Elodie Mettraux

Que retenez-vous de votre Tour de France à la Voile ?

Comme il s’agissait à la fois pour le CER de son retour après la pause de l’an passé, de mon premier Tour à la tête de l’équipage Ville de Genève – Carrefour Addictions, et du baptême de nombreux bizuts à bord, tout s’est bien passé. En amont avec Nicolas Groux, nous avions effectué un bon travail pour préparer la saison en nous entraînant dès le mois de décembre en M34 à la Grande Motte, où nous sommes revenus naviguer cinq weekends de janvier à mars. Ensuite, le Spi Ouest et l’Iroise Cup nous ont permis de nous mesurer aux adversaires, ce qui s’est avéré très bénéfique, puis l’entraînement s’est poursuivi pendant un mois sur le Léman. Pendant ce Tour de France à la Voile, nous avons pu intégrer cinq tout nouveaux membres, confier des responsabilités à pas mal de jeunes, former des nouveaux barreurs, navigateurs, tacticiens, n°1, et finir septièmes au général parmi les pros. Le bilan s’avère donc très positif pour les années à venir. Nous devons encore améliorer la gestion de la fatigue en essayant d’optimiser les rotations sur la fin du parcours notamment, mais le planning se constitue en fonction des disponibilités des personnes et de leurs poids ; on doit faire avec. C’est une différence fondamentale entre les équipages pros et les amateurs/pros comme nous ; certains étudient ou travaillent et le planning des postes s’avère parfois difficile à gérer. C’est le seul bémol de cette aventure extraordinaire.

Bienne Voile est-il juste un autre équipage ou existe-t-il une certaine solidarité patriotique ?

La phase de préparation a effectivement donné lieu à beaucoup d’échanges, en matière de prêt de matériel, de jauge ou de données météo notamment, mais une fois lancés, plus vraiment. S’ils repartaient avec une équipe un peu plus jeune, il y aurait certainement encore plus d’émulation et ce serait intéressant pour eux comme pour nous, je pense.

Vous revenez du Lysekil Women’s Match Race en Suède, comment cela s’est-il passé ?

Moyennement bien ! D’une part nous naviguions dans une nouvelle configuration d’équipage, d’autre part, nous manquions de pratique et de muscle, surtout durant les trois matchs de la première journée dans 15-20 nœuds de vent. Les DS37 sont des bateaux vraiment physiques, leur GV est énorme. Ma sœur Laurane et moi venions de tout donner pendant un mois sur le Tour et ne disposions plus de l’énergie nécessaire pour enchaîner efficacement, nous avons essentiellement subi.

Elodie Mettraux Tour de France

© Jean-Marie Liot

Dans quelle mesure le match racing pourrait connaître un essor significatif en Suisse d’après vous ?

Peut-être manque-t-il une vraie école de match race comme on en trouve en Angleterre, en Australie ou en Nouvelle Zélande, où les jeunes dès 12 ans sont invités à faire du match race sur de petits bateaux. Alexa Bezel et moi-même avions pu participer à des entraînements conçus pour les filles en Elliott tous les vendredis soir à Sidney. Là-bas, elles sont très nombreuses à naviguer ensemble entre 12 et 35 ans, et font du match racing. C’est ainsi que la discipline peut se développer. Dans le cadre du CER, nous y contribuons, en axant toute la session d’octobre dessus. Mais cela nécessite des coachs capables de donner des bons entraînements de match race et de pouvoir former des groupes de niveaux similaires.

Si l’on prend l’exemple du Volvo Match Race Cup ?

Je suis persuadé que ce circuit peut se développer. D’ailleurs il y a des nouvelles équipes de jeunes qui s’y mettent, comme ici, à la Volvo Match Race Cup, le team de Nicolas Anklin, celle de mon frère Nelson, ou de Nicola Mökli qui vient d’outre-Sarine. On observe donc un renouvellement et plus uniquement les Clerc, Monnin ou Stocker; cela montre que le match race reste attractif. Toujours à Genève, j’organiserai fin octobre un grade 2, le TeamWork Geneva Match Race.

Elodie Mettraux Podium 2ieme

Sur la 2e marche du podium du Volvo Match Race Cup : Elodie-Jane et sa soeur Laurane Mettraux, Stephanie Hasler, Zoé Dardel, Alexa Bezel (à nouveau vice- championne suisse). © Juerg Kaufmann

Quels changements comptez-vous apporter au CER en tant qu’administratrice ?

Nous devons tout d’abord convaincre des jeunes régatiers d’adhérer au CER, par exemple en démontrant à ceux qui pratiquent le dériveur qu’ils apprendront beaucoup en lesté. C’est intéressant de naviguer en équipage et de découvrir d’autres disciplines, comme c’est beaucoup le cas en France parmi les adeptes de la filière olympique, qui s’adonnent au match race, au M34, ou à d’autres régates qui leur permettent d’apprendre tout en naviguant. Cette polyvalence me paraît importante et j’aimerais que les jeunes s’en rendent compte. Notre structure doit motiver les jeunes à faire des régates en Surprise, pour apprendre à gérer une équipe, skipper un bateau, organiser une saison ou un championnat. Enfin, il faut que l’expérience acquise par les participants pendant le Tour de France à la Voile soit transmise aux nouvelles recrues du CER.

Que pensez-vous de la plateforme mixte en catamaran aux JO ?

Quand Nathalie Brugger me parle du Nacra 17, cela a l’air très chouette et de bien fonctionner, et la navigation mixte m’attire beaucoup; j’adore naviguer avec des garçons. On m’a incitée à envoyer un dossier pour la Volvo ou à me lancer en Nacra 17 ou en 49er, mais l’opportunité qui s’est présentée à moi de gérer le CER pendant quelques années me plaît trop. Appréhender toutes les facettes d’un projet sportif s’avère passionnant, qu’il s’agisse des aspects humain, politique, budgétaire ou sportif, c’est un super apprentissage. Par la suite, on verra en temps voulu.

Comment expliquez-vous l’engouement intense pour la voile de la fratrie Mettraux ?

J’y réfléchissais justement la semaine passée en réalisant que Justine participait à la Rolex Fastnet Race en Volvo, Brian à la Youth America’s Cup en AC45, Laurane et moi au Lysekil Women Match Race en Suède, et, nous allions retrouver Nelson au Volvo Match Race Cup ! Nous avons une chance extraordinaire. Nos parents ne nous ont jamais forcés à faire de la voile, ils viennent nous voir sur les régates et restent discrets, mais les discussions à table ont toujours tourné autour de la voile. Si Justine et moi, nous nous sommes mises à la régate plutôt tardivement, en adhérant au CER vers 15-16 ans, les garçons ont intégré toute la filière compétition plus jeunes avec l’Opti puis le 420 à Versoix. Laurane avait commencé la gymnastique mais nous l’avons rapidement convaincue de nous rejoindre. C’est devenu une véritable émulation entre nous, et il y a certainement une petite dose de compétition !