Echappées belles dans les alizés

Les bateaux de tête ont passé les Canaries et pris cette nuit le TGV des alizés. Ils s’échappent sous spi à 15 nœuds de moyenne vers les îles du Cap vert, prochain obstacle sur la route du sud. De grands écarts sont à prévoir avec les cinq retardataires qui ne naviguent plus dans le même système météo. En tête, après cinq jours de domination, Virbac-Paprec 3 vient de se faire doubler par Foncia…

Les bateaux de tête ont passé les Canaries et pris cette nuit le TGV des alizés. Ils s’échappent sous spi à 15 nœuds de moyenne vers les îles du Cap Vert, prochain obstacle sur la route du sud. De grands écarts sont à prévoir avec les cinq retardataires qui ne naviguent plus dans le même système météo. En tête, après cinq jours de domination, Virbac-Paprec 3 vient de se faire doubler par Foncia…

Sous le soleil, poussés par une grande houle d’ouest, vestes de cirés remisées au placard, les marins croquent leurs derniers fruits frais et se préparent à une navigation tonique de plusieurs jours dans des alizés solidement installés. Sur ce tapis roulant qui les mènera tout droit vers le pot au noir (en passant par l’archipel du Cap Vert), il n’y a plus de stratégie à grande échelle. C’est sur les ponts aspergés de tièdes embruns que se déroulera l’essentiel du travail des équipages, à se relayer à la barre et aux réglages. « Il sera important d’être sur la vitesse » convient Dominique Wavre. « On sera à fond jusqu’au Cap Vert » confirme Jean-Pierre Dick. Au classement de 15 heures pourtant, le skipper de Virbac-Paprec 3, grand patron de la flotte depuis cinq jours, venait de se faire doubler par Foncia. A la mi-journée, Michel Desjoyeaux et François Gabart ont choisi d’empanner et de faire route vers le sud. Ce décalage leur donne la primeur au classement de quelques 8 petits milles. Mais pour combien de temps ? Depuis le départ de la Barcelona World Race, ces deux équipages se sont relayés en tête à quatre reprises !

Des enjeux à tous les stades

Une centaine de milles derrière, la situation est également très tendue entre Mirabaud et Estrella Damm. L’équipage espagnol n’est plus qu’à 6,6 milles de son adversaire franco-suisse. Même combat pour le club des cinq chasseurs (Mapfre, Président, Groupe Bel, Neutrogena, Gaes Centros Auditivos) qui ferraillent à vue depuis la sortie de la Méditerranée. A tous les stades de la course, les protagonistes devront redoubler d’efforts pour conserver leur position et ne pas se faire lâcher par leurs camarades. Or, certains équipages ont déjà grillé une part de leur énergie dans la première semaine de régate. Ce concours de vitesse sous spi révèlera au grand jour leur capacité d’endurance.

La situation est bien différente pour les cinq derniers concurrents. A plus de 300 milles des leaders – presque 400 pour Hugo Boss -, ils n’évoluent plus dans le même système météo. Emmenés par Renault Z.E, ce gruppetto ne semble avoir d’autre choix que de passer (demain) à l’intérieur de l’archipel des Canaries. Au moment où ils slalomeront entre les hautes îles volcaniques, les premiers navigueront déjà depuis plus de 24 heures dans les alizés. Les écarts vont se creuser inexorablement jusqu’au prochain passage à niveau : le pot au noir.

Le classement du 08 janvier à 15 h :

1 FONCIA à 23253,3 milles de l’arrivée

2 VIRBAC-PAPREC 3 à 8 milles du leader

3 MIRABAUD à 105,2 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team 111,8 milles

5 MAPFRE à 175,9 milles

6 PRESIDENT à 184,7 milles

7 GROUPE BEL à 193,5 milles

8 NEUTROGENA FORMULA NORUEGA à 198,1 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 220,4 milles

10 RENAULT Z.E à 314 milles

11 WE ARE WATER à 349 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 376,6 milles

13 FORUM MARITIM CATALA à 382,5 milles

14 HUGO BOSS à 398,8 milles

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3 : « Foncia est juste à côté. Cela donne de l’intensité à la régate. Nous sommes des régatiers avant tout. Nous nous prenons au jeu. Les speed-tests se font donc facilement. C’est très intéressant. Nous sommes à fond pendant encore quatre jours dans l’alizé. Il va falloir gérer son énergie, barrer ou laisser le pilote le faire, se reposer… C’est une course de vitesse pure. »

Dominique Wavre, Mirabaud : « Ça marche bien sur Mirabaud. Nous sommes sous spi avec environ 15-20 nœuds de vent, une belle houle majestueuse d’Ouest. Aujourd’hui, il commence à faire carrément chaud. L’alizé est là, c’est clair. La vie se règle avec des relais à la barre de 2h/2h. La vie va bien, nous sommes contents de notre place. Tout fonctionne parfaitement à bord, il n’y a aucune avarie. Nous sommes dans le coup. Pour résumer la semaine je dirais qu’elle a été très fatigante parce qu’il y avait beaucoup de coups météo à jouer. Il fallait être dans tous les coups. Nous avons beaucoup manœuvré. Je ressens un grand plaisir à régater même avec cette grande fatigue physique qui disparaît jour après jour. »

Ryan Breymaier (USA), Neutrogena : « On a poussé le bateau vraiment fort cette nuit. Et désormais nous sommes sous spi à 1,5 milles de Groupe Bel. On essaye d’être en permanence à 110% et d’avoir toujours quelqu’un sur le pont avec la plus grande voile possible. On s’est organisé de la manière suivante : quand l’un des deux est fatigué il va dormir, et quand celui sur le pont est super fatigué il réveille l’autre. Ca permet de dormir à peu près 3 heures chacun chaque nuit.»

Michel Desjoyeaux, Foncia : « Belle journée sous ce petit vent qui devrait encore monter un peu au fur et à mesure qu’on gagne dans le sud. On a « rangé » tout le bateau à l’arrière, façon dragster, en prévision de poussée vélique ayant une forte propension à mettre l’étrave sous l’eau, ceci n’est que la conséquence d’une voile ballon aux volumes généreux, qui nous propulse vers le « poteau noir », un peu plus bas vers l’équateur. Les heures de barre de l’un succèdent aux heures de barre de l’autre, et l’on ne se croise que pour les nombreux empannages qui animent notre trajectoire zigzagodromique. On avait presque sorti nos tenues d’été, mais avec la vitesse de nos « ptites biscottes en kevlar », ça va commencer à mouiller sur le pont, et pour bien sentir le vent, p’têtre qu’on ne tirera pas la casquette pour se protéger. Rien d’apocalyptique, l’eau est à 23,5°, et l’air déjà à 22,2°, ça vous laisse rêveurs ? »

Antonio Piris, Renault Z.E : « Cette semaine a été vraiment compliquée, par dessus tout, le piège de la Méditerranée ! Les milles qui nous séparent désormais de la tête de la flotte sont difficiles à encaisser psychologiquement. Notre objectif est maintenant de rejoindre le groupe de tête qui est à 100 milles devant nous et nous espérons que le Pot au Noir va nous aider ! On va essayer de profiter des rotations de vent pour passer les îles par bâbord au lieu de passer par le milieu.»