Encore un pur Horn, toujours un « cap dur »…

– Renault ZE attendu à partir de 18h30 au cap Horn
– Le « cap dur » dans la tempête
– Bataille stratégique dans les eaux de l’Atlantique

 

Au 66e jour de course, cinq équipages de la Barcelona World Race continuent leur face à face avec un Pacifique survolté au passage d’une dépression dans la plus pure tradition de ces latitudes hostiles. A 60 milles du rocher noir, Renault ZE doit en finir avec cet océan à partir de 18h30 (HF) ce lundi. Dans leur sillage, les tandems en lice, et en ordre de marche, pour les honneurs prochains du rocher mythique connaissent une progression plus chaotique sur une mer démontée. En Atlantique, changement de décor : place à un anticyclone qui n’a pas fini de préserver le suspense sur la route du retour. Au dernier pointage, 220 milles séparent Virbac-Paprec 3 et MAPFRE, qui progresse cet après-midi comme un avion…

« Le Pacifique ne pouvait pas nous laisser le quitter sans nous présenter sa nouvelle collection automne de tempêtes australes : des grains tout neufs, bien virulents, une mer forte, mais pas trop longue avec quelques délicates déferlantes, une brise régulière de plus de 35 noeuds moyens et une lumière 2011 particulièrement blafarde.»Dans leur dernier message Kito de Pavant et Sébastien Audigane plantent, non sans humour, le décor qui entoure Groupe Bel en approche du cap Horn, le premier du co-skipper méditerranéen.

Au cœur de la tempête…

Sur cette édition de la Barcelona World Race, la chose est entendue : le cap Horn se mérite. Dans ce contexte, les équipages doivent redoubler de vigilance pour esquiver les coups et éviter les violentes et éprouvantes sorties de piste sur le croisement chaotique des trains de houle qui contrarie fortement les excès de vitesse. Pas étonnant donc que depuis quelques heures, la progression saccadée du petit groupe en approche du caillou noir connaisse des hauts et des bas au gré de coups de frein soudains et d’accélérations tout aussi sporadiques. Dans ce contexte, les estimations des heures des prochains passagessont à prendre avec des pincettes. Ce lundi après-midi, si Renault ZE semble en passe de bientôt dire «Adios » au grand désert liquide dans tous ses états, ses poursuivants n’ont pas encore fini d’en découdre avec les éléments en furie. A 15h30, Neutrogena pointe encore à 270 milles du rocher mythique, Groupe Bel à 380, Mirabaud à 405, et Estella Damm à 460. Pour ces huit marins, les eaux plus calmes de l’océan Atlantique vont se laisser encore désirer pendant plus ou moins 24 heures. Elles n’en auront que plus de saveur.

Dans les méandres de l’anticyclone

Aux avant-postes, le duel entre Virbac-Paprec 3 et MAPFRE se poursuit sur un air d’accordéon avec des écarts qui vont se réduire, puis se retendre à mesure que les deux bateaux vont progresser dans les méandres de l’anticyclone en poste au large des côtes argentines. A l’instar du duo Dick-Peyron, les deux complices du 60 pieds espagnol misent sur une route par l’Est – avec sans doute un soupçon d’Ouest quand même – histoire de rajouter un peu de suspense !

Comme on l’a vu dans le début de la traversée du Pacifique Sud, la paire olympique, qui profite de plus de pression plus en arrière de l’anticyclone, affiche une bien meilleure vitesse entre les deux derniers classements : plus de 19 nœuds contre près de 12 pour leurs prédécesseurs. Si l’histoire se répète, elle promet encore son lot de surprises et de rebondissements…

Classement du 7 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 5512,1 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 219,2 milles du leader

3 RENAULT ZE à 1435,2 milles

4 NEUTROGENA à 1640,2 milles

5 GROUPE BEL à 1752,2 milles

6 MIRABAUD à 1878,5 milles

7 ESTRELLA DAMM à 1934,3 milles

8 HUGO BOSS à 2471,5 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2721,6 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 4571,7 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 6038 milles

12 WE ARE WATER à 6038,2milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Ils ont dit

Pachi Rivero (ESP) Renault Z.E.:« Ça nous procure vraiment beaucoup de joie de passer troisièmes le Cap Horn, c’est un grand passage même si rien n’est encore fait ! Nous devrions le passer dans environ cinq heures. Nous aurons une bonne lumière, mais pas beaucoup de visibilité. Car on attend une journée de grosse tempête, où il devrait beaucoup pleuvoir. On fait les routages en attendant de voir comment sera la météo après le Cap Horn. On étudie les routes des deux premiers également. Nous laisserons les Malouines très certainement à bâbord. Ensuite on verra bien comment vont se placer l’anticyclone et les dépressions.

Le Pacifique aura été vraiment dur, heureusement que nous le laissons derrière nous. Rien n’aura été facile ! Passer le Horn, ce n’est pas signe d’arrivée, mais ça signifie quand même la sortie du Sud et des zones de grosses tempêtes. Et même si après on peut en rencontrer aussi, la terre est plus proche et ça change beaucoup la donne ! »

Boris Hermann (GER) Neutrogena :« Il y a beaucoup de vent. Nous allons vite. Hier nous avons eu jusqu’à 62 nœuds et quatre départs au tas. Je dirais qu’il y a eu environ 40 nœuds de moyenne hier et la rafale à 62 nœuds a duré près d’une minute. Elle a été suffisante pour nous faire partir au lof. C’était comme dans un shaker. Nous passons actuellement du 2e au 3e ris et du solent à la trinquette. Nous portons donc moins de toile et essayons d’être raisonnable avec le bateau et de ne pas partir dans des surfs déraisonnés dans cette mer très confuse. Il fait vraiment très froid. Vous le ressentez sur vos doigts. Lorsqu’il pleut, cela vous fait mal, car il fait très froid. C’est comme de la grêle. L’eau est froide elle aussi. 5,5 °C. Tout est froid ici. »

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3 :« Nous allons passer à l’Est de l’anticyclone, et le vent va diminuer, les bateaux vont se rapprocher et nous ne savons pas trop l’écart qu’il aura à la sortie de ces phénomènes, il va y avoir un effet d’élastique. De notre côté, c’est important de ne pas perdre le moral.

Dans la mesure où on nous suit, on est plutôt content. Ce n’est pas facile, car il y a toujours du pour et du contre. MAPFRE peut faire une variante dans l’option que nous avons prise et gagner du temps… Mais s’ils avaient pris une trajectoire opposée, nous aurions plus serré les fesses ! L’Atlantique Sud est, traditionnellement dans les remontées, un endroit où l’on peut revenir sur les autres. »