FRANCIS JOYON : « MON PLACEMENT EST STRATEGIQUEMENT INTERESSANT »

Francis Joyon poursuit avec application son combat face à l’anticyclone des Açores, vaste zone de hautes pressions qui remontent doucement au large du Portugal vers le golfe de Gascogne, en glissant pernicieusement vers l’Est. Franck Cammas, remarquable leader de la flotte, tire aujourd’hui tous les bénéfices d’une descente ultra rapide favorisée par la puissance de son trimaran géant en travers du golfe de Gascogne. Le Maxi Trimaran IDEC, moins large et moins toilé, n’a pu profiter au large du cap Finisterre des mêmes vents qui ont propulsé Groupama 3 jusqu’à la latitude de Gibraltar. Par le travers du cap Saint Vincent, Francis Joyon doit multiplier les petits contre-bords au vent arrière, pour échapper aux tentacules de l’anticyclone, prêt à le happer dans ses calmes. 

« Entre l’option Nord, celle suivie par le trimaran Oman Air Majan de Sidney Gavignet, et la route Sud suivie avec succès par Franck Cammas sur le plus grand voilier de toute la flotte, le Maxi trimaran Groupama 3, toutes les analyses aboutissaient à un « status quo » constate froidement Jean-Yves Bernot, navigateur, routeur et conseiller météo de Francis Joyon depuis de nombreuses années. « Ce constat nous a naturellement incité à choisir la voie la plus confortable, celle du portant dans des conditions climatiques clémentes. » C’est ainsi que le Maxi Trimaran IDEC, une fois passée la pointe de Bretagne, s’est résolument dirigé vers le cap Finisterre et la côte occidentale de l’Espagne, délaissant la route Nord, certes plus courte, mais face au vent. Plus puissant, car plus large, et ainsi capable de tenir la toile du temps, l’immense gennaker, le trimaran géant de Franck Cammas a effectué une traversée fulgurante du golfe de Gascogne, avec une trajectoire limpide au ras de la péninsule ibérique. « La poudre a parlé » affirmait ce matin Francis, « ce n’est pas un secret, la longueur à la flottaison (31,50 m pour Groupama 3 contre 29,70 m pour IDEC) fait la différence ». Et de rendre aussi hommage au marin Cammas, « capable de tirer le meilleur parti aussi longtemps de son bateau… ». ??

La problématique du jour est inchangée pour un Francis Joyon satisfait de sa position ; « Mon placement est stratégiquement intéressant » affirme t’il. L’important décalage Nord Sud avec Franck Cammas lui laisse encore, et en fonction du déplacement des hautes pressions, la possibilité de « couper le fromage » à tout moment, et de réduire la distance à parcourir. Il convient pour cela de rester ultra vigilant au baromètre, car cette stratégie impose de flirter au plus près des calmes. C’est ainsi qu’on observe depuis les cartes à terre le jeu des empannages qu’impose Francis à son Maxi Trimaran IDEC, afin de rester en permanence dans la bonne veine de vent, et de jouer le compromis cap-vitesse pour gagner dans l’Ouest.

Le Maxi-Trimaran IDEC est ce soir à l’affût, en parfait état de marche et ne demande qu’à accélérer dans l’alizé Portugais ; « L’apport des foïls installés cet été est significatif  » souligne à cet égard Joyon ; « Je ne les ai utilisé qu’à bon escient, soit un quart du temps depuis le départ, et j’ai à chaque fois bien ressenti le gain de vitesse. » La première phase de cette Route du Rhum, marquée par l’arbitrage impitoyable de l’anticyclone des Açores est loin d’être terminée. Ce n’est qu’une fois franchie le fameux archipel Atlantique que l’on mesurera véritablement les gains des uns et les pertes des autres. Restera alors pas moins d’un demi Atlantique à traverser, dans des conditions déjà annoncées comme confuses à souhait en l’absence d’alizés clairement établis.

Classement à 15h40 ce mardi 2 novembre

1 – Groupama / Franck Cammas
2 – Sodebo / Thomas Coville
3 – Oman Air Majan / Sidney Gavignet
4 – IDEC / Francis Joyon
5 – Gitana XI / Yann Guichard