ENFIN LIBRE

Lundi 1er novembre 2010

Il n’en fait pas mystère ; ce départ de sa cinquième Route du Rhum, s’il s’est effectué dans des conditions météo parfaitement calmes et gérables pour les 85 solitaires en lice, aura pourtant été vecteur de stress pour un Francis Joyon soucieux de s’extraire de la zone de départ sans incident.

Les myriades de bateaux accompagnateurs et spectateurs qui ont accompagnés la descente au portant des voiliers entre la Pointe du Grouin et le cap Fréhel ont monopolisé l’attention et l’énergie du skipper d’IDEC, au point de faire momentanément passer au second plan la vitesse de son trimaran. Sorti sans encombre du grand embouteillage de Fréhel, le géant rouge s’est immédiatement remis dans le grand bain de la course. Un peu de « tricotage » en sortie de Manche, et Francis plongeait plein sud vers le cap Finisterre et le sud de cet anticyclone qui, barrant la route des concurrents, va constituer la première barrière de péage de cette 9ème édition de la Route du Rhum.

Veille et manoeuvres

« Je n’ai pas du tout dormi! » ; c’est pourtant d’une voix comme à l’accoutumé étonnamment calme et posée que Francis Joyon revenait ce matin sur ses premières heures de course. « Ce départ m’a stressé, et la peur de la collision a fait passer ma concentration aux réglages au second plan » avoue sans détour le skipper d’IDEC. Au contact de ses adversaires, il a dès le milieu de la Manche choisi de se recaler en vue du passage à Ouessant. « C’est là que j’ai perdu de vue Sidney Gavignet (Oman Air Majan), avec qui je régatais au contact. » Après ce petit contre bord à 90 degrés de la route, Francis, vigilant à l’important trafic des cargos, doublait Ouessant en milieu de nuit en compagnie cette fois de Yan Guichard (Gitana XI), qu’il doublait irrésistiblement sur une mer très levée et certainement plus facile à négocier pour le géant IDEC. L’entrée en Atlantique était marquée par la rentrée subite du vent d’ouest fort, accompagné « d’une houle si grosse que c’en est à peine croyable » dixit Francis Joyon! Le Maxi Trimaran IDEC a pourtant pu allonger sa foulée de géant et c’est avec beaucoup de lucidité que Joyon envisage désormais la suite des événements. Là encore, point de secret d’alcôve ; « Je vise le sud de l’anticyclone » explique t’il. Je veux conserver le plus longtemps possible un maximum de pression dans les voiles… » Des voiles que l’immense Francis, fidèle à sa réputation, n’économise guère ; « J’ai pris un ris au large d’Ouessant et je viens de le renvoyer ». Sous grand voile haute et solent, Francis s’attache comme aux plus belles heures de ses records planétaires, à tirer en permanence la quintessence de son « géant ». « Cela passe bien » décrit il en évoquant le passage des ses coques dans la houle, « la vitesse est irrégulière du fait de l’état de la mer, mais je suis en permanence au dessus de 22 noeuds. » 

A l’évidence, chacun des grands multicoques de cette classe Ultime gère avec le maximum d’efficacité les conditions rencontrées, avec le soucis naturel d’économiser les forces de leurs skippers. C’est pourtant bien au physique que les prochaines heures vont se jouer. Les solitaires seront dès la mi-journée appelés à se décider sur leur manière d’aborder l’anticyclone qui monte vers leurs étraves. Changements de voiles, renvoi ou réduction de voilures, voire petits contre bords tactiques sont au programme ; de vrais travaux d’Hercule à bord des géants des mers…