Gibraltar!

Le 3 janvier dernier, Virbac-Paprec 3 s’extirpait du détroit de Gibraltar et débutait sa descente de l’Atlantique Nord en tête de la Barcelona World Race. Le 31 mars, après 90 jours de mer, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron vont recroiser leur sillage, dans la même position de leader. Même si la ligne d’arrivée n‘est pas encore franchie, ceci est le résultat d’une navigation sans faille, pleine de maturité, à bord d’un bateau bien né.

« Cette fin de course c’est un peu le calvaire. Ça tape depuis trois jours sans discontinuer. Je crois qu’avec Loïck, on n’a jamais fait autant de près d’affilée de notre vie. Quand on va arriver, on aura été au louvoyage pendant 15 jours sans choquer la moindre écoute. C’est un peu douloureux, car ce ne sont pas des bateaux faits pour le portant » déplorait Jean-Pierre lors d’une visioconférence spéciale organisée à Paris dans les locaux du journal 20 Minutes.

Cet après-midi, Virbac-Paprec 3 tricotait toujours le long des plages africaines, en direction du Golfe de Cadix, entrée de l’entonnoir qui mène au détroit de Gibraltar.

Pas de coup de Trafalgar à l’horizon, mais une navigation éreintante. Le vent va souffler à plus de 30 nœuds dans ce goulet d’étrangement (28 km de large) enserré entre les côtes espagnoles et marocaines. Vent de face, courant contraire, mer abrupte et cargos : voilà le programme de la nuit prochaine.

Lundi matin à Barcelone ?

L’entrée en Méditerranée ne sera pas synonyme de changement de régime. Le Levante sévit encore en Mer d’Alboran. Cela dit, analyse Marcel van Triest « quand tu es en tête en Méditerranée, tu préfères avoir du près avec du vent que pas de vent du tout, car les écarts peuvent se faire et se défaire très rapidement ». D’autant qu’avec 284 milles d’avance sur MAPFRE, Jean-Pierre et Loïck ont une petite marge pour lever le pied au cas où la navigation deviendrait trop scabreuse. Ces conditions de près vont perdurer jusqu’à la latitude d’Ibiza. Mais les 175 derniers milles vers l’arrivée seront beaucoup plus incertains avec un vent très variable en force et direction le long des rivages espagnols… Pour l’instant, Virbac-Paprec 3 est attendu à Barcelone lundi matin.

MAPFRE devrait en faire de même à une journée et demie d’intervalle.

Contrôle technique de Renault Z.E.

Derrière, Renault Z.E. a extrêmement bien joué cette nuit : la traversée de la dorsale de l’anticyclone des Açores s’est avérée presque indolore. Ils ont réussi à faire le tour des hautes pressions. Les voici gentiment poussés par des vents de Sud-Sud Ouest, en route directe vers Gibraltar. Pachi Rivero et Antonio Piris contrôlent parfaitement la situation devant Estrella Damm, ralenti à son tour. En 5e position, Neutrogena n’est plus dans le même système que ses camarades. Au lieu d’un grand tout droit au portant vers le détroit de Gibraltar, Boris Hermann et Ryan Breymaier vont devoir tirer des bords.

Massacre d’exocets

Dans le sud-ouest du Cap Vert, au milieu de nappes d’algues jaunes, Dee Caffari et Anna Corbella assistent impuissantes à un vrai massacre de poissons volants qui viennent s’écraser par dizaines sur le pont de Gaes Centros Auditivos. Les filles ferment la liste des concurrents du Nord. Car quatre des dix équipages en course se trouvent encore dans l’hémisphère Sud. Hugo Boss progresse tranquillement dans les alizés de sud-est au large du Brésil tandis que FMC peine dans les vents mous d’un front occlus.

We are Water s’apprête à repartir d’Ushuaïa. La bôme a été réparée, elle doit désormais être remontée à bord du bateau. Jaume et Cali ont profité de cette escale patagonne pour récupérer de leur épisode particulièrement mouvementé à l’approche du Cap Horn. Mais les 40 nœuds qui sévissent actuellement sur la zone pourraient retarder de quelques heures leur passage à l’acte.

Centra Lechera Asturiana est reparti

La nouvelle de cette dernière journée de mars, c’est aussi le retour en course de Central Lechera Asturiana après 28 jours d’arrêt à Wellington. Juan Merediz et Fran Palacio ont retrouvé l’élément liquide avec plus de 10 000 milles et bientôt deux océans de retard par rapport aux leaders. Ils veulent accomplir leur rêve : terminer ce tour du monde. Mais leur chemin d’ici l’arrivée en plein automne austral (plus froid, plus venté, plus obscur) ne sera peut-être pas une sinécure…

Classement du 31 mars à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 620,2 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 284,6 milles

3 RENAULT Z.E à 1106 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1287 milles

5 NEUTROGENA à 1317,9 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1900,7 milles

7 HUGO BOSS à 3252,4 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 3765,4 milles

9 WE ARE WATER à 6237 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10773,9 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3 : « Physiquement nous sommes bien. Nous avons eu un bon rythme de sommeil, sans trop de contraintes de quart, nous nous réveillons tout seul. Nous ne nous sommes pas blessés, c’est une bonne chose. Nous gérons notre effort correctement. Les nuits d’hôtel à Wellington nous ont requinquées. Le passage du Cap Horn est pour l’instant notre plus beau souvenir. Il y a quelque chose de fort dans ce moment là. C’est l’un des plus beaux moments de la course. Les levers de soleil aussi, comme ce matin avec une petite lune et une belle étoile à côté. Il y a des moments magiques dans ce désert liquide pendant trois mois ».

Iker Martinez (ESP), MAPFRE : « Si les fichiers météo sont corrects, nous pourrions arriver le 2 avril à Gibraltar. Nous avons encore 400 milles jusque-là, donc dans 2 jours nous pourrions y être. Il y aura une zone avec du vent faible après qu’il faudra gérer. Nous avons vraiment envie d’arriver. Cela fait longtemps qu’on a quitté la maison. 90 jours que l’on navigue. Quand tu es proche de l’arrivée, peu importe la distance de la course, tu veux arriver vite. Maintenant c’est presque impossible de prendre la place de ceux de devant et derrière ils sont loin. C’est une situation où tu as beaucoup plus à perdre qu’à gagner. C’est comme Roland Jourdain dans le Vendée, il y était presque et a dû s’arrêter ».

Ryan Breymaier (USA), Neutrogena : « Les leçons que je retiens de cette course à présent ? Pour ce genre d’épreuve, il faut avoir du temps pour se préparer. Pour la prochaine fois, il me faudrait un an de plus pour nous entraîner. Il faut aussi un bateau qui soit plus adapté aux transitions météo, donc avec des voiles prévues pour le reaching davantage que pour la baston. Ce sont les deux plus grandes leçons pour moi »

Ludovic Aglaor, FMC : « Nous sommes au près avec un vent au 40-45°. Et nous essayons de caper pour faire du Nord, attraper les alizées et passer l’Équateur. Notre entrée dans l’hémisphère Nord dépendra de quand nous arriverons à toucher les alizés. Encore 5-6 jours je pense. Je lis beaucoup. La vie quotidienne au bout de trois mois va bien… L’arrivée se rapproche de jour en jour, mais c’est long. Je viens de finir le dernier bouquin que j’avais emporté, une dizaine environ. Je commence à être dans la panade… je vais donc écrire plus de mails… »