FONCIA mène le bal à un train d’enfer

 » Le fait d’avoir fait escale et de reprendre la tête maintenant, c’est incroyable « , confesse Michel Desjoyeaux au petit matin, après un quart de nuit musclé. Lancé à toute berzingue en direction de l’Ile de Gough, l’équipage de FONCIA a pris les commandes de la Barcelona World Race jeudi (hier) soir… un scénario presque idéal après leur arrêt technique au Brésil cinq jours plus tôt.

Le 15 janvier, Michel Desjoyeaux et François Gabart quittaient le port brésilien de Recife après 18 heures d’escale pour réparer la crash box de leur monocoque. Lorsqu’ils reprennent le fil de la compétition, leur handicap sur les nouveaux  » tauliers  » de la Barcelona World Race, les Espagnols Alex Pella et Pepe Ribes, se monte jusqu’à plus de 300 milles. Mais leur choix de rester à l’ouest et de prendre le grand virage extérieur pour contourner un anticyclone de Sainte Hélène totalement désorganisé, va bouleverser la donne. Déboulant au portant deux à trois fois plus vite que leurs adversaires orientaux, alors bloqués dans les petits airs (le décalage ouest-est atteint les 700 milles), ils finissent par prendre la tête de la course hier soir, une position qu’ils n’avaient plus occupée depuis le 8 janvier au large du Cap Vert…

Au turbin, sans relâche

Cette belle remontée est le fruit d’une stratégie évoquée par Michel et François dès le passage de l’équateur. Elle est aussi le résultat d’un travail d’équipe permanent sur le pont, à la barre, dans le choix des voiles et de configuration des appendices pour faire avancer le bateau au maximum de son potentiel, ce qui fait dire à Michel que tout bien réfléchi, le double est beaucoup plus fatiguant que le solo ! D’autant plus fatiguant que Virbac-Paprec 3 (affectueusement surnommé la Schtroumpfette) qui a connu les mêmes péripéties, a lui aussi réalisé un retour fulgurant au classement et projette à nouveau son ombre bleue sur le tableau arrière de FONCIA…

Par 38 degrés Sud, ces duellistes vivent en ce moment des heures mouvementées à l’avant d’une dépression, qui génère des vents de nord-nord-ouest de 25 à 35 nœuds et une mer difficile. Ces conditions musclées leur permettent de tenir des moyennes très élevées, supérieures à 20 nœuds et de cavaler vers le sud-est en direction de l’Ile de Gough.

Gough, la nouvelle star

Jusqu’à présent, ni le grand public ni les marins n’avaient jamais entendu parler de ce rocher volcanique de 65 km2 situé par 40 degrés sud, à mi-chemin entre les côtes argentines et celles de l’Afrique du Sud. Cette île britannique appartenant à l’archipel de Tristan da Cunha était donc totalement inconnue jusqu’à ce que la Direction de Course ne la transforme, le 11 janvier dernier, en marque de parcours à laisser à tribord. Une précaution pour éviter les glaces dérivantes. Depuis, l’Ile de Gough est devenue l’objet de toutes les attentions, le nouvel objectif pour la flotte entière qui devra passer en son nord. Pour y parvenir, l’équipage de FONCIA va vivre encore quelques quarts intenses. Les cadences, supérieures à 400 milles en 24h, seront encore très rapides pendant les deux prochains jours, avec un vent qui basculera du nord-ouest au sud-ouest au passage de la dépression. Ensuite, des conditions plus molles et instables sont à prévoir. Seront-elles assez favorables pour que François Gabart ait la chance de faire sa première entrée dans les Quarantièmes Rugissants en pôle position ? Réponse d’ici peu…

Le classement du 21 janvier à 15hFRA :

1. Michel Desjoyeaux – Francois Gabart / FONCIA à 20057,1 milles de l’arrivée

2. Jean Pierre Dick – Loick Peyron / VIRBAC-PAPREC 3 à 49,3 milles des leaders

3. Alex Pella – Pepe Ribes / ESTRELLA DAMM à 130,4 milles

4. Kito de Pavant – Seb Audigane / GROUPE BEL à 164 milles

5. Iker Martinez – Xabi Fernandez / MAPFRE à 198,2 milles

6. Dominique Wavre – Michele Paret / MIRABAUD à 234,6 milles

7. Pachi Rivero – Antonio Piris / RENAULT Z.E à 283,3 milles

8. Boris Herrmann – Ryan Breymaier / NEUTROGENA à 296,9 milles

9. Dee Caffari – Anna Corbella / GAES CENTROS AUDITIVO à 350,6 milles

10. Wouter Verbraak – Andy Meiklejohn / HUGO BOSS à 430,7 milles

11. Juan Merediz – Fran Palacio / CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 451,8 milles

12. Jaume Mumbru – Cali Sanmarti / WE ARE WATER à 499,3 milles

13. Gerard Marin – Ludovic Aglaor / FMC à 633,5 milles

Abd Jean le Cam – Bruno Garcia / PRESIDENT

Ils ont dit :

Michel joint au téléphone ce matin

A propos de l’option payante :  » Certains peuvent penser que c’est parce qu’on s’est arrêté au Brésil que nous avons pris cette option-là. Mais elle était déjà décidée quand nous avons passé l’équateur. On n’a pas attendu d’être dans les alizés de Sainte Hélène pour se dire qu’il y avait de fortes chances pour que cela passe à droite. Sainte Hélène n’était pas une cellule anticyclonique bien organisée, c’était un bazar sans vent, sans gradient, et passer à travers était dangereux.  »

A propos du double, parfois plus dur que le solitaire :  » Avec François, nous faisons du bon boulot, on est à peu près d’accord tout le temps. Parfois, je m’énerve tout seul mais jamais contre mon camarade. Alors se retrouver en tête …En même temps, c’est un peu pour ça qu’on bosse. En double, je pensais que ce serait peut-être plus facile qu’en solo, qu’on aurait un peu plus de temps pour nous. Et ben pas du tout. On est au turbin tout le temps et encore ça ne suffit pas toujours, car les autres équipages ne chôment pas non plus. Tu es toujours obligé de mettre du charbon en permanence, donc c’est dur. On a notre schtroumpfette qui nous donne un peu de fil à retordre mais c’est bien, ça motive « .

La bourde de la semaine

 » Je la prends pour moi ! Peu après notre départ de Recife, avant qu’on ne parte définitivement sur l’option sud, j’ai hésité et on a mis pendant trois heures le cap vers le sud-est, ne sachant pas bien si c’était la bonne option. Mais la réception des derniers fichiers de vent nous a confirmé que ça passait bien par en dessous. Pendant trois heures, il y a eu un peu d’hésitation et de tension…  »

La réussite de la semaine

 » C’est la vie de tous les jours. La bonne entente avec François. Tout s’enchaîne plutôt bien. On est dans le rythme, on se bat pour être là où nous sommes, tout en continuant à bien se marrer « .