Encore des cocktails d’arrivées pleins de punch !

Mais que font les alizés ? Aux abonnés absents, ils n’ont paradoxalement pas fini de pimenter le cocktail des arrivées de cette Route du Rhum-La Banque Postale 2010. Dans les sillages du podium de la catégorie Ultime et de l’atterrissage imminent de Yann Guichard sur Gitana 11 en 4è position, tous les regards convergent désormais vers les IMOCA. Les skippers des monocoques de 60 pieds –  et le tenant du titre en tête (Roland Jourdain sur Veolia Environnement) – maintiennent un suspense de tous les instants sur l’ordre du podium. De quoi augurer un week-end arrosé en émotions du large sous le soleil de la Guadeloupe. Et concocter un dénouement qui ne manquera évidemment pas de punch ! Même topo dans le camp des Multi 50 où un duel de tris a bien lieu entre deux grands animateurs de la reine des courses océaniques. Lalou Roucayrol (Région Aquitaine) va-t-il pouvoir retenir les assauts du redoutable Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) parti à la chasse d’une deuxième couronne ? Enfin, du côté des troupes de la Class 40, le Rhum s’arrange à la sauce des zones de perturbations et des drôles d’ingrédients qui jalonnent les 1 200 milles à parcourir pour rallier Pointe-à-Pitre. A chacun sa trajectoire et sa recette pour freiner la course sans faute – et cul sec ! – de Thomas Ruyant (Destination Dunkerque). Là aussi, à consommer et savourer sans modération !

Gilles Lamiré (Défi Cancale) : « J’ai vu Servane (Escoffier) ce matin, c’est super car on est un peu voisins en Bretagne ! Je me suis rapproché, on était à 0,3 mille (500 mètres, ndlr) l’un de l’autre, et ensuite on a navigué toute la journée bord à bord. »

IMOCA : Final à suspense

A deux jours de l’arrivée du vainqueur, Roland Jourdain (Veolia Environnement) conforte son avance avec 76 milles de mieux qu’Armel Le Cléac’h (Brit Air) et 130 milles sur Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3). Mais, le dernier vainqueur de la Route du Rhum – La Banque Postale sait mieux que quiconque que la course peut se jouer jusqu’à la ligne d’arrivée. En 2006, Jourdain possédait 150 milles d’avance sur le deuxième la veille de l’arrivée et n’avait coupé la ligne que 28 minutes avant Jean Le Cam. Jourdain reste donc prudent, d’autant que les conditions météo légères et instables peuvent entraîner de nombreux arrêt-buffet et autant de remaniements. Seule certitude pour Jourdain, son recalage au sud mercredi soir lui a permis de recroiser la route de son premier poursuivant, Armel Le Cléac’h. Une situation de contrôle qui facilite la tactique du leader dont les adversaires sont presque tous alignés derrière lui. Réponse samedi lors du tour de la Guadeloupe…

Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « Je découvre le classement et il y a des jours où la vie est belle ! Ça fait du bien. J’ai certainement évité la molle grâce au fait d’être devant, en tout cas ça a été de la manœuvre et du réglage … Je pensais pouvoir dormir mais ce n’était pas le bon jour ! Hier après-midi, j’étais content de recroiser devant Armel car ça me permettait de rester dans la même zone, je pensais avoir perdu plus de terrain. »

Vincent Riou (PRB) : « Ça fait dix jours qu’on vit au rythme des classements, si on reste dans ce mode, dans ces conditions, ça pourrait générer un stress énorme. Il faut s’en détacher un peu sinon on devient dingue. »

Marc Guillemot (Safran)
: « Ça n’a pas arrêté cette nuit. Depuis 45 minutes, c’est reparti et ça fait du bien parce que toute la nuit c’était la lutte pour avancer. C’était compliqué, donc je vais aller m’allonger un peu. Je suis content d’avoir retrouvé de la pression. »

Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « La nuit n’a pas été simple, je suis resté coincée sous un gros nuage. J’ai eu du mal à m’en extirper, là c’est parti dans le bon sens. C’est comme ça, on va s’accrocher pour aller avec du vent le plus vite possible à Pointe-à-Pitre et gratter quelques milles par ci par là. »

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) : « J’ai fait un départ en chinese (empannage involontaire, ndlr), je suis resté très longtemps à l’envers, il aurait fallu un appareil photo c’était impressionnant ! Tout est faisable, regardez l’édition précédente ! Je crois que rien n’est fini tant que la ligne n’est pas franchie, même si c’est un peu classique de dire ça ! Connaissant Armel (Le Cléac’h) on sait qu’il va y avoir de la bagarre jusqu’au bout. »

Multi50 : Chaud devant !

Pas faciles ces derniers jours pour Lalou Roucayrol qui a vu son avance se réduire de moitié entre hier 16 heures et aujourd’hui à la même heure. Désormais, 54 milles  séparent le skipper de Région Aquitaine – Port Médoc et Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne). Les deux hommes qui évoluent globalement dans le même système météo  et composent avec un vent de face très instable en force et en direction. Idem pour Philippe Laperche (La mer révèle nos sens). A l’inverse, leurs adversaires situés au sud, contraints de descendre en dessous de la latitude de la Guadeloupe ces dernières heures, bénéficient à présent d’un petit alizé et progressent sur la route en enchaînant les empannages. A noter par ailleurs l’abandon officiel, ce jeudi à 15h55 de Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou!) suite à son avarie d’étrave.

Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port Médoc) : « Jusqu’à maintenant ça allait super bien, mais là ca vient de tomber subitement. L’arrivée va être vraiment très compliquée. C’est vraiment ambiance Pot au Noir. Il a vraiment beaucoup plu ce matin, il y a des gros nuages, le ciel est très gris. Je surveille Lionel (Lemonchois) mais on n’a pas les mêmes bateaux et dans ces conditions, c’est un peu le jeu du chat et de la souris ; c’est bataille jusqu’à l’arrivée ».

Class 40 – Vous avez dit armistice ?!

Pas d’armistice qui tienne sur le grand Atlantique  ! Pire, c’est Verdun sur les cartes et modèles météo qui n’ont pas leur pareil pour semer le trouble dans les esprits des stratèges.  Toujours bien éparpillés en longitude sur un axe Nord-Ouest/Sud-Est, c’est bien une guerre des tranchées – pour ne pas dire des  trajectoires ! – qu’ont entamée les leaders de la flotte Class 40. Dans le sillage de Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), toujours commandant suprême, les combats ont repris de plus belle comme en témoigne un très net regroupement en tête de flotte. Yvan Noblet (Appart City), en mode attaque, revient en force. Le voilà à 50 milles dans le tableau arrière du leader. Et dire qu’il reste plus de 1 150 milles avant de faire gicler le Rhum !

Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) : « Je n’ai pas de soucis techniques, je suis juste dans une zone sans vent, ça recolle derrière, je devrais repartir dans l’après-midi. C’était prévisible au vu des routages, je ne m’inquiète pas plus que ça. Je suis le premier à m’arrêter, et je vais retoucher du vent cette nuit, donc c’est sur que le matelas est bien réduit, mais je suis bien là où je suis. J’ai bien dormir tant qu’il y a avait de l’air et que c’était stable. Quand il y a des conditions comme ça, il faut rester sur le bateau, et régler au mieux le bateau : il faut être sur le pont ! J’en profite pour faire un bon check du bateau, tout vérifier, donc tout va bien sur Destination Dunkerque. La dernière semaine ne va pas être simple, il va falloir tirer les bons bords, on aura des alizés sur la fin, mais surtout du près. »

Marc Lepesqueux (Marie Toit-Caen la Mer) : «  C’est la nuit dernière qui a été tordue avec des lignes de grains, on ne va pas dire que j’ai géré c’est plutôt les lignes qui ont géré pour moi ! Là je suis sous gennaker, grand voile, la mer est belle. J’essaie de me décaler un peu Sud mais ce n’est pas évident. Moi je suis limite pour aller sud, c’est un alizé du sud est. Ca devrait refuser encore plus, on devrait se retrouver au près. Je regardai le classement, devant ils ne sont pas loin, et les écarts sont réduis, hyper serrés et puis devant ce n’est pas gagné non plus, car la situation météo n’est pas facile a gérer. La fin de la course est super intéressante. ? J’ai été chanceux de voir un cachalot hier, j’ai vu des dauphins aussi, ca m’a un peu étonné car il me semblait être un peu loin de Acores. »

Bertrand Guillonneau (Ville de Douarnenez) : « Ca va très bien, ce n’est que du plaisir. Je m’amuse comme un petit garçon et puis il fait beau ! J’avance j’espère vers le bon côté de la ligne. Tout le monde se gratte un peu les méninges. Je vais arriver de manière  originale par le Nord, sans les alizés, on verra bien… Je n’ai aucune idée d’où sont les concurrents. Je n’ai pas les positions des autres, donc ca me laisse une liberté dans la tête, sans être influencé.  On a lancé un projet autour du poème, on a écrit des poèmes sur la coque pour que les sirènes aient quelque chose à lire. J’ai beaucoup d’écrits, de commentaires, de poèmes : tous les Douarnenistes qui aiment la mer me soutiennent et c’est très agréable de sentir que même si c’est une course en solitaire on n’est vraiment pas tout seul. »

Rhum :

Tous éparpillés en latitude
Ce jeudi, pas moins de 800 milles séparent, en latéral, le concurrent le plus au nord, Pierre-Yves Guennec (Jeunes Dirigeants – Lorans), et celui le plus au sud, Yves Ecarlat (VALE Nouvelle Calédonie). La flotte de la catégorie Rhum est aujourd’hui plus que jamais éparpillée en latitude. Elle continue de naviguer sous un faible alizé très instable au sud-ouest des Açores. En tête, Andrea Mura (Vento di Sardegna) conserve une avance de près de 140 milles sur Luc Coquelin. Avec 204 milles parcourus entre 8 heures hier et 8 heures ce matin, le skipper de Pour le Rire Médecin a cependant été le plus rapide de la flotte ces dernières 24 heures. 24 heures marquées par la présence de grains orageux générant à la fois des périodes de fortes rafales de vent mais également de calmes pour tous, à l’exception de Jean-Paul Froc (Eurosanit) et Yves Ecarlat qui bénéficient de conditions plus calmes, mais sous un faible alizé. Cette situation évoluera peu d’ici à demain. En revanche, ce week-end, les choses risquent de se corser un peu.

Luc Coquelin (Pour le Rire Médecin) : « C’est un peu le bazar devant, ça peut être sympa. Si c’était l’autoroute ce serait moins rigolo. Ca va être spécial de se retrouver au près dans une mer hachée, donc on va faire gaffe. Un bateau étroit ca glisse bien mais c’est moins pêchu dans une mer coupée. Là, on s’attend à se faire secouer. Du coup, on profite du bon temps pour s’occuper de soi et du bateau afin d’être prêt à attaquer ce moment délicat ce week-end. »