Francisco Lobato (Roff) leader d’une flotte groupée

Les 24 premières heures de course dans cette Transat Bénodet – Martinique ont offert suffisamment de clémence aux solitaires pour leur permettre de prendre leurs marques. A bord des Figaro Bénéteau, la nuit s’est chargée de changer les dix-sept terriens d’hier matin, en marins plongés en pleine transatlantique, focalisés sur la conduite sous spi. A ce jeu là, Francisco Lobato (Roff) a confirmé d’entrée son statut de garçon à surveiller de près, s’emparant des commandes à 16 heures, devant Gildas Morvan (Cercle Vert) et Nicolas Lunven (Generali). Du Nord au Sud, au gré de légers décalages, chacun s’attache à caler son sillage et se prépare à négocier le premier obstacle : un coup de vent annoncé au large du Cap Finisterre.

 

Il est des transatlantiques en solitaire plus difficiles à aborder que d’autres. Il y a celles dont la première nuit vient saisir les marins à froid, avec une mer difficile, un ciel chargé et une navigation au près qui ne laisse que peu de temps pour s’acclimater. Puis il y a celles qui cueillent en douceur les solitaires qui s’y attachent. En la matière, avec une entame sous spi, des vents de 15 à 20 nœuds et de longues heures de glisse, la Transat Bénodet – Martinique a plutôt gâté ses dix-sept marins. Encouragé par un départ en fanfare, Gildas Morvan s’est un temps octroyé la tête de la flotte avec la ferme intention de la garder. Aguerri à l’exercice de la conduite sous spi et dur au mal et au sommeil, le Finistérien a fait jouer son statut de ténor. Totalement décomplexé face à son étiquette de nouveau venu dans la série, le Portugais Francisco Lobato prenait l’avantage à 16 heures en ce lundi, portant à la connaissance de chacun tout le bien qu’il faut penser de lui. Mais à ce stade de la partie, il n’est nul besoin de rappeler que tout est à faire et que les écarts sont infimes, en distance au but tout au moins. Ainsi, l’actuel leader doit-il pouvoir sentir l’odeur de la dinette du jour à bord des monotypes de ses poursuivants directs. Avec une quinzaine de milles d’écart entre le premier et le dernier, l’amateur Louis-Maurice Tannyères (ST Ericsson), l’heure n’est évidemment pas aux jugements définitifs sur les chances des uns et des autres. Tout juste faut-il quand même s’attarder sur les 17 milles qui séparent, en latéral, le solitaire le plus au Nord – Eric Baray (Ven Dan Vwel 972) – du plus sudiste, Eric Péron (Macif 2009)dont le décalage et le cavalier seul seront à osberver.

Le Cap Finisterre dans tous les esprits

Moins anecdotique que les classements du jour, c’est le proche avenir qui préoccupait ce midi les solitaires. Confrontés à un affaiblissement du vent pour quelques heures, tous savaient qu’un premier obstacle se présentait sur leur route. Au cœur, de toutes les conversations, le Cap Finisterre s’invitait ainsi dans les craintes d’un bord à l’autre. Actuellement soumis à un régime de Nord Ouest force 3, les concurrents devront, dans les prochaines heures, choisir le moment opportun pour déclencher un empannage avant de se voir soumis à des vents de Nord Nord Est, se renforçant à 6 beauforts au passage du Cap Finisterre. Autant dire que sur les premiers milles d’une transatlantique dont on sait qu’elle devrait se jouer en grande partie au portant, la préservation des spis sera de mise. Le moindre accroc, la plus petite faiblesse pouvant en effet compromettre sérieusement les chances de garder l’intégrité de ses armes pour la course de fond qui suivra. Attendu pour demain matin, la négociation de ce premier écueil prendra d’avantage les allures d’une phase attentive de pilotage que de stratégie pure et dure. Il n’empêche qu’elle creusera forcément un trou dans les réserves des marins qui s’accordaient tous à dire, à la mi-journée, que toute récupération, même précaire, était bonne à prendre afin de rester à l’affût au large de la péninsule ibérique. Autant dire que chacun devra avoir pris ses dispositions , pour une nuit passée à la barre, à surveiller un spi comme le lait sur le feu…