motivés et des chantiers navals engagés, mais en situation précaire. En encourageant les uns comme les autres à œuvrer dans le respect de la tradition, la Fon- dation Bolle et son prix leur offrent une pla- teforme unique de valorisation de leur travail, notamment auprès du public. C’est pourquoi la Fondation Bolle est désormais aussi présente au Salon nautique de Genève afin de mettre en lumière – et d’appuyer, le cas échéant – tous les projets lancés autour du Léman dans le but de préserver le patrimoine naval.