Du Rhum, des femmes !

Les Multi 50 ont occupé le devant de la scène tout au long de la nuit antillaise. Ainsi, après le grand vainqueur Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) hier, Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port Médoc) et Loïc Fecquet (Maître Jacques) sont venus compléter le podium de cette classe très disputée. Autant d’histoires de marins et de belles aventures humaines que tous avaient alors à c?#8220;ur de partager, entre satisfaction, déception mais surtout émotion. Autre moment fort en perspective dans les heures à venir, avec l’arrivée des deux femmes restées en course. La jeune malouine Servane Escoffier (Saint-Malo 2015) ouvrira le bal des sourires et de la féminité à la mi-journée (heure locale) alors qu’Anne Caseneuve (Naviguez Anne Caseneuve) est attendue en début de soirée à Pointe-à-Pitre. De quoi décréter ce mardi journée de la Femme sur le Rhum !

 Ultimes : Tous presque à bon port

Après l’arrivée de Gilles Lamiré (Défi Cancale) ce matin à Pointe-à-Pitre, en sixième position, la Guadeloupe s’apprête à fêter ce midi (heure locale) Servane Escoffier. Si la navigatrice de Saint-Malo 2010 fermera la marche chez les Ultimes, il faut avant tout saluer la grande ténacité dont elle aura fait preuve de bout en bout. Menant avec le sourire et un enthousiasme communicatifs un catamaran très physique et exigeant, Servane sera la première femme de cette Route du Rhum – La Banque Postale 2010. Un très bel exploit pour ce petit gabarit qui aura forcé le respect au sein d’une flotte plus que majoritairement masculine. Chapeau Mademoiselle Escoffier !

 Gilles Lamiré (Défi Cancale) : « Il y avait une course dans la course entre Servane Escoffier et moi. Il ne s’agit pas d’une rivalité. On est dans la même catégorie, ce sont deux bateaux qui sont très proches, un catamaran et un trimaran fabriqués dans les mêmes années, dans le même chantier, avec le même architecte et en plus on se connait bien parce qu’on est voisins. Forcément il y avait un lien, mais sympathique. Ca a donné beaucoup de piment pour nous et je suis sûr pour toute la région de Saint-Malo. Quelque part ça a donné un intérêt supplémentaire à la course . Servane s’est super bien bagarrée. Jusqu’au bout je me suis méfié parce que jusqu’au bout je savais qu’elle ne lâcherait pas. C’est une super fille ! « 

 Imoca : Au complet dans la soirée à Pointe-à-Pitre

L’émotion était forte tôt ce matin, à l’arrivée au ponton de Michel Desjoyeaux. « Tout le monde m’a dit : c’est un truc, tu pars  de Saint-Malo et tu vas au soleil. J’y suis allé au soleil, mais trop tôt » déplorait le skipper de Foncia. Rapidement conscient que son option sud ne serait pas récompensée, le marin a pris son mal en patience, luttant malgré tout jusqu’au bout pour sauver les derniers meubles : une sixième place, bien loin de ses performances habituelles. Mais cette transat aura eu l’avantage de lui faire prendre la mesure de tout le potentiel de son nouveau bateau, mis à l’eau, rappelons-le, le 20 septembre dernier. Près de trois heures derrière lui, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) a bouclé à son tour sa « drôle » de transat avant de savourer autant que possible l’accueil Guadeloupéen, la déception étant déjà digérée lors des derniers jours en mer. Dans cette catégorie, il ne reste donc désormais plus qu’un seul concurrent en mer : Christopher Pratt (DCNS 1000) – handicapé par une panne d’électronique – est attendu dans la soirée.

  Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Je ne suis pas allé dans le sud pour planter des légumes ! Ce qui m’a convaincu d’y aller ce n’est pas qu’il y ait Foncia qui y aille, c’est qu’on y aille à deux bateaux. A moment j’ai cru que Groupe Bel allait y aller, je ne sais pas s’il a hésité ou quoi, mais c’était bien d’être à deux. A mi parcours je me suis dit « j’y crois encore mais c’est quand même très chaud ». Là haut ils accéléraient, il y avait une cadence élevée. Toi tu es en bas dans la pétole, tu as un peu mauvaise conscience. Je suis allé à fond et à un moment j’ai été un peu gourmand, j’ai coupé le gâteau dans la pétole et ça, ça a été fatal.

 

Multi50 : Un podium âprement disputé

Comme on s’y attendait, la bagarre a été belle autour de la Guadeloupe pour les premiers Multi50. Derrière Lionel Lemonchois, beau vainqueur de cette édition 2010 sur Prince de Bretagne, Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port médoc) s’est battu comme un diable dans les petits airs pour accrocher la deuxième place devant un Loïc Féquet (Maître Jacques) remonté comme un coucou après que son option sud lui ai permis de recoller au score avec les trois nordistes. Au coude à coude avec Philippe Laperche (La mer révèle nos sens) à l’approche de Basse-Terre, le Lunairien a finalement la différence dans un grain en s’échappant avec plus de vent que son adversaire. Une déception pour le chirurgien dentiste, auteur cependant d’une très belle trajectoire au plus près de la route directe sur un bateau âgé de 20 ans. Derrière, les accessits ont eux aussi été très disputés entre Erik Nigon (Axa Atout Cœur pour Aides, 5e) et Erwan Leroux (FenétréA-Cardinal, 6e) dont la non-localisation a fait durer le suspense jusqu’au bout.

 Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port Médoc) ! : «  Les dernières heures de course ont été dures. Un véritable enfer ! Trois nœuds de vent pour arriver depuis Basse-Terre jusqu’à la ligne d’arrivée : la pétole, c’est un truc de dingue, un truc usant ! Mais maintenant, ce n’est que de la joie. L’accueil à Pointe-à-Pitre est tellement formidable ! Déjà en 2002, c’est incroyable. Le plus bel accueil qu’on puisse avoir, c’est ici en Guadeloupe. Je suis vraiment super content… Une deuxième place, c’est clair, c’est magique mais j’ai vraiment été la chercher. »

 Philippe Laperche (La mer révèle nos sens) : « Toutes les courses en solitaire sont des moments où l’on est face à nous même, où l’on se pose plein de questions, où l’on voit plein de choses différemment, où l’on pense à nos proches… Cette Route du Rhum  m’a apporté plein d’échanges et un nombre de témoignages d’amitié qui m’ont fait grand plaisir. Sur une épreuve de ce type, on part tout seul sur l’eau mais en fait, on n’est vraiment pas seul. C’était vraiment sympa. Dur  mais sympa »

 La chasse au papillon… et au podium !

Oubliés le passage de front, les orages, les grains et les bulles qui ont franchement compliqué la progression vers la Guadeloupe. Profitant enfin de conditions météo beaucoup plus propices au plaisir de naviguer, la tête de flotte de la Class 40 pointe désormais ses étraves sur la route directe. Cap sur l’île en forme de papillon. A moins de 340 milles de l’arrivée, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) affiche toujours une confortable avance de 60 milles sur Nicolas Troussel (CMB). Dans leurs tableaux arrières la chasse au podium est néanmoins engagée entre quelques prétendants à une place d’honneur, parés à tous les coups tactiques pour sortir leur sillage du jeu…

 Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) : « Ca commence à être un peu long là ! Il faut s’armer de patience ! Ca avance vers le but, mais c’est encore mou, je n’ai pas encore sorti le spi … Ca devrait rentrer un peu, ca ne va pas être très rapide. Je ne suis pas encore complètement serein, les conditions ne sont pas simples. Ce qui est sûr, c’est que je suis est à bloc. D’être en tête, c’est exigeant comme situation mais c’est plaisant. Je pense que mon ETA sera le 18, après ça dépend du vent autour de la Guadeloupe. »

 Damien Grimont (Monbana) : « Ca fait plaisir de retrouver des conditions de navigation plus paisibles ! Après l’Annapurna, nous voici de retour dans la plaine ! Pour le podium, entre Noblet, Manuard, Jorg et moi, il y a du jeu car il reste quand même 500 milles, ce n’est pas rien. Quand on voit que j’ai repris 40 milles sur un virement au bon moment, ça veut dire qu’une manœuvre mal placée ça peut vraiment jouer. Il va y avoir pas mal de choses à négocier avec la bascule de vent, il faudra bien se placer. La fin de course est absolument passionnante ! »

 

Samuel Manuard (Vecteur Plus) : « J’aimerais me rapprocher de la troisième place ! Je suis un peu plus proche du vent, un peu plus écarté des perturbations… On verra si ça porte ses fruits. Je n’ai jamais eu de problèmes de moral, je suis à fond dans la course. Il y a juste une petite fatigue accumulée, donc je crois qu’il vaut mieux faire un rythme endurant et se préserver pour l’approche qui va être difficile. Je fais des réglages, je passe du temps à regarder la météo, même si globalement ma stratégie est fixée. »

 Catégorie Rhum : du portant enfin !

Malgré un gennaker déchiré et la casse de son canard d’étrave, Andrea Mura (Vento di Sardegna) creuse doucement mais sûrement l’écart sur ses poursuivants ce mercredi, y compris sur Luc Coquelin (Pour le Rire Médecin). En effet, si l’écart entre les deux hommes était stable depuis quatre jours, aujourd’hui le Sarde porte son avance à 180 milles sur son dauphin et à près de 400 milles sur le troisième. De fait, il a été le premier à rentrer sous l’influence d’une cellule de hautes pressions présente à l’est des Bermudes. Il bénéficie par conséquent de conditions de vent de plus en plus favorables. Fini le près ! Idem, depuis quelques heures, pour Luc Coquelin et Julien Mabit (Monopticien.com) qui flirtent également avec les 10 nœuds de vitesse moyenne et enchaînent les empannages. De leurs côtés, Pierre-Yves Guennec (Jeunes Dirigeants – Lorans) et Charlie Capelle (Acapella) progressent toujours dans des vents défavorables et très instables et une mer croisée qui ne favorise pas la vitesse dans l’immédiat. A l’inverse, plus au sud, Jean-Paul Froc (Eurosanit) et Yves Ecarlat (VALE Nouvelle Calédonie) sont aujourd’hui les deux bateaux les plus rapides de la flotte et la situation devrait durer car l’alizé va rester de secteur nord-est dans les prochains jours. Cette évolution permet aux deux hommes de faire cap direct sur la Guadeloupe.