Des vagues comme des montagnes

Estrella Damm et MAPFRE ont rencontré des vagues géantes
A l’entrée du Pacifique, Virbac-Paprec 3 attend le coup de tabac
Derrière, Renault-Z.E a doublé le cap Leeuwin

 

D’une extrémité à l’autre de la flotte, c’est le jour et la nuit, au sens propre comme au figuré. En queue de peloton, au nord-ouest des Kerguelen, We are Water avance mollement dans un anticyclone. 7000 km plus à l’est, au sud de la Tasmanie, un front virulent génère des vents de 45 nœuds et une mer impressionnante. Estrella Damm et MAPFRE ont vécu ce matin des heures très difficiles. Virbac-Paprec 3 devrait être touché à son tour.

Quelques bonnes images valent parfois mieux que de longs discours. Ce samedi midi, 43e jour de course, la visio-conférence a montré deux facettes différentes, pour ne pas dire opposées de ce tour du monde en double. A l’arrière, en dernière position, les Catalans Jaume Mumbru et Cali Sanmarti apparaissaient en plein jour, sur le pont de leur bateau, en petite tenue polaire. L’équipage de We are Water, tout comme ceux de Central Lechera Asturiana et FMC tentent de sortir des mailles d’un anticyclone et glissent doucement sur une mer plate.

A l’autre extrémité de la flotte, à l’entrée de l’océan Pacifique, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron cavalaient dans une nuit opaque, accoutrés de leurs combinaisons étanches jaunes, dans l’attente de conditions musclées en fin de journée, au passage d’un front (45 nœuds annoncés, rafales à 55). Leurs poursuivants directs, MAPFRE et Estrella Damm viennent d’en faire l’expérience et rapportent avoir rencontré une mer énorme. Pepe Ribes parle de 50 nœuds de vent et d’une vague monstrueuse de 15 mètres (!). Or, avec ses trois Volvo Ocean Race au compteur, on peut difficilement soupçonner Pepe d’être du genre impressionnable. De leur côté, les hommes de MAPFRE évoquent eux aussi des masses d’eau hautes comme des montagnes. Ces derniers ont un temps navigué sous trois ris et sans voile d’avant, tant le bateau tapait dans les creux.

En début d’après-midi, les conditions s’étaient légèrement améliorées pour les deux équipages Espagnols désormais à l’arrière du front… Mais elles devraient se dégrader pour les leaders qui voient ce même front approcher dans leurs rétroviseurs. Pour éviter le plus fort du coup de vent, Jean-Pierre et Loïck mettent du nord dans leur route. Au pointage de 15 heures, ils avaient légèrement réduit leur vitesse, l’objectif principal dans ce contexte étant de ne pas casser.

Statu quo sur le classement

Excepté les trois derniers bateaux, toute la flotte glisse dans un très généreux flux de secteur Ouest et la hiérarchie reste inchangée. Groupe Bel, Renault Z.E, Mirabaud et Neutrogena sont presque vent arrière, obligés de déclencher ça et là des empannages. Derrière, le rythme est plus élevé pour Hugo Boss et les filles de Gaes Centros Auditivos qui naviguent au largue. Cette allure est idéale pour Hugo Boss, le monocoque le plus puissant de la flotte (ex Pindar) qui trouve ici l’occasion d’exprimer tout son potentiel. Wouter Verbraak et Andy Meiklejohn ont réalisé les meilleures moyennes avec 453 milles ces dernières 24 heures.

Classement du 12 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC à 12575,7 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 444 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 520 milles

4 GROUPE BEL à 812,2 milles

5 RENAULT Z.E à 1319,1 milles

6 MIRABAUD à 1716 milles

7 NEUTROGENA à 1773,7 milles

8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2115,4 milles

9 HUGO BOSS à 2171,6 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 3402,6 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 3702,3 milles

12 WE ARE WATER à 3767,2 milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Ils ont dit :

Jean Pierre Dick, Virbac- Paprec 3 : « Il y a pas mal de vent et surtout du vent très instable ! Tout d’un coup ça monte à 30 nœuds puis ça redescend à moins de 20. Ce n’est pas évident d’adapter les voiles à ces conditions très changeantes. Ça secoue et il y a des bonnes vagues. On est un peu sous pression car c’est angoissant tous ces grains autour de nous. La nuit est tombée et dehors on ne voit plus que les lueurs des instruments du bateau. Quand il y a un grain à 35 nœuds c’est angoissant et on essaye de ne rien casser, c’est l’objectif. On reste sur nos gardes. (…) Notre état d’esprit est de rester vigilants et de faire marcher notre bateau au mieux en gardant notre marge de sécurité. On est un peu plus sur la réserve c’est sûr, on prend moins de risque que quand on bataillait avec Foncia, mais on essaye quand même d’aller vite et de rester vigilant. Il n’y a pas de baisse de régime, car derrière les gars de Mapfre sont des clients, des sacrés marins et ils le prouvent tous les jours, donc on reste en mode régate ! On ne se cloître pas à l’intérieur en attendant que ça passe. »

Loïck Peyron, Virbac-Paprec 3 : « J’étais dedans entrain de dormir dans mon duvet quand Jean-Pierre m’a lâchement réveillé. Je me suis immédiatement faufilé dans ma combinaison étanche jaune. Et maintenant Jean-Pierre va pouvoir aller dormir ! C’est vraiment une course de relais… pas de « Relais et Châteaux » certes… mais heureusement qu’on est deux ! »

Ludovic Aglaor, Fòrum Marítim Català : « J’essaye de rester au courant de ce qu’il se passe dans le monde, notamment en Afrique du Nord. De temps en temps, je vais chercher des informations sur internet, on en reçoit aussi, mais pas assez ; ça me manque un peu ! Je crois qu’il y a deux manières de vivre une course, soit vivre complètement isolé, ne penser qu’à la course, qu’au bateau et être complètement introverti. La mer propose l’égoïsme aussi c’est évident. Mais moi, sur la durée, ça me manque d’avoir de vraies infos. Ma compagne me manque et ses enfants aussi. D’ailleurs, j’en profite pour souhaiter un bon anniversaire à Loïc qui a 10 ans aujourd’hui. C’est normal que ça me manque mais il faut se dire que c’est loin d’être fini, en tout cas j’espère. On va essayer de faire abstraction de tout ça tant qu’on est en mer et on va patienter encore ! »

Jaume Mumbrú (ESP) We Are Water : « Être aussi bas dans le Grand Sud me donne beaucoup plus de respect vis-à-vis de la mer. Nous ne sommes pas habitués à naviguer par 40-50 nœuds de vent. Je pense que nous avons bien anticipé. Nous avons peut-être manqué quelques changements de voile, mais nous y allons pas à pas. Nous apprenons beaucoup. C’est notre bataille à nous. Maintenant que nous sommes ici, nous ne comprenons plus comment peuvent naviguer les bateaux plus petits à ces latitudes. Avec la température de l’eau, la mer, le vent…, c’est incroyable de penser qu’il y a des gens qui se risquent à naviguer par ici avec des bateaux plus petits. Avec un IMOCA tu te sens en sécurité. C’est un bateau grand et costaud. Nous avons une sensation de sécurité à bord. »

Liste des 14 équipages engagés

Central Lechera Asturiana: Juan Merediz (ESP) – Fran Palacio (ESP)

Mapfre : Iker Martínez (ESP) – Xabi Fernández(ESP)

Estrella Damm Sailing Team: Alex Pella (ESP) – Pepe Ribes (ESP)

Foncia: Michel Desjoyeaux (FRA) – François Gabart (FRA)

Fòrum Marítim Català: Gerard Marín (ESP) – Ludovic Aglaor (FRA),

GAES Centros Auditivos: Dee Caffari (GBR) – Anna Corbella (ESP)

Groupe Bel: Kito De Pavant (FRA) – Sébastien Audigane (FRA)

Hugo Boss: Andrew Meiklejohn (NZL) – Wouter Verbraak (NED)

Mirabaud : Dominique Wavre* (SUI) – Michèle Paret* (FRA)

Neutrogena: Boris Herrmann (GER) – Ryan Breymaier (USA)

Président :Jean Le Cam (FRA) – Bruno García (ESP)

Renault :Pachi Rivero* (ESP) – Antonio Piris (ESP)

Virbac-Paprec 3: Jean-Pierre Dick* (FRA) – Loïck Peyron (FRA)

We Are Water :Jaume Mumbrú (ESP) – Cali Sanmartí (ESP)

* deuxième participation