Enorme… »Hornesque » !

– Virbac-Paprec 3 à 385 milles du cap Horn
– ETA Virbac-Paprec 3 et MAPFRE : demain 11h (HF) et 15h
– Une succession de dépressions malmène l’ensemble de la flotte
– Un Pacifique d’écart entre Virbac-Paprec 3 et We are Water
Le Pacifique Sud a déterré sa hache de guerre. Aux quatre coins de la flotte de la Barcelona World Race, les équipages essuient, ou sont sur le point d’affronter, des conditions très musclées générées au passage d’un train dépressionnaire. Pour les duos de leaders, les derniers milles vers le rocher mythique s’annoncent de haute volée dans des vents et sur une mer qui font la légende de cette sentinelle aussi prestigieuse que redoutée. De quoi augurer un 62e jour de course riche en émotions fortes avec le « Horn » annoncé de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, suivis de près par les pirates espagnols, Iker Martinez et Xabi Fernandez….

Bienvenue au pays de la compétition dans des conditions extrêmes. En ce début de mois de mars, tous les équipages sont logés à la même enseigne : celle du Grand Sud qui montre ses dents et sort ses vents violents.

De l’entrée à la sortie du Pacifique Sud

Même la mer de Tasmanie, dans les quartiers occidentaux du Pacifique, se montre d’une redoutable et tempétueuse humeur. Les derniers équipages ne sont pas épargnés au large de la Nouvelle-Zélande. Central Lechera Asturiana a démâté hier en début de soirée sur une mer très croisée, levée par un violent et mauvais coup de vent. Quelques heures plus tôt, We Are Water, la lanterne rouge de la flotte, subissait les foudres d’une vague énorme. Ces deux équipages espagnols font néanmoins contre mauvaise fortune grand cœur. D’un bord à l’autre, ils manifestent l’intention de continuer vaille que vaille ce marathon planétaire, qui n’a plus à faire la preuve de son niveau d’exigence. Au dernier classement, We Are Water, 12e et dernier concurrent pointe au large du cap Farewell en approche du détroit de Cook. Près de 5 000 milles plus loin (9 260 km), Virbac-Paprec 3 cavale à 18 -19 nœuds vers la sortie du désert liquide. Un océan, le plus vaste, les sépare. D’un côté comme de l’autre, il montre son plus hostile visage.

Un mouchoir de 40 milles dans 30-35 nœuds établis

Les récits du jour ne trompent personne. La voix fatiguée, les navigateurs témoignent des conditions éprouvantes, qui les obligent à faire profil bas pour ne pas risquer le diable d’une avarie sur la route du Horn. A bord de Neutrogena, Boris Hermann et Ryan Breymaier confient redoubler de vigilance, réduire la toile de leur monture qui s’emballe dans des surfs à plus de 30 nœuds. Même son de cloche à bord de Renault ZE, où Pachi Rivero et Tonio Piris expliquent, dans la pénombre de leur cabine de carbone, doser entre vitesse et sécurité pour défendre leur place dans ces conditions hostiles. 40 milles séparent les voiles de ces deux 60 pieds dans lesquelles souffle, cet après-midi, un flux de sud-ouest de 30-35 nœuds établis.

La course contre « Atu »

Pour les leaders, le rythme s’accélère encore avec la perspective de bientôt laisser bientôt ce Pacifique Sud dans les tableaux arrières. S’ils progressent cet après-midi dans 20-25 nœuds de nord-ouest, les prochaines heures s’annoncent sous très haute tension pour les deux équipages de tête. La faute à « Atu ». Le plus fidèle des systèmes dépressionnaires de la course ne cesse en effet d’imprimer sa marque sur les eaux qui mènent au Horn. Cette tempête se déplace très vite d’ouest en est : des quartiers où progresse aujourd’hui le milieu de flotte, vers le sud de la Terre de Feu où elle est attendue demain soir. Pour Virbac-Paprec 3 et MAPFRE, il s’agit donc de cravacher pour éviter le pire et se positionner en avant sur la bordure supérieure de ce vaste système. Quoi qu’il en soit, « Atu » annonce la couleur. Ce sera typique et local. 50 nœuds de nord, des vagues énormes : le garde-frontière à l’entrée de l’Atlantique ne fera certainement pas mentir sa réputation avec les passages de Virbac-Paprec 3 et MAPFRE annoncés dans des conditions… « hornesques ».

Classement du 2 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 7274,4 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 80,6 milles du leader

3 RENAULT ZE à 1374 milles

4 NEUTROGENA à 1415,4 milles

5 MIRABAUD à 1609,1 milles

6 GROUPE BEL à 1901,6 milles

7 ESTELLA DAMM à 1967,5 milles

8 HUGO BOSS à 2340,8 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2543,9 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 4276 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 4408,4 milles

12 WE ARE WATER à 4965 milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Ils ont dit

Boris Hermann, Neutrogena :« On a la philosophie de préserver un peu le bateau. On a du vent de 30-40 nœuds et on se dit que c’est peut-être la dernière fois que l’on a autant de vent donc ça serait un peu bête de prendre le risque de casser quelque chose maintenant, à la fin du Sud. Nous avons une mer croisée, une houle de travers et ce n’est pas facile de faire avancer le bateau dans des conditions comme ça : c’est un peu brutal ! Nous avons fait d’énormes surfs parfois sur les vagues : plus de 30 nœuds ! »

Sébastien Audigane, Groupe Bel :« Nous avons un bon flux de portant 25-27 nœuds, ça avance bien sur Groupe Bel.Là, nous avons 25 nœuds de vent et la mer s’est arrangée. Il commence à faire froid, on met les capuches ! On est bien content d’être au portant, car ça faisait un petit moment qu’on attendait ça et Groupe Bel accélère bien depuis 24h, ça fait bien plaisir d’aller vite ! Nous avons plus d’avance sur Estrella Damm depuis quelques jours, effectivement, on espère creuser sur eux et revenir sur le peloton devant nous : avec Dominique Wavre notamment puis Neutrogena et Renault ZE qui sont un peu plus loin. »

Pachi Rivero (ESP), Renault ZE :« Pour moi, le Horn c’est Le Cap, le père de tous les caps, la sortie du Sud. C’est important de bien sortir du Sud, frais et dispo pour remonter à la maison. Nous nous sentons impliqués dans le démâtage de Central Lechera Astutiana. Personne ne mérite cela, surtout pas eux après tous leurs efforts, car ils sont revenus de loin après leur arrêt au Cap. Nous sommes très proches de Juan et Fran et nous avons beaucoup de peine pour eux. »

Jaume Mumbru (ESP), We Are Water :« L’incident s’est produit en quelques secondes. Le bateau est littéralement tombé dans un trou. Nous marchions à 18 nœuds et en un instant nous nous sommes retrouvés à 0 nœud et le bateau est parti au lof. La faible distance entre deux vagues et leur hauteur nous ont surpris. Le bateau accélérait beaucoup. L’eau est rentrée dans le cockpit. Sous sa pression, la bâche qui protège l’intérieur a cédé, et l’eau a inondé le carré et l’électronique. Nous nous sommes mis à la cape, comme l’avait fait Bernard Stamm lors de la Velux, avec trois ris dans la grand-voile et sans voile à l’avant. Nous avons pu ainsi stopper le bateau et vider l’intérieur puis sauver l’électronique. »