Finisterre, le moulin à vent espagnol

Raser les côtes de Galice pour bénéficier de l’accélération du vent ? Garder un peu de gras au large pour éviter de se trouver aux prises avec une mer souvent forte et désordonnée entre les caps Villano et Finisterre ? Privilégier une route proche de l’orthodromie de manière à faire le moins de route possible vers les Açores ? Chacun de ces choix a sa cohérence et les solitaires en route vers Horta ne disposent plus des logiciels de routage qui pourraient les conforter dans leur option…

  

C’est une des spécificités du circuit des Minis 6,50. Une fois seuls en mer, les concurrents n’ont plus droit à d’autres contacts avec la terre que les bulletins météorologiques envoyés par l’organisation ou ceux captés sur Radio France International via la BLU. Leur lien avec l’organisation passe le plus souvent par les bateaux accompagnateurs qui, tels les chiens de berger, encadrent la transhumance vers les estives des îles portugaises. Plus question de routages qui tournent sur les ordinateurs de bords, d’échanges par mail avec des routeurs à l’affut de la moindre évolution des météores. Il s’agit de faire avec les moyens du bord. Du même coup, le baromètre reconquiert ses lettres de noblesse, les récits des anciens prennent une valeur nouvelle et l’observation du ciel associée à l’analyse des rotations des vents devient un exercice essentiel.

Pour l’heure, Jörg Riechers (Mare.de), Bertrand Delesne (Prati’Buches) et Nicolas Boidevezi (GDE) semblent tirer le mieux leur épingle du jeu en prototype, de même que Xavier Macaire (Starter) en série. Tous ont mis du sud dans leur route et semblent à la fois pouvoir profiter de la zone de renforcement des vents au large des côtes de Galice et anticiper déjà sur la route à venir vers les Açores. L’anticyclone s’affaisse petit à petit et plus on s’approchera de son centre, plus on risque de rencontrer des zones de calmes et de vents erratiques. Savoir jusqu’où il faut infléchir sa route, là encore, c’est une question de mesure. Rien n’est encore joué toutefois : à noter que l’écart latéral entre Sébastien Rogues (Eole Génération GDF Suez), le plus au nord, et Bertrand Delesne n’est que d’un peu plus de 40 milles, autant dire presque rien à l’échelle du parcours.  Actuellement les conditions de navigations semblent profiter aux plans Bertrand de Jörg Riechers et Nicolas Boidevezi qui affichaient tous les deux une moyenne proche des douze nœuds. Pour la cinquième place, la lutte est intense entre Vincent Barnaud (NorthStar), Andrea Caracci (Speedy Maltese) Sébastien Picault (Kickers) et Véronique Loisel (De l’espace pour la mer).

En série Xavier Macaire et Davy Beaudart (Innova Environnement) creusent régulièrement l’écart avec le reste de la flotte. Dans ces conditions les deux navigateurs semblent posséder le petit plus qui permet de grappiller des milles avec une constance désarmante. Reste à savoir ménager la monture et éviter des avaries qui pourraient se révéler handicapantes pour la suite.

En matière d’avarie, le plus pénalisé est actuellement sans conteste Thomas Normand (Financière de l’Echiquier), obligé de faire escale à La Corogne en raison de sa pile à combustible défaillante. Arrivé dans le port espagnol en milieu d’après-midi, Thomas attendait l’ouverture des magasins à l’issue de la sacro-sainte sieste espagnole pour acheter un groupe électrogène, le tester et repartir avant la nuit. Malgré cette escale forcée, le navigateur gardait bon moral : la route est encore longue jusqu’à Horta, sans compter l’étape retour. D’autres sont contraints de faire face à quelques menus bricoles : dérive bâbord abimée pour Sébastien Rogues, ballast qui fuit pour Paul Marette (Région Nord Pas de Calais) ou bien encore amarinage difficile pour Jean-Marc Allaire (Baker Tilly AG2R La Mondiale). Pas de soucis majeurs pour tous ces navigateurs, mais des petites contrariétés qui handicapent la performance. Rien de dramatique au regard du plaisir de glisser sous le soleil dans la bonne direction…