Dernière danse

25.08.2010

 

Ils ne sont plus que neuf dans la salle de bal. Déjà les flonflons de la fête s’estompent, mais c’est une autre valse qui attend les derniers concurrents encore en mer. A partir de la nuit de jeudi à vendredi, une nouvelle dépression devrait cueillir les derniers retardataires et secouer violemment la queue de flotte.

Autre couperet menaçant : l’heure limite de fermeture de la ligne. Les prototypes devront être arrivés avant jeudi 16h27 et les bateaux de série avant vendredi matin, 03h26.

Le défilé des arrivées continue. Pas d’amertume chez les candidats à la victoire retardés par des avaries, mais plutôt la satisfaction d’avoir ramené le bateau à bon port et le sentiment d’avoir vécu, malgré tout, une aventure forte. Pour d’autres, cette course relevait plutôt du parcours initiatique : une première navigation hauturière en solitaire ne s’aborde pas sans un minimum d’appréhension. Certains navigateurs l’avaient avoué à Horta : ils avaient vécu cette première étape comme un saut dans l’inconnu, doublé d’une inévitable tension.

Paradoxalement, le retour autrement plus musclé a pris une autre saveur. « On savait ce que l’on était venu», résumait ainsi Benoît Lenglet (Evasol) arrivé aux premières chercher. On pouvait maintenant le savourer heures de la matinée. Même discours apaisé chez Pascal Chombart de Lauwe (Xanlite) : une prise de confiance progressive dans le bateau et dans la capacité du bonhomme à le mener, une course à sa main sans chercher à tenter le diable en poussant trop loin le potentiel de sa machine, le secret du bonheur tient en peu de choses.

D’autres, s’ils avaient déjà l’expérience du large, trouvaient aussi des motifs de se réjouir. Outre le plaisir évident d’être en mer, Jérôme Lecuna (I feel good) pouvait constater avec satisfaction que la réparation de fortune effectuée sur son mât, à l’escale d’Horta, avait parfaitement tenu son rôle.

Le soldat Ryan s’est sauvé

Les arrivées devraient continuer de s’échelonner dans la nuit. On attend ici avec une certaine impatience Ysbrand Endt (Mediabrein) qui continue sous gréement de fortune. Entré en contact avec un bateau accompagnateur, le navigateur néerlandais s’est révélé en pleine forme et a fait montre d’un génie inventif certain pour établir son gréement. Redécouvrant le principe de la voile à livarde, il a inversé points d’amures et de drisse pour obtenir plus de surface de voile. Ysbrand progresse ainsi régulièrement entre cinq et six noeuds. Il ne devrait rester en mer demain matin que trois bateaux Marc Dubos (Cepat), Rémy Andréan (Soleto) et Hugues Cholet (Dizikilepti). Reste l’épineux cas de Ryann Finn : le navigateur américain avait déjà mobilisé la direction de course par une route anormalement nord après trois jours de course. Craignant un éventuel homme à la mer, l’organisation avait sollicité l’aide de la Marine Portugaise qui avait envoyé un avion. Après un survol de son bateau, Ryan avait signalé que tout allait bien à bord et avait repris une route cohérente. Mais depuis une trentaine d’heures, l’Américain a repris une route vers la pointe de Bretagne. Renseignements pris auprès de ses

proches, il semble bien qu’il ait annoncé, en privé, son intention de regagner Lorient directement en cas de retard trop important. Si tel est le cas, il n’a pas jugé utile de prévenir en amont la direction de course, ni de signaler son intention à l’avion qui l’a survolé. En tout état de cause, la direction de course entend bien faire la lumière sur les circonstances de ce détournement.