Encore quelques heures de sport…

Si le vent moyen s’est un peu affaibli depuis hier, les conditions restent sportives ce mardi matin pour les dix-sept concurrents de la Transat Bénodet ��“ Martinique. Le vent de nord-est est rendu très instable par le passage de nombreux grains et la mer reste forte, poussant les bateaux à des surfs dangereux. Heureusement, dans les heures qui viennent – probablement à la mi-journée – les conditions vont s’améliorer, en particulier pour les solitaires les plus avancés dans l’ouest.

 

A l’issue de la vacation avec les leaders de la flotte, ce matin à 5 heures, force est de constater que ces dernières heures n’ont pas été vécues de la même façon par les uns et les autres. Décalé au sud, Erwan Tabarly avouait de son côté avoir passé de longues heures – près de 15 – accroché à la barre, concentré sur la bonne marche de son monotype sous spi pour éviter les sorties de pistes. « C’était vraiment chaud. J’ai dû partir une bonne dizaine de fois en vrac » a-t-il expliqué. Le skipper de Nacarat ne cachait pas avoir laissé ainsi beaucoup d’énergie à remettre son bateau sur la route et expliquait, en conséquence, son choix de réduire la toile aux alentours de 3 heures du matin. « J’ai affalé le spi, depuis, ça va mieux. Je vais pouvoir aller faire une petite sieste car j’ai besoin de recharger les batteries » a détaillé Tabarly, 2e au premier classement du jour derrière Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance). A l’inverse, Fabien Delahaye (Port de Caen – Ouistreham) a confié être très en forme après une bonne nuit de sommeil – un peu malgré lui – et près de 24 heures sans toucher la barre. Et pour cause, handicapé par la perte de son petit spi depuis les vents forts rencontrés au large du cap Finisterre, le jeune normand n’a pas d’autre choix que de naviguer sous solent. « Vu l’état de la mer, envoyer le grand spi serait trop risqué » a-t-il commenté. S’il est parvenu à tenir de belles moyennes ces dernières 12 heures, le fait est qu’il affiche effectivement un léger déficit de vitesse par rapport à ses adversaires en pleine possession de leurs moyens. Résultat, au pointage de 5 heures, c’est 10 milles de perdus mais toujours une place sur le podium. « Je pensais avoir plus de retard que ça sur les copains. Ca va. En tous les cas, je suis impatient que le vent se stabilise et mollisse un peu puis que la mer se calme pour envoyer toute la toile. Ca ne devrait pas tarder, le ciel change. » De fait, c’est annoncé, dès ce midi les conditions vont progressivement devenir plus agréables et plus maniables. Le vent, véritable alizé en bordure sud d’un anticyclone vieillissant, va faiblir autour de 20 nœuds et la mer s’aplanir au fur et à mesure du gain vers les Antilles. Reste qu’il faudra alors jouer entre les grains. De quoi conserver du piment à cette course qui n’en manque pas.

Ils ont dit :

Erwan Tabarly (Nacarat) : « Hier, j’ai mis le spi à midi et je suis resté à la barre 15 heures. J’ai affalé vers 3h du matin. C’était vraiment chaud, donc je suis un peu fatigué. Ces dernières heures, j’ai eu trois gros grains. Le bateau commençait à planter… J’ai dû partir en vrac au moins une dizaine de fois et me retrouver couché. A chaque fois, le fait de remettre le bateau à l’endroit prenait de l’énergie. J’ai donc dit stop ! A présent, je navigue sans le spi, c’est presque les vacances ! Il y a eu beaucoup de mer en fin de journée. Bizarrement plus de mer que de vent. Ce dernier est rentré avec les grains. Ce qui va se compliquer, c’est ce qui va se passer jusqu’à midi… Est-ce-que je dors ? Est-ce-que je remets le spi ? C’est difficile de savoir comment toiler le bateau. Le vent tourne. Il est instable aussi en force. Ca va être sport jusqu’à la mi-journée. Pour la suite, je n’ai pas encore trop regardé les fichiers. Ca devrait diminuer progressivement. Il y aura moins de questions à se poser car ce sera plus facile. Je pourrai reprendre un rythme convenable entre le sommeil et les repas. »

Fabien Delahaye (Port de Caen – Ouistreham) : « Actuellement, j’ai encore 34 nœuds de vent dans les claques. Le vent moyen a plutôt faibli mais il reste quand même de grosses rentrées d’air… Je m’attendais à perdre plus de terrain sur les copains. J’ai dormi toute la nuit. En tous les cas, tout est près à envoyer. Ca ne devrait pas tarder. Ca rentre par gros nuages, le ciel change. Au nord, on doit avoir plus de vent que Nacarat mais ce n’est pas tant le vent qui m’empêche d’envoyer le grand spi, c’est plus la mer qui lèvent le bateau de travers. Il faut que j’attende que ça s’organise un peu, mais c’est sport. Stratégiquement, il y va y avoir des choses à faire dans les prochaine 24 heures. En ce moment, c’est de la conduite mais je suis un peu handicapé par le fait de ne pas pouvoir mettre mon petit spi. Le vent va tourner. Il va bien falloir caler un empannage direction Fort-de-France. En tous les cas, je suis bien reposé car je n’ai pas touché à la barre depuis 24 heures. C’est tant mieux pour la suite. Il va y avoir des grains et des oscillations du vent en fonction du moment de la journée… Il y aura des opportunités pour revenir… ou perdre du terrain ! »