Finir

 

Virbac-Paprec 3, à 796 milles de l’arrivée, a rasé les plages marocaines
Grosse fatigue à bord de MAPFRE
We are Water en escale technique à Ushuaia

 

A mesure qu’ils s’approchent du terme de leur voyage, les marins de la Barcelona World Race s’impatientent. Pour Virbac-Paprec 3 et MAPFRE, l’arrivée n’est plus qu’une question de jours. En fin de week-end pour Jean-Pierre et Loïck ; en début de semaine prochaine pour Iker et Xabi. D’ici là, il faudra ronger son frein face au vent.

 

Finir. Ils ne pensent qu’à ça. L’imminence de la ligne d’arrivée et de la délivrance fait retomber sur les marins tout le poids d’une fatigue accumulée après 89 jours de course. Comme une sorte de décompression avant l’heure. Est-ce l’envie de toucher terre qui a poussé Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron à raser les côtes marocaines, virant dans 10 mètres de fond, à 800 mètres de la plage ? Pas vraiment. Il n’empêche que les leaders incontestés de cette Barcelona World Race ont très envie d’en finir avec cet interminable navigation au près. Depuis hier, ils se font secouer au large de l’Afrique, dans un vent de 30 nœuds et une mer cassante. La peur de l’avarie, celle qui réduirait à néant tous les efforts consentis depuis 3 mois, est omniprésente. De fait, seule une casse pourrait faire redescendre Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron d’un piédestal brillamment conquis. Dixit leur plus fidèle rival Iker Martinez.

Des dauphins éreintés

Pendant la visio-conférence du jour, le co-skipper de MAPFRE a rendu hommage à son adversaire tricolore et raconté ses déboires de la veille au moment de traverser l’archipel des Canaries, entre La Palma et Tenerife. Enrouleur de solent cassé, tentative de réparation sous le vent de La Palma, le vent et la mer qui rentrent brutalement, l’obligation de réduire la toile précipitamment, de virer de bord plusieurs fois. Au total : 4 heures de galère et beaucoup d’énergie perdue, alors que l’option semblait prometteuse. Sur les images du bord, le champion de 49er avait le visage groggy de fatigue. « Physiquement, c’est très dur » reconnaît-il. D’autant plus dur que les deux navigateurs basques ne mangent pas à leur faim depuis au moins 15 jours : une partie de leurs rations lyophilisées est vérolée et ils sont obligés de se rationner. Dans ce contexte, Iker avoue que même une seconde place à Barcelone serait vécue comme une victoire. Aujourd’hui, ils n’ont qu’une hâte : arriver.

Virbac-Paprec 3 est attendu à Gibraltar dans la nuit du 31 mars au 1er avril. MAPFRE devrait faire son entrée en Méditerranée avec une journée et demi de retard… Jusqu’aux dernières longueurs vers les côtes catalanes, tout se jouera au près.

Tactique en atlantique

Derrière, bien plus à l’ouest, ça se bouscule au portillon pour la 3e place entre trois bateaux compris en 171 milles. L’anticyclone des Açores ne fait plus le blocus, il se décale lentement vers le nord-est avant d’être remplacé par une nouvelle très vaste zone de haute pression. Entre les deux : un front et ses vents de sud-ouest. Cette nouvelle donne météorologie a dicté la stratégie de Renault Z.E qui s’est laissé glisser au reaching vers le large pour aller chercher ces vents portants. Cet itinéraire l’oblige à rallonger la route par rapport à l’objectif de Gibraltar, avec le risque de buter dans les vents mous de la dorsale. Cet après-midi, en se rapprochant des hautes pressions, Pachi Rivero et Antonio Piris commençaient déjà à ralentir (10 nœuds contre 14,5 ce matin). L’occasion rêvée pour Estrella Damm de revenir au contact de ses compatriotes. La situation est un peu différente pour Neutrogena, obligé de serrer le vent pour ne pas solliciter trop le bateau (impossible de basculer complètement la quille). Du coup, Boris Hermann et Hermann Breymaier se sont décalés au vent et ne naviguent plus vraiment dans le même système que leurs deux prédécesseurs.

Derrière, Gaes Centros Auditivos, Hugo Boss et FMC progressent chacun à leur rythme dans leur hémisphère respectif.

Bricole en Patagonie

Deux équipages sont actuellement à l’arrêt : Central Lechera Asturiana à Wellington et We are Water à Ushuaia. Jaume Mumbru et Cali Sanmarti sont arrivés hier après-midi en Patagonie. Depuis, les réparations sur la bôme ont avancé, sous la houlette de Stan, leur responsable technique. La bôme a été manchonnée de l’intérieur et un travail de stratification est en cours. D’après les règles de course, ils sont autorisés à quitter leur mouillage le 31 mars à 15h55 TU. Mais il n’est pas certain que l’équipage soit prêt techniquement à cette heure précise.

Classement du 30 mars à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 796,4 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 311,6 milles

3 RENAULT Z.E à 1142,3 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1289,1 milles

5 NEUTROGENA à 1313,8 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1905,4 milles

7 HUGO BOSS à 3326,7 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 3802,1 milles

9 WE ARE WATER à 6060,8 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10753,9 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Iker Martinez (ESP), MAPFRE :« Nous sommes très fatigués. Physiquement c’est très dur. C’est un ultramarathon, une épreuve très longue. La question de la nourriture se pose… Nous avons très faim. Nous avions imaginé cette situation. C’est pourquoi nous avons régulièrement mis de la nourriture de côté pour le jour où nous aurions faim. Et c’est aujourd’hui. Heureusement que nous avons été prévoyants. La situation n’est pas celle que nous aurions voulue au départ, mais, pour l’heure, la nourriture est l’une de nos plus grandes préoccupations ».

A propos de leur préparation physique avant la course : « Ça fait plus de 10 ans que nous faisons de la préparation physique spécifique. Nous nous sommes très bien préparés avec beaucoup de travail aérobie. Nous avons fait les J.O en Chine il y a moins de deux ans et l’entraînement était vraiment important. Nous faisions des sessions avec des journées à 180 km de vélo, en plus de la course à pied. Des choses assez physiques et sportives. Nous avons bien géré jusque-là. Nous sommes fatigués, mais nous sommes un des équipages qui a poussé le plus. Si nous en sommes là, ce n’est pas par notre expérience : nous avons beaucoup plus poussé et barré le bateau et nous nous sommes donnés dans notre navigation ! »