Dominique Wavre

Dominique Wavre, vous vous êtes lancé dans votre huitième tour du monde, pour la troisième fois en solitaire et sans escales, quel est votre objectif?
J’aimerais atteindre le podium et connaître à nouveau le plaisir absolument génial d’aller régater dans les mers du sud. Je suis en adéquation complète avec le Vendée Globe. Cette course correspond totalement à ce que j’entends et comprends de la course au large. Je suis aussi un compétiteur et je rêve de mettre tous les autres derrière, en particulier les Bretons (rire).

Quel apprentissage ?
Cette fois-ci, je ne peux pas dire que je vais découvrir des nouveautés. Je vais plutôt aller peaufiner des sensations déjà connues.

Est-ce votre dernier Vendée Globe ?
Je n’en sais rien. Chaque Vendée Globe est comme une chaîne de montagnes derrière laquelle il est impossible de voir ce qu’il se passe. Pour l’instant, j’ai très envie de prendre ce départ. Derrière, il y aura une autre Barcelona World Race que j’ai envie de faire avec Michèle, une nouvelle course de l’Europe que l’IMOCA met en place. Tant que l’envie et le sponsor sont là, que la tête et le corps répondent présents, il n’y a aucune raison de s’arrêter.

Après la Barcelona World Race, quelle a été votre préparation technique ?
Nous avons effectué un gros chantier de remise en état après la Barcelona. Le bateau a été démonté et révisé intégralement après les 25 000 milles autour du monde.

Il y a aussi eu ce problème de corrosion sur la tête de quille qui vous a stoppé en Nouvelle-Zélande…
Effectivement, nous avons constaté un début de corrosion sur la tête de quille. Une tôle a été entamée sur 3-4mm, probablement dû à un choc et une perte de peinture au large d’Afrique du Sud. C’est un endroit entre bulles d’air et eau où il y a beaucoup de stress mécanique. L’ingénieur a estimé qu’il y avait danger de casse. Nous nous sommes donc arrêtés en Nouvelle-Zélande.

Comment avez-vous soldé ce problème ?
En fait, le problème sur cette quille n’a pas été soldé, on l’a réparée provisoirement en Nouvelle-Zélande et dès notre retour en Europe, nous avons décidé de la mise en place d’une quille carbone. Nous avons fait construire un nouveau voile de quille en carbone, posé en lieu et place de la quille en acier. C’est ce gros chantier qui m’a empêché de participer à la Transat Anglaise, au printemps 2008. Ce fut plus compliqué d’adapter une quille en carbone sur l’emplacement existant que de tout recréer. Il a fallu 8 semaines pour mettre 450kg de carbone en place, couche par couche.

Y a-t-il eu d’autres modifications ?
Rien d’important. Nous avons changé l’inventaire de voile. Il n’est pas pareil en double qu’en solitaire. En solo tu cherche à diminuer ta garde-robe pour minimiser les manœuvres. En revanche, il faut élargir la fourchette d’utilisation de chaque voile. C’est très complexe de trouver la bonne polyvalence d’une voile.

C’est donc un voilier éprouvé, qui a déjà fait l’équivalent d’un tour du monde et demi avec la Barcelona, la Route du Rhum et divers convoyages…
Ma force c’est d’avoir un bateau rapide et très polyvalent, fiabilisé et «all around». Je pense que nous faisons partie de ceux qui vont terminer avec de bonnes chances de faire une bonne performance.

Pour un tennisman, faire des matches rapprochés est un peu délicat. En est-il de même pour un marin coincé entre un tour du monde en double et un autre en solo ?
Oui. Je n’ai pas pu souffler entre la Barcelona et le Vendée Globe. D’habitude, je me mets au vert pendant quinze jours, trois semaines. Avec la remise en état et la préparation du bateau, nous n’avons pris que sept jours de vacances avec Michèle. Une circumnavigation est un effort très prégnant qui demande pourtant une récupération importante. Voilà le prix à payer de ma bonne préparation technique.

Vous allez repartir seul après un tour en double avec Michèle Paret… Qu’est-ce que ça change le sur plan pratique ?
J’ai beaucoup aimé naviguer en double avec Michèle. Il est vrai aussi que le fait de devoir manœuvrer seul implique une réorganisation. Nous étions tellement habitués à manœuvrer ensemble, dans un timing parfait, qu’il va falloir une réadaptation. Le temps de manœuvre et l’effort physique vont être doublés. Je n’aurais pas non plus droit au contrôle qu’implique la présence de l’autre. Il y a donc eu une remise en condition importante.

Et comment l’équipe va-t-elle s’organiser?
Je communiquerai quotidiennement avec l’équipe à terre qui relaiera les informations aux médias, mais surtout qui restera sur le qui-vive 24h/24, prête à m’aider en cas d’avaries, avec les conseils techniques ad’hoc. C’est un rôle difficile et épuisant nerveusement, mais indispensable dans une course comme le Vendée Globe. Il faut savoir encaisser et partager le stress du bord, et vivre ces 3 mois avec l’angoisse de l’avarie ou de l’imprévu. Michèle a une bibliothèque photos complète et détaillée de toutes les pièces du bord, du moteur, du circuit électrique, de l’accastillage, du gréement… Elle est prête à m’épauler à distance en cas de pépins à n’importe quel moment du jour et de la nuit.

Vous venez d’être bombardé Président de l’IMOCA, la classe des monocoques de 60 pieds. Félicitations !
D’abord, je tiens à préciser que je ne suis Président que par intérim et ce jusqu’à la prochaine AG.
Sinon, je constate avec plaisir que notre classe est en pleine expansion. Nous nous sommes organisés de manière professionnelle, avec un chef jaugeur, un secrétariat, des mesureurs. Nous sommes des interlocuteurs de plus en plus sérieux, respectés et consultés par les organisateurs. L’IMOCA a trois grands axes de développement: Limiter les coûts, simplifier les bateaux et cadrer leur puissance. Il s’agira, après le Vendée Globe, de concrétiser ces idées, encore un peu abstraites.

Quel est donc le regard du président?
La classe s’est énormément développée. Au sein de l’IMOCA, chaque skipper a droit à la parole. L’arrivée des nouveaux skippers, imprégnés de Figaro ou de Mini 6,50, rend à la fois l’association très vivante et difficile à gérer. Il faut maintenant créer des systèmes pour continuer d’avancer. Je suis actuellement très impliqué dans cette réflexion.

Après la faramineuse augmentation des coûts de ce Vendée Globe, comment l’IMOCA compte-t-elle gérer la récession qui risque de suivre ?
Nous sommes confrontés à une situation paradoxale: tout le monde est d’accord pour diminuer les coûts mais personne ne veut restreindre son propre bateau. Nous sommes donc confrontés à une volonté générale impeccable et à un égoïsme individuel imparable. Je ne sais pas encore comment nous allons nous relever de cette contradiction mais j’espère qu’au printemps 2009, les gens auront un petit peu plus de courage.