Francis Joyon: « LES JOURNEES LES PLUS LENTES DE MA CARRIERE »

D’une voix comme à l’accoutumée étonnamment posée, calme, doucereuse presque, Francis Joyon se laissait volontiers aller ce matin à un petit aveu, qui en dit long sur le sombre week-end cauchemardesque enduré par le skipper d’IDEC ; « Ce sont les deux journées les plus lentes de ma vie en multicoque de course, je crois… » Pris au coeur de l’anticyclone qui barre son chemin vers l’île Maurice, Francis a en effet vu durant de longues heures le centre déventé du système accompagner sa tentative d’évasion vers le nord, et lui imposer un train misérablement léthargique. « Une journée à oublier », durant laquelle le trimaran géant, grand croqueur d’océan, n’aura guère parcouru plus d’une soixantaine de milles. « J’avais connu une journée quasi similaire lors de mon premier tour du monde à bord d’IDEC 1 » confessait-il, « mais deux longues journées sans pression dans les voiles, et sur une forte houle, jamais. »

Jeudi à l’île Maurice… dans le meilleur des cas
Un peu stressé par l’impitoyable égrainage du temps, Francis s’est démené avec l’énergie que lui seul sait déployer sur le pont d’un multicoque, pour secouer l’inertie de son maxi-trimaran et tenter de maintenir un semblant de mouvement. « J’avais envisagé une arrivée en ce tout début de semaine » explique-t’il, « en me basant sur l’observation statistique de la météo du secteur sur les 10 dernières années. Je dois constater que je suis arrivé au plus mauvais moment, dans une année exceptionnelle puisque cet anticyclone s’est développé en plein sur ma route à une latitude inhabituelle. » En permanence à 100% du potentiel du bateau, Francis Joyon envisage toujours une arrivée jeudi prochain. Une vingtaine d’heures de navigation favorable, en route directe au portant dans un régime de sud-est va lui permettre de grimper vers de plus hospitalières latitudes. Mais l’atterrissage sur l’île Maurice peut encore lui réserver quelques désagréments, avec le développement d’une dépression « sur laquelle il va me falloir rebondir ». Le « tricotage » entre zones de calme et centre dépressionnaire continue, alors que le grand trimaran rouge a déjà parcouru plus de 9 000 milles. Il s’agit toujours et encore pour Francis de se faufiler dans les rares petits « trous de souris » favorables essaimés dans l’océan Indien.

Une météo très… tranchée
« Au dessous du 40ème parallèle, j’ai eu vraiment froid. Il me fallait garder cirés et 3 à 4 couches de polaire. » Fidèle à la philosophie « minimaliste » qui a présidé à la conception de son trimaran, Francis navigue toujours sans chauffage, et les heures passées à toute petite vitesse sous de telles latitudes n’en ont été que plus pénibles. « Très rapidement, au dessus de 40° sud, la température est remontée et est à présent tout à fait supportable ». Les tribulations de sa course sont aussi fortement adoucies par l’extraordinaire spectacle que la nature réserve en ces régions inhospitalières aux téméraires venus les découvrir, et Francis de s’extasier sur les lumières du sud, ces levers de lune à nul autre pareil. Propulsé par un léger vent de secteur est sud-est, il a calé son trimaran cap au nord, optimisant franchement sa route afin de réduire significativement la distance qui le sépare de son but. Une stratégie de course des plus paisible qui va lui permettre enfin, de grappiller quelque repos.

Repères :
La Mauricienne, record en solitaire France-Ile Maurice
Départ : Port Louis (Bretagne)
Arrivée : Port Louis (Ile Maurice)
Distance orthodromique : 8 000 milles

Retrouver l’interview de Francis Joyon, lundi 9 novembre, en cliquant sur le lien suivant : http://www.trimaran-idec.com/multimedia_audios.asp