Dernière nuit en mer

C’est la dernière ligne droite pour les solitaires de la Transat Bénodet- Martinique. Devant les étraves des marins, moins de 150 milles restent à parcourir, quelques heures seulement et un dénouement qui sera soumis à rebondissements jusqu’à la fin. Plongés dans la nuit antillaise, les prétendants au sacre sont aux aguets et savent qu’il leur faudra faire preuve d’une grande fraîcheur et d’une lucidité à toute épreuve pour s’imposer à Fort-de-France, dans la soirée (heure de Paris) vraisemblablement. Les grains et les dévents des îles martiniquaises seront en ce mardi autant de juges de paix pour les cinq solistes qui ont plus que jamais leur mot à dire sur ce finish.

 

C’est la dernière ligne droite pour les solitaires de la Transat Bénodet- Martinique. Devant les étraves des marins, moins de 150 milles restent à parcourir, quelques heures seulement et un dénouement qui sera soumis à rebondissements jusqu’à la fin. Plongés dans la nuit antillaise, les prétendants au sacre sont aux aguets et savent qu’il leur faudra faire preuve d’une grande fraîcheur et d’une lucidité à toute épreuve pour s’imposer à Fort-de-France, dans la soirée (heure de Paris) vraisemblablement. Les grains et les dévents des îles martiniquaises seront en ce mardi autant de juges de paix pour les cinq solistes qui ont plus que jamais leur mot à dire sur ce finish.

Auteur d’une remontée spectaculaire dans la journée d’hier, Nicolas Lunven (Generali) mène toujours la troupe des solitaires qui peuvent à présent raisonnablement rêver d’un accueil triomphal à Fort-de-France. Ce soir, le vainqueur de la Solitaire du Figaro 2009 dormira dans un vrai lit, pour la première fois depuis seize jours, depuis le départ de Bénodet. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien sous haute tension que seront placées ces dernières heures de course. Ainsi, avec seulement 3,7 milles d’avance sur Thomas Rouxel (Bretagne Crédit Mutuel Performance), 4,3 milles sur Erwan Tabarly (Nacarat), 4,6 milles sur Jeanne Grégoire (Banque Populaire) ou encore 6,3 milles sur Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), le leader du moment n’a rien pour s’assurer d’une arrivée victorieuse. Il faudra donc définitivement compter avec ces cinq marins dont on sait que tous ont les arguments pour s’imposer. En la matière, si tous jouent plus que jamais à armes égales et bataillent à un niveau de préparation et de compétitivité équivalents, c’est bien la fraîcheur et la forme morale qui feront la différence. Toujours aussi rapides, navigant à vue et parfois au contact, à l’instar de Thomas Rouxel et Jeanne Grégoire qui ont du « s’arranger » pour ne pas se rentrer dedans il y a quelques heures, ces régatiers inspirés ne concèderont pas le moindre mille ou dixième de nœud à la concurrence. Avec si peu d’écart, la moindre erreur se paiera cash et verra les espoirs de l’emporter et succéder à Gildas Morvan (Cercle Vert) s’envoler.

Vers un atterrissage sensible

Pour arbitrer et pimenter les débats, les grains viendront semer le trouble d’ici quelques heures et imposeront une vigilance accrue pour ne pas se retrouver dans le mauvais wagon. Les évènements de ces dernières heures se sont à ce titre chargés de rappeler aux esprits le caractère parfois aléatoire de ces phénomènes propres à fournir des accélérations salvatrices ou à infliger d’impitoyables coups de frein. Aux abords de la Martinique, sous le vent de l’île, les zones de calmes seront inévitables et propres elles aussi à relancer le jeu, d’autant que cet atterrissage, même préparé sur le papier, aura des allures de nouveauté totale pour des figaristes qui n’ont encore jamais pointé leur étrave en course dans ces eaux. Dans l’axe de la route directe, le vent soufflant de secteur Est force 5 à 6 imposera quelques empannages aux solitaires et ne ménagera personne. De quoi monter d’un cran sur l’échelle d’intensité que nous offrent les solitaires de la Transat Bénodet- Martinique depuis le 10 avril et leur permettre de jouer un final allant bien au-delà de ce que les scénaristes les plus imaginatifs auraient pu écrire au terme de 3 474 milles de course…

Ils ont dit…

Nicolas Lunven (Generali)

« Je viens de voir le pointage, je suis toujours devant mais les écarts sont faibles. Il reste 120 milles jusqu’à la pointe Sud de la Martinique ; il peut se passer des choses. On est au début de la nuit, c’est généralement en deuxième partie que les grains se pointent, donc on surveille ça avec attention. J’espère qu’il n’y en aura pas car ça peut vite chambouler le classement et vu les écarts… Mais tout va très bien !

Je me suis pas mal reposé en début de nuit car les conditions permettaient au pilote de s’en sortir pas trop mal. A partir de maintenant on va avoir peu de sommeil jusqu’à l’arrivée donc c’est du 100% sur la marche du bateau.

Ce qui peut faire la différence c’est éventuellement des grains plus ou moins bien négociés, car on a vu la nuit dernière qu’on pouvait faire des écarts monstrueux. Je ne le souhaite pas étant premier. On fait de la vitesse et il y aura certainement un empannage à placer à un moment donné, car pour rejoindre la Martinique, c’est tout droit vent arrière, donc il va falloir faire des empannages. Si j’avais la solution clé en mains, ce serait plus simple ! On a une nuit sympa entre 20 et 25 nœuds, un super ciel étoilé sans nuages, une mer agréable. On est toujours dans du plaisir et puis je m’efforce, depuis hier matin, de me dire que ce n’est pas fini, que rien n’est fait et qu’il peut se passer des choses. Il faut ne pas trop se prendre la tête sur ce classement car c’est le meilleur moyen d’être déçu ».

Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance)

« Le vent est à peu près régulier et établi depuis hier midi. C’est un peu une course de vitesse, ce qui me va plutôt bien, car j’ai l’air d’être assez rapide. La question est de savoir si on va avoir des grains de nuit, ce que l’on redoute évidemment. Il y a des chances qu’on en ait ! Hier on a dû s’arranger avec Jeanne pour ne pas se rentrer dedans car on avait des routes convergentes. Elle est passée juste derrière. J’ai donc essayé de me décaler cette nuit pour dormir un peu et éviter la collision. Maintenant c’est tout droit, les bateaux sont proches, je vais essayer de conserver ce petit décalage. Ca sera plus compliqué s’il y a des grains. On attend ça deux heures avant le lever du soleil jusqu’à deux heures après. Une fois qu’on aura passé le rocher du Diamant, on sera sujet aux dévents de l’île, ce sera un peu l’inconnu. D’autant que je ne connais pas du tout le coin. On ne sait pas trop à quoi ça va ressembler. On verra ça sur place. Après c’est plus facile à gérer quand on est devant. L’objectif c’est d’arriver là-bas devant les autres ».

Erwan Tabarly (Nacarat)

 » La nuit est plutôt calme par rapport à d’habitude, notamment les deux dernières. En ce moment le ciel est dégagé, il y a des étoiles et 20 nœuds de vent. Ca glisse tout seul, ce n’est pas la guerre ! C’est plutôt agréable.

C’est sûr qu’on prend volontiers une journée ou une nuit comme ça. On n’a pas eu beaucoup de journées de tranquillité sur cette transat ; des nuits où on peut dormir correctement, sans se réveiller sous un grain ou dans la baston. C’est plutôt sympa, on prend du plaisir.

Cette nuit j’ai passé mon temps à faire des siestes et à alterner toute la nuit des temps de 25 minutes de sommeil. J’ai bien récupéré. Il y a encore une deuxième partie de nuit qui s’annonce, peut-être qu’en début de matinée on aura affaire à des nuages mais avec moins d’activité dans le ciel qu’hier.

Vu la position des bateaux il va falloir être bien reposé, bien étudier la position des bateaux. Il y a quelques milles entre la pointe Sud et l’arrivée. On a des heures de navigation, il y aura forcement des choses à faire, des bords de spi, de près, des dévents. C’est important de ne pas perdre le débit, ce serait dommage de perdre une place à ce moment là. Si les bateaux ne sont pas très loin et qu’on peut grappiller une place, ce ne serait pas une mauvaise affaire ».