Fin d’d’hémoragie

Le temps qui défilait dans le mauvais sens semble achever : Groupama 3 a repris ses moyennes supersoniques qu’il devrait conserver pendant toute la traversée de l’océan Indien, si le front maintient son rythme vers l’Est. Orange 2 n’ayant pas été très véloce sur cette partie du Trophée Jules Verne, le retard de Franck Cammas et ses hommes diminue sensiblement…

L’inquiétude relative a fait place à un optimiste modéré… Comme quoi la vie en mer apporte aussi son lot de stress et de fluctuation du moral au gré des yo-yo barométriques. La situation de Groupama 3 n’était pas très favorable depuis près de 48 heures avec un front oscillant entre accélération et ralentissement, entraînant une succession de changements de route pour tenter de le percer. Vains essais, mais en retour une brise plus régulière s’est enfin installée avant une nouvelle bascule au Nord-Ouest…

« Il nous manque un peu de vent, mais nous avons bon espoir pour la nuit prochaine. Le bateau n’a pas été éprouvé malgré les conditions assez mouvementées d’hier, et l’équipage connaît bien la région ! Nous avons ce mercredi midi du vent de Sud modéré en étant en arrière du front, un front que nous n’arrivons pas à traverser. Nous avons dû empanner et au fur et à mesure que nous nous sommes éloignés du front, un vent de 14-15 noeuds nous fait progresser plein Est. Le front va normalement s’arrêter en soirée et nous devrions attraper enfin le vent de Nord-Ouest ! Nous allons retrouver les grandes vitesses en route vers le cap Leeuwin… » lançait Franck Cammas à la vacation radio de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama, en présence de Norbert Métairie maire de Lorient, et par téléphone, de Thierry Fouchier, équipier de BMW Oracle tout récent vainqueur de la 33ème Coupe de l’America et fidèle équipier de Franck sur Groupama 2 et sur Groupama 40 .

Le bon régime

Le vent va donc tourner dès jeudi matin au Nord-Ouest, une brise qui pourrait pousser Groupama 3 jusqu’à la sortie de l’océan Indien ! Mais comme le phénomène s’avère assez rapide, Franck Cammas et ses neuf équipiers vont devoir tenir des moyennes proches de 32 noeuds pendant plusieurs jours… L’écart par rapport au temps de référence qui avait frôlé les 400 milles mardi soir et mercredi matin, commence à nouveau à se rétrécir : Orange 2 n’avait pas été très rapide à ce point du Trophée Jules Verne, avec même une phase de transition très lente en ce seizième jour de mer…

« Les systèmes météo nous emmènent sur une trajectoire assez Nord, mais ce n’est pas si mal pour éviter les icebergs qui se situent du côté des Kerguelen. Nous n’avons pas pris le risque de plonger plus au Sud car on pouvait se retrouver avec une dépression sur notre bâbord (donc avec des vents contraires), et ça, ce n’est pas bon du tout ! Mais notre choix nous impose de maintenir des moyennes élevées pour rester dans ce bon régime. »

Et si la course au record est l’objectif essentiel de l’équipage de Groupama 3, la longueur du temps permet aussi de profiter de l’ambiance très particulière de l’océan Indien. Certes celui-ci offre parfois des paysages plombés par le brouillard, un ciel gris et pluvieux, par des nuits sans lune comme actuellement. Mais le Grand Sud a l’art de changer de visage très rapidement…

« Nous avons un peu de temps pour admirer le décor, avec des couleurs et des lumières qu’on ne trouve qu’ici ! Et le vol des albatros est vraiment majestueux… Ils sont impressionnants par leur envergure quand ils filent devant les étraves ! Il n’y a par contre pas beaucoup de mammifères marins, juste deux petits requins qui se sont pris dans le foil. Dans une houle de trois-quarts de face, nous ne sommes pas vraiment mouillés, mais il commence à faire plus froid avec le vent qui vient de l’Antarctique. Nous n’avons pas encore mis le chauffage à l’intérieur pour sécher nos vêtements… » 

Tableau de marche de Groupama 3
(départ le 31 janvier à 13h 55′ 53 » TU)

 

(Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne)

 Jour 1 (1er février 14h TU) : 500 milles (retard = 94 milles)
Jour 2 (2 février 14h TU) : 560 milles (avance = 3,5 milles)
Jour 3 (3 février 14h TU) : 535 milles (avance = 170 milles)
Jour 4 (4 février 14h TU) : 565 milles (avance = 245 milles)
Jour 5 (5 février 14h TU) : 656 milles (avance = 562 milles)
Jour 6 (6 février 14h TU) : 456 milles (avance = 620 milles)
Jour 7 (7 février 14h TU) : 430 milles (avance = 539 milles)
Jour 8 (8 février 14h TU) : 305 milles (avance = 456 milles)
Jour 9 (9 février 14h TU) : 436 milles (avance = 393 milles)
Jour 10 (10 février 14h TU) : 355 milles (avance = 272 milles)
Jour 11 (11 février 14h TU) : 267 milles (retard = 30 milles)
Jour 12 (12 février 14h TU) : 274 milles (retard = 385 milles)
Jour 13 (13 février 14h TU) : 719 milles (retard = 347 milles)
Jour 14 (14 février 14h TU) : 680 milles (retard = 288 milles)
Jour 15 (15 février 14h TU) : 651 milles (retard = 203 milles)
Jour 16 (16 février 14h TU) : 322 milles (retard = 375 milles)
Jour 17 (17 février 14h TU) : 425 milles (retard = 338 milles)

Record WSSRC de la traversée de l’océan Indien (du cap des Aiguilles au Sud de la Tasmanie)
– Orange 2 (2005) : 9j 11h 04′

Temps de référence du cap des Aiguilles au cap Leeuwin
-Orange 2 (2005) : 7j 05h 35′

 L’équipage et l’organisation à bord de Groupama 3 

  • Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
  • Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
  • Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
  • Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
  • Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total

• Chaque quart dure trois heures sauf entre 12 et 18 heures TU ou ils ne durent que 2 heures.

 Le record à battre

Détenu depuis 2005 par Bruno Peyron sur Orange 2 en 50 jours 16 heures 20 minutes à 17,89 noeuds de moyenne. Étaient à bord : Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.