Grains de sel dans le café…

Changement de décor et de cadre pour la flotte de la Transat Jacques Vabre 2009. Dans quelques heures, l’Atlantique sera dans le sillage des premiers concurrents qui emprunteront chacun leur porte d’entrée dans l’arc antillais. Une fois paré le dédale des îles aux noms évocateurs de vacances et de farniente, les marins entameront le dernier acte de la pièce qui se joue depuis plus de dix jours entre Le Havre et Puerto Limon. Ils s’engageront alors sur un sprint final qui sollicitera les nerfs et les organismes, tant la navigation pourra réserver des surprises. Comme pour leur signifier que le chemin à parcourir est encore semé de nombreux pièges, ce sont des successions de grains qui ont ponctué la nuit des duos et permis ainsi à Kito de Pavant et François Gabart de réduire un peu l’écart sur les leaders en Imoca, Marc Guillemot et Charles Caudrelier Bénac. Le premier Multi50, le Crêpes Whaou ! de Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux devrait contourner La Barbade d’ici peu et ouvrir ainsi une nouvelle page de découvertes.

 

 

La Guadeloupe, Marie-Galante, La Barbade… autant de noms synonymes d’évasion, de soleil et d’exotisme pour les terriens engoncés dans l’hiver. Pour les marins de la neuvième Transat Jacques Vabre, ces îles paradisiaques marquent avant tout le lever de rideau sur la dernière partie d’un programme complet et sélectif. Nullement épargnés par la météo jusqu’à présent, la négociation de l’arc antillais et la navigation dans la mer des Caraïbes ne vont pas non plus se faire sans heurt pour les concurrents. Preuve en est la nuit qui leur est actuellement infligée. Des grains incessants, des oscillations constantes du vent en direction et ces montées en puissance si brusques qu’elles peuvent à elles seules causer des dégâts irrémédiables. Et généralement derrière, ces zones de calmes qui laissent les boxeurs groggy et engendrent parfois des pertes conséquentes de milles. Le tableau n’a rien de réjouissant mais il est conforme à la réalité du moment. Premier duo à avoir fait les frais de ces caprices météorologiques, celui composé par Marc Guillemot et Charles Caudrelier Bénac, leaders installés en tête des Imoca depuis plusieurs jours. N’ayant eu de cesse de creuser l’écart avec leurs poursuivants directs, Kito de Pavant et François Gabart, les hommes de Safran ont vu revenir le souriant Groupe Bel dans la nuit à une cinquantaine de milles. Autant dire que ces phénomènes aussi imprévisibles qu’imparables vont venir pimenter sérieusement le jeu des prochains jours et élargir considérablement le champ des possibles. Pour beaucoup, les espoirs sont donc encore permis de mieux figurer au classement quand pour d’autres, l’angoisse de ternir le tableau d’une conclusion heureuse s’installe. Dans cette navigation vers Puerto Limon, la guerre des nerfs va prendre ses droits…

Plus au Sud, aux abords de La Barbade, marque de parcours obligatoire à contourner pour les multicoques, pointent avec curiosité les trois coques rouges de Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux. Relégués à plus de 1 200 milles, leurs poursuivants directs, Victorien Erussard et Loïc Fecquet, ne menacent plus le duo de Crêpes Whaou ! depuis longtemps. Mais jamais à cours de défi, le malouin et son acolyte entendent bien damner le pion aux monocoques sur la ligne d’arrivée à Puerto Limon et pour ce faire, de leur côté aussi un mano à mano s’engage avec les grains qui vont venir rajouter du sel dans le café…

  

Ils ont dit…

Franck-Yves Escoffier – Crêpes Whaou ! – 1er Multi50 au classement de 5h

« On approche de la Barbade, on est à 45 milles. On y sera dans 3 heures maxi. On a eu des grains cette nuit, donc on s’est un peu sous toilé pour prévoir les bonne voiles quand ça arrivait. Dès qu’on aura passé la Barbade, on tournera à droite, on renverra le gennak et on descendra le long des côtes pour voir la civilisation. On est content d’arriver dans le coin parce que notre dernier bord était vraiment long…. Par contre je connais très mal la zone des Antilles dans laquelle on arrive là, et je connais encore moins le golfe du Mexique, je ne m’y suis jamais rendu. Mais c’est bien de découvrir un peu. On va arriver avec un bateau neuf, à Puerto Limon, une ville que je ne connais pas, c’est assez marrant. »

Kito de Pavant – Groupe Bel – 2ème Imoca  au classement de 5h

« On a eu une nuit agitée mais ça va. Ce n’est pas simple la vie dans les Antilles. On pensait être peinard mais ce n’est pas du tout le cas ! Il y a pas mal de grains et de gros nuages noirs qui se promènent. Quand ils passent ces nuages c’est gros coup de vent et pluie…. Hier on était au portant avec spi, grand voile et tout le reste et on s’est pris 30 nœuds d’un coup ! Ca a été le stress pour changer de voile. Actuellement on a du vent de Sud Est entre 15 et 20 nœuds mais ce n’est pas stable du tout ! Il faut être beaucoup sur le pont ».

Charles Caudrelier – Safran – 1er Imoca au classement de 5h

 « La nuit a été animée : des grains, de la pluie, du vent, moins de vent, oui, animé c’est le mot ! Mais bon, les grains ça fait partie de l’alizé, c’est normal. Hier on a perdu 15 milles en étant pris dans un grain, on a vraiment été puni, on a carrément été arrêté par un nuage. Ca fait peur parce que finalement, en 2 heures, avec un temps comme ça, tu peux perdre 30 milles d’un coup… Il faudrait juste que ça n’arrive pas trop souvent.  S’il n’y avait pas ça, on ne serait pas tant stressé. On subit un peu le truc en fait, parce que là, par exemple, je devais aller dormir, mais un grain est rentré donc il a fallu que je reste dehors pour gérer les changements de voile… C’est désagréable parce que tu ne sais jamais combien de temps tu vas y rester. On s’apprête à slalomer entre toutes les îles qui arrivent là, ça peut être un passage douloureux. On sera content quand elles seront derrière nous ces îles. Moi je connais bien ce coin, j’ai vécu là bas et Marc aussi y a pas mal baroudé donc on connaît pas mal les pièges, je ne suis pas trop inquiet ».