FRANCIS JOYON AU COMBAT

 
Mercredi 4 novembre 2009

Il le répète à l’envi ; le skipper d’IDEC Francis Joyon n’aime pas la pétole, le petit temps, l’absence de vent. Voir son beau trimaran subir l’assaut des vagues, sans disposer de suffisamment de pression dans ses immenses voiles pour, d’un battement de flotteur, décoller des flots et surfer sur la houle, est pour lui une douleur, une ignominie. C’est pourtant le régime que l’indiscipline d’un anticyclone lui a toute la journée d’hier mardi infligé, chahutant son gréement, battant ses coques, et n’inscrivant que de maigres mesures à un chiffre au speedomètre du Géant IDEC. Si les données de la problématique Mauricienne ont en ce jour quelque peu changé, avec l’arrivée d’un flux de Nord Est en plein renforcement, Joyon n’a guère progressé dans l’analyse de la complexe situation qui lui barre pour l’heure la route vers les souriants horizons Africains. Une large zone de hautes pressions centrée en son Sud Est, génère de forts flux de Nord Nord Est pile dans l’axe de sa route. Francis, qui a franchi la nuit dernière en son 18ème jour de course la longitude du cap de Bonne Espérance, à 03h 24min (heure française), soit 17 jours 14 heures 34 minutes après son départ de Port Louis (Bretagne), poursuit ainsi une trajectoire digne d’un tour du monde, cap au Sud Est, au coeur des quarantièmes, vers les immensités désolées du Grand Sud, et ces îles du Prince Edward qu’en bon défricheur d’océan, il se réjouit, en son malheur, d’espérer apercevoir.

Un « way Point » nommé Edward…
Les îles du Prince Edward sont deux petits îlots situés dans la partie sub-antartique de l’océan Indien et qu’administre l’Afrique du Sud. Elles sont constituées d’un premier îlot dénommé Prince Edward Island, et d’une plus grande entité, l’île Marion où demeurent quelques scientifiques d’une station de recherche météorologique et biologique. Situées par 46 degrés de latitude Sud et 37 degrés de longitude Est, elles figurent dans notre communiqué du jour, pour la simple et bonne raison qu’elles pourraient, au train et à l’allure que prend la course de Joyon, bientôt apparaître en vue des étraves d’IDEC. Nous n’en sommes pas encore là, et le grand trimaran rouge vient seulement de franchir la longitude du cap de Bonne Espérance, prélude à l’entrée, effective depuis la mi-journée, dans l’océan Indien. Un Indien que Francis espérait remonter au plus près des côtes orientales Africaines, mais qu’un fort vent de secteur Nord Est, soit exactement sur sa route, oblige à explorer de plus en plus à l’Est et de plus en plus au Sud. Et ces îles du bout du monde, de constituer une sorte de « way point », point GPS ciblé par Joyon et à atteindre pour toucher une bascule au Nord Ouest, certes peu propice à la longue glisse de portant, mais qui verrait le grand trimaran ouvrir ses voiles et pointer ses étraves vers le nord et le continent Africain.

Au près sur une mer croisée…
Dans cette attente, et en ce 19ème jour d’aventure solitaire, IDEC et son diable de pilote serrent les dents. La mer s’est fait méchante, avec cette double houle croisée en provenance qui de l’Ouest, qui du Nord Est, au bon vouloir des systèmes météo qui s’entrechoquent avec allégresse dans ces immensités Australes. S’il n’aime guère l’allure du moment, IDEC n’en laisse rien paraître, et il maintient face au vent ses 18 noeuds, une vitesse qu’envierait nombre de navires performants au portant. Reposé, vigilant aux réglages et à ne laisser traîner nulle bricole susceptible de gêner un tant soit peu la marche de son voilier, Francis se sait plongé au coeur de la grande incertitude de son nouveau pari vers l’île Maurice. « Les facteurs météo que nous rencontrons sont un peu inhabituels pour la saison » avoue t’il. « Mais ils font partie de cette route méconnue et je m’efforce de m’adapter aux circonstances. » Un vrai challenge attend ce marin hors norme avec plus de 2 000 milles encore à parcourir aux allures au plus près du vent. 30 à 35 noeuds sont attendus demain, des valeurs que les marins en ce parcours se réjouissent à recevoir par l’arrière du bateau, et que Francis et IDEC affronteront bille en tête, afin de continuer à gagner toujours et encore dans l’est, au coeur du pays des albatros.

Repères :
La Mauricienne, record en solitaire France-Ile Maurice
Départ : Port Louis (Bretagne)
Arrivée : Port Louis (Ile Maurice)
Distance orthodromique : 8 000 milles